Au revoir Mozilla et la machine à 2 Go de RAM

17/08/2018 Non Par cborne

Passage à Opera

Vous noterez que je n’ai pas mis adieu, on ne sait pas de quoi demain est fait. 

Mozilla pour ceux qui débarqueraient d’une autre planète, c’est Thunderbird le client mail et Firefox le navigateur web. Je suis régulièrement critique vis-à-vis de la fondation Mozilla, on sait que le véritable objet de la trahison reste FirefoxOS. C’était certainement la plus grande chance d’avoir une alternative libre sur téléphone, alternative d’ailleurs crédible puisque KaiOS utilise cette base pour ses téléphones.

Si je devais rajouter quelques points de discordances sur les dernières années : 

  • l’abandon de FirefoxOS et de tous les appareils connectés qui étaient prévus pour aller avec, télévision, un routeur à tout faire et quelques autres. 
  • le choix de pocket à la place de Wallabag qui marquait une incompréhension du logiciel libre et du monde libre.  
  • l’abandon de Thunderbird pour ne pas l’abandonner
  • la vision de l’argent. Que ce soit les campagnes de dons récurrentes pour faire des accords à six ou sept chiffres avec Google, j’ai souvent du mal à savoir si c’est une entreprise ou une fondation. Forcément les deux en même temps pourraient cultiver cette dualité. Néanmoins avec une présidente qui gagne 1 million de dollars par an pour la présidente, ce n’est pas ma vision du logiciel libre ou c’est peut-être la bonne vision, une vision qui permet de gagner de l’argent en tout cas. 
  • et dernièrement la goutte qui fait déborder mon vase personnel, l’affaire des DNS qui passent par cloudfare

Quelqu’un est allé plus loin dans le raisonnement et dans les problèmes, vous pouvez regarder. Je ne connais pas le monsieur, il ne s’agit pas d’un discours « d’expert » même s’il faut le niveau pour suivre, juste quelqu’un qui s’est contenté de compiler des faits et de donner une opinion. 

S’il faut être réellement objectif. Retirons la rancune, retirons les considérations techniques, Denis montre régulièrement qu’il est possible de contourner les bizarreries que tente de faire passer Firefox, ne réfléchissons pas à l’argent car ce ne sont pas les dons qui pourraient financer Firefox, pour nous poser une simple question. Firefox est-il le navigateur éthique, qu’on peut proposer à tout le monde en opposition au monde de Google ? Pour moi, c’est désormais non.

L’affaire cloudfare pose pour moi un véritable problème de fond. En imaginant que ça passe, qu’on puisse le contourner, ça passera par le about:config. Expliquer à quelqu’un de normal les DNS, je passe mon tour, Gilles s’y essaye ici, expliquer qu’il faut passer par une procédure complexe pour le simple mortel, je passe deux fois mon tour.

J’ai écrit, que l’évangélisation, ce genre de choses, c’est fini pour moi, et je dois reconnaître que la situation actuelle me paraît encore plus inextricable. Dada recommandera l’installation de Firefox, pour tout un tas de bonnes raisons, et notamment la garantie d’avoir une alternative dans les moteurs de navigation, étant donné qu’on s’oriente vers le moteur unique, celui de Google Chrome. Je dois vous dire qu’aujourd’hui, si on me demande mon avis, la préservation de la variété des moteurs ne pèse pas lourd dans une stratégie hypocrite d’une société qui se veut le chevalier blanc de la vie privée mais qui va rediriger l’intégralité du trafic de ses usagers vers un prestataire de service américain qui se gavera de données personnelles. 

C’est la première fois depuis des années, que je n’ai plus aucun logiciel Mozilla sur mes appareils, j’ai tout viré au profit d’Opera ce qui si on réfléchit quelques secondes, est un raisonnement absurde. Opera est un logiciel propriétaire qui appartient désormais à un consortium Chinois, je fais donc le choix de changer de direction de l’occident à l’orient pour balancer mes données personnelles, c’est donc totalement stupide. L’ouverture du code chez Firefox permet de plus de savoir à quelle sauce je vais être mangé, Opera et son code source fermé fait ce qu’il veut. 

Que m’a appris Mozilla depuis quelques années ? L’éthique n’est pas le plus important, ce qui compte c’est la performance. L’arrivée de Quantum n’a pas changé grand-chose pour moi, j’étais fidèle même si le navigateur était moins performant. Il s’agissait d’un bonus non négligeable. A partir du moment où finalement la performance est l’argument qui est mis en avant au détriment de la vie privée, choisissons donc la performance, merci pour cette leçon. Si je poussais encore le raisonnement plus loin, la logique serait de prendre Google Chrome, même pas chromium. Après tout, j’arrose de mes données personnelles Google à chaque fois que j’utilise mon smartphone, tant qu’à être cohérent autant utiliser le navigateur de la firme. Au moins au lieu d’arroser Cloudfare ou les Chinois, je continue d’en donner un peu plus à mon dealer préféré. 

J’ai fait le choix d’Opera car je ne voudrais pas trop donner à Google, je ne voudrais pas devenir trop Google dépendant comme il y a quelques années, déjà que j’utilise le moteur de recherche, le smartphone et maps dans les services. Et si je voulais rester cynique, je dirai qu’à partir du moment où Opera est installé sur mon smartphone, Google doit bien savoir sur quels sites je navigue, il connaît déjà ma position alors que mon GPS est éteint.

80% de 8 gigas utilisés juste pour le navigateur, ça commence à faire

Le passage de Firefox à Opera se fait sans aucun problème, il est possible d’importer l’intégralité de l’historique, des bookmarks et des mots de passe du panda roux. Voici ma charge avec environ 40 à 50 onglets ouverts, VLC et Evolution de lancés dans un environnement Xubuntu. 

Je ne m’en rends pas compte parce que j’ai 8 Giga de RAM, mais ça interpelle quand même. Le phénomène que je décris est valable aussi pour Firefox, Opera n’échappe donc pas à l’aspect gourmand. On pourrait mettre ça sur le compte de cet internet dont les pages sont de plus en plus lourdes, malheureusement ce n’est pas seulement la faute d’Allocine, même si on serait tenté de tout mettre sur le compte d’Allocine mais nos navigateurs tout simplement. 

Ça remet quand même franchement les choses en perspective. Alors effectivement et vous aurez raison, il faut vraiment être un violent de la consultation internet pour avoir 50 onglets ouverts, mais est-ce que 50 onglets ouverts ça mérite bien ses 6 Go de RAM ? J’aurai tendance à dire que c’est abusé. Je ne suis pas un expert, mais 6 Go de RAM dans la machine, ça me fait du skyrim fluide avec de belles textures pour regarder les dragons. 

C’est un problème. On parle de reconditionnement du matériel, de nouvelle vie, on évoque l’obsolescence programmée, et puis finalement pour une utilisation classique ou bureautique qui inclue la navigation internet, le dual core à 2 Go de RAM ça ne passe pas. Ça ne passait plus parce que de la vidéo HD en 1080 il faut une carte vidéo pour la faire tourner ou une puce moderne, ça ne passe plus parce que le navigateur bouffe tellement de RAM, qu’il faut désormais un minimum de 4 Go pour une utilisation convenable. 

Moi j’arrête

A une époque, le message libriste, le message du reconditionnement était franchement clair. Je te prends un vieux bousin, je te mets Linux dessus et tu es libéré délivré comme la reine des neiges. Aujourd’hui, je ne me sens même plus capable de recommander Firefox à un usager normal car dire que Firefox c’est mieux que Google parce que ça défend la vie privée des utilisateurs serait inexact. Je ne pourrais pas non plus recommander une machine sans SSD avec 4 Go de RAM car sinon l’expérience risque d’être douloureuse. Concrètement, il vaut mieux se taire, laisser l’utilisateur acheter une machine moderne qui ne donnera pas satisfaction, le laisser installer Chrome parce qu’il finira par installer Chrome et advienne que pourra. 

J’ai la sensation qu’on fait un retour vers le passé, quand pendant ces dernières années on a pu assister à une démocratisation des technologies libres, aujourd’hui tout devient plus difficile, y compris d’un point de vue idéologique ce qui n’existait pas. En effet, on avait ce beau gros monde binaire entre les gentils, le libre, et les méchants, le propriétaire, la frontière est beaucoup plus confuse. Avec un Firefox qui traque un peu, un Microsoft qui se paye Github, la philosophie est complètement en train de passer à la trappe au profit d’une technique pure et dure. 

Cela se paiera, c’est indéniable, si vous lisez le forum, nous sommes de nombreux intégristes repentis à désormais adopter l’attitude suivante : si on peut faire libre, tant mieux, si on ne peut pas tant pis. A une époque on se serait vraiment fait violence pour accepter, pour subir. Cela se paiera parce qu’avec un Firefox qui culminerait toutes machines confondues à 5% ou un peu plus d’utilisateurs, qui restera-t-il sinon les gens qui sont convaincus de l’utilité d’un navigateur libre et indépendant ? Les gens qui sont là pour la performance ? Retirer la philosophie de l’informatique, c’est aller vers le plus offrant. Ce qui était tolérable au nom de la philosophie ne l’est plus si on ne philosophe pas, CQFD. Comment en plus éveiller les consciences, si les logiciels libres ont des cadavres dans leur placard ? 

Il me faut des solutions qui fonctionnent, je n’ai plus envie de faire trop de bricolage. J’accepte un bricolage que je qualifierai de raisonnable si le projet le mérite. Si le projet ne me donne plus envie, je vais voir ailleurs. Je vois dans certaines stratégies de projets libres des trahisons, mes convictions ont volé en éclat depuis quelque temps. Mes expériences personnelles au contact des autres, que ce soit en ligne ou dans la vraie vie me poussent à l’individualisme, à ne pas prendre de risques qui de toute façon se retourneront contre moi.

Je comprends que ce billet peut interpeller, choquer les partisans de la liberté, il s’agit ici, une fois de plus d’une expérience, issue de très nombreuses expériences dans le libre. Cette indécision, cette prudence, cette frilosité ou tout ce que vous voudrez, n’est peut-être que temporaire. On vit tous des périodes de doute dans de nombreux domaines. C’est un peu comme acheter un véhicule en ce moment, j’aurai du mal à conseiller quelqu’un, et bien pour le logiciel libre en ce moment, c’est un peu pareil, il est urgent d’attendre que quelque chose se passe, se tasse.