Back to life, back to reality

08/04/2020 Non Par cborne

J’ai pas mal bossé sur ces derniers jours, je me suis mis dans la tête de finir le plus rapidement possible la refonte de mon cours d’informatique. J’ai quasiment fini, j’ai énormément dégrossi. À l’instar de ce que je fais sur Maths à l’arrache et certainement sur maths à l’arrache, je vais m’orienter vers des tutos vidéos pour certaines opérations informatiques où le geste me paraît important.

Un exemple parmi d’autres.

Pour mes jeunes, c’est trop long à lire. On peut effectivement me reprocher de trop faire descendre le niveau, c’est discutable. C’est une génération du visuel, plus de l’écrit, il ne faut pas avoir peur d’évoluer aussi dans ce sens-là plutôt que de perdre du temps à faire cinquante captures d’écrans.

Dans les parties que j’ai tronçonnées, les risques de l’internet. À l’époque, quand c’était tout beau, tout nouveau, qu’on était aux prémices de Facebook, ou même à l’époque de MSN, c’était différent. Les gens découvraient l’internet et se livraient, les jeunes particulièrement. Aujourd’hui même si les prédateurs sont présents, mon public d’ado où les plus jeunes ont 14 ans sont avertis, et manipulent les réseaux d’une façon quasi diamétralement opposée à la nôtre, nous les vieux. Pour moi l’internet c’est l’ouverture sur le monde, croiser des individus de l’autre côté de la planète pour échanger, alors qu’eux c’est reconstituer la sphère quotidienne pour la prolonger sur le web. Les comptes deviennent privés et la place des pervers se trouve réduite. Les problèmes qui ressortent aujourd’hui des réseaux sont les mêmes qui existent en vrai. La masse de « nudes » envoyée par les jeunes et les moins jeunes comme a pu le voir pour la campagne de la mairie de Paris, n’est pas faite à destination d’inconnus mais bien de l’amoureux du moment. C’est toujours la même histoire, l’amour, la confiance et la trahison.

La fake news, la culture, c’est pour moi l’enjeu. Dans cette crise de Corona virus, je fais figure du gardien du savoir. C’est flatteur, mais c’est quand même inquiétant. Quelle que soit la nouvelle qui passe, le jeune me demande si c’est vrai ou si c’est faux, aussi grossier que puisse être le montage. J’ai pas mal écrit ces derniers mois que notre rôle dépassait la fonction d’enseignant et que chaque individu qui avait un QI au-dessus de celui d’une moule se devait de devenir un guide pour cette génération perdue, je guide dur. Nos jeunes sont incapables de vérifier l’information et c’est compréhensible, ils n’ont pas les armes :

  • L’expérience mais ce n’est pas leur faute, ça viendra en grandissant
  • Le niveau de français et c’est problématique. On fait quand même sauter pas mal de fake en trouvant les fautes comme dans cet exemple qu’on m’a envoyé.
  • Les codes et la culture. C’est le même problème que de ne pas savoir écrire, ils n’ont pas la culture et les codes qui permettent assez rapidement de dégrossir. Le coup des vacances d’été qui sautent, les a traumatisés, et pourtant il suffisait d’écouter les discours de Jean-Michel notre bon ministre pour savoir que cela ne se produirait pas.
  • Les armes. Une de mes meilleures clientes m’a envoyé la fameuse carte de déconfinement progressif qui avait circulé jusqu’à l’émission de Hanouna. À peine m’avait-elle posé la question que j’avais déjà eu la réponse parce que j’étais abonné aux sites qui vont bien. Mais s’il avait fallu, j’aurais fait une recherche dans le moteur de recherche. Et c’est l’une des armes qu’il leur manque, ils n’ont même pas l’idée d’aller chercher.

Je suis en train de me créer une banque de données d’arnaques et de fake news, je vais en donner une par semaine, avec des questions simples pour orienter la recherche. Je crois dans le grand pouvoir de la répétition et du martelage. Cela ressemble à ceci pour ma première fiche et évoluera certainement au fur et à mesure des réponses données par les élèves où je m’attends au pire.

Pour ma part les réponses attendues. Est-ce que j’ai déjà un ami en voyage en Afrique, et si je ne suis pas au courant c’est que cela ne doit pas être un ami. Est-ce que je connais un Jean-Claude ? Le gars me demande du pognon mais il me demande de mes nouvelles ? C’est sérieux, il a des problèmes, mais il me demande quand même de mes nouvelles ? Pourquoi il ne veut pas que je l’appelle ? La première chose à faire et je l’ai déjà fait plusieurs fois c’est de contacter la personne qui s’est fait hacker sa boîte mail. Je reçois ces messages parce que j’ai un peu trop donné mon adresse mail à l’internet du monde entier, et accessoirement pour me soutirer de l’argent.

Dans ma compilation d’arnaques et de fake news je vais quand même chercher du plus jeune et du plus « concerné » dans le sens où le mail ne veut plus rien dire ou presque pour cette génération, néanmoins c’est un travail de bon sens.

Forms m’a franchement plu, je trouve le principe du quiz, questionnaire ou formulaire, vous l’appellerez comme vous voulez vraiment pertinent. Voici l’explication de mon titre, avec d’authentiques morceaux de libristes à l’intérieur, ça peut m’arriver parfois.

Ce n’est pas parce que je prépare avec acharnement mes cours de l’an prochain que le contexte a changé. Le 23 avril, la liste des postes paraîtra dans l’académie de Montpellier pour les établissements privés et je suis toujours sur le départ. Et c’est d’ailleurs ici que vous voyez que je suis toujours resté un prestataire dans l’âme, un de ces COBOLISTES qui pourrait changer le monde, le gars qui bosse comme un acharné jusqu’à la fin de la mission, même si potentiellement il sait que demain il ne sera peut-être plus là.

J’ai posé ma mutation sur un coup de tête suite à une goutte d’eau qui a fait débordé mon vase personnel, le même vase qui avait déjà débordé quand j’avais lâché la responsabilité informatique. La situation actuelle montre pourtant que j’avais raison sur toute la ligne et je n’en tire absolument aucune gloire ni aucun profit d’ailleurs, j’ai travaillé et je travaille comme un dingue pour un lycée que je veux quitter pour pas un centime. Mais mon président a dit que c’était la guerre, et à la guerre comme à la guerre. J’aurais la fierté d’avoir fait partie des résistants même si la tentation de crever des voitures qui ne sont pas immatriculées du 11 et du 34 est aussi pressante que d’appeler la police pour dénoncer les gens qui ont débarqué à Saint-Pierre dans la nuit.

Même si je dois reconnaître que j’ai envie désormais de poursuivre, de rester dans mon établissement pour voir le jour d’après, il y aura toujours les 400 km de route par semaine, contre 250 si j’avais un emploi du temps pourri qui me ferait travailler 5 jours par semaine, il y aura toujours un fleuve qui me sépare du lycée, il y aura toujours des fuites et des problèmes de bagnole, il y aura certainement plus de journées en alerte rouge et d’inondations avec un climat qui se dérègle.

Si demain je quitte l’enseignement agricole pour l’éducation nationale, je laisse l’ensemble de la suite office365 derrière moi, avec elle Forms. Dès lors, s’investir dans Forms c’est prendre le risque de perdre des contenus. Comme il n’y a bien évidemment aucune possibilité d’export vers d’autres formats, je vais abandonner cette solution pour la création de contenus durables, mais seulement pour des contenus ponctuels et sans trop d’engagements.

On pourrait retenir c’est propriétaire c’est pourri et c’est vrai mais le libre dans ce contexte n’est pas une réponse directe. Attention vacherie. J’ai pas mal Googlé les alternatives à Forms de Microsoft et de Google, et forcément les gens orientent vers Framaforms.

La vacherie n’en est pas vraiment une, c’est en fait le même problème que je rencontre avec Microsoft Forms. Je n’ai pas de vision sur la pérennité du service. Avec Microsoft Forms, c’est en lien à mon départ, avec Framasoft c’est le positionnement de suppression de certains services. Attention je ne critique pas la décision de Framasoft qui est la bonne, à savoir qu’à force de tout faire, ça n’invite pas à la création de CHATONS, c’est juste qu’il ne s’agit pas d’une bonne solution.

Je pourrais utiliser le logiciel libre et monter un limesurvey. C’est un CMS comme WordPress qui est dédié à la création de formulaire, il est de plus disponible dans Softaculous ce qui veut dire que je peux l’installer en deux clics.

Et c’est ici qu’entre un nouveau problème dans l’équation, un problème qui à mon avis va être un énorme retour de bâtons dans la tête de pas mal de profs qui n’en ont pas pris conscience, la RGPD. Comme ça a été la grosse fête du slip au départ du confinement et que désormais tout le monde a un peu de recul sur les outils, il va y avoir un rappel à l’ordre dans toutes les provinces de France et de Navarre. Le sujet est tellement sensible que même un service comme FramaForms, je ne sais pas s’il est considéré comme RGPD proof ou non. Alors vous vous doutez bien que d’aller stocker sur un serveur personnel mon instance de Limesurvey c’est un peu suicidaire.

Il faut donc que je trouve un service qui soit RGPD proof et que je puisse réutiliser si je venais à quitter l’agricole. À priori la Quizinière du réseau CANOPE remplirait les conditions, j’ai posé la question à mon collègue documentaliste. On peut voir sur le site : Établissement public à caractère administratif sous tutelle du ministère de l’Éducation nationale.

L’interface ne m’a pas franchement emballé.

On retrouve encore ici la problématique de service, la prévision sur le long terme. Je pense donc que je vais me résoudre à une politique particulièrement simple, celle de ne rien faire et de me contenter de pdf éditables ou d’une page web simple, avec des documents à consulter sur le site du lycée. Le pdf éditable, dans 10 ans j’ai la conviction que je pourrais encore l’utiliser, la page simple du site du lycée pour simplement consulter, ça doit être RGPD proof, enfin je pense.

Si on peut comprendre l’intention de la RGPD, ça reste dans les faits une bonne grosse connerie. Pourquoi ? Parce que les contraintes qui sont imposées aux enseignants pour l’utilisation des outils oublient totalement que les élèves utilisent des logiciels propriétaires sur des téléphones propriétaires qui pompent les données personnelles. C’est un peu comme vouloir utiliser la voiture électrique avec une recharge qui provient de l’énergie nucléaire. Si vous suivez les aventures de Bronco le warrior du dimanche, vous verrez que ça peut aller relativement loin, surtout si on est en conflit avec son chef d’établissement. Je n’irai personnellement pas me mettre en porte-à-faux pour un logiciel ou une licence, tant pis si on fait des choses qui sont moins rigolotes. J’avais de la même manière fait utiliser à mes élèves l’application adobe spark, c’est donc illégal sauf si je fais inscrire les enfants avec de fausses informations depuis l’adresse IP du lycée. La moralité c’est que même si les logiciels en dur comme Libreoffice Draw ça ne fait pas franchement rêver, et encore moins le jeune en attente d’autres interfaces, ils ont au moins le mérite de ne pas poser de problème de légalité si on ne tient pas compte du droit à l’image … Enfin, vous voyez où je veux en venir, on ne s’en sort jamais.

La RGPD est une entrave évidente à la liberté pédagogique, on fera des choses qui sont certainement moins intéressantes, on va limiter des enseignants dans leur créativité, on va surtout filer l’intégralité du marché à quelques acteurs comme Microsoft en générant du paradoxe, mais tant pis, on le fera dans le cadre de la loi.

Qu’est ce que j’ai pu kiffer cette chanson, je trouve qu’elle reste indémodable, plus bien sûr que le clip avec les chorégraphies à la limite du malaisant et les pantalons à la MC Hammer.