Au commencement

02/08/2019 Non Par cborne

Le problème dans toute démarche, dans tout changement c’est de savoir par où commencer.

Si vous prenez les bouquins sur le grand changement qu’on doit opérer pour sauver le monde mais surtout pour se sauver soi-même, on a en gros : tendre vers le zéro déchet, le minimalisme, se simplifier la vie, arrêter de bouffer n’importe quoi, arrêter de se faire bouffer par les autres, et certainement en bonus le DIY ou le making pour faire plus viril.

Si on essaie de tout faire en même temps, je pense qu’on fonce directement dans le mur. Il vaut mieux une petite action durable que de grands projets qui ne tiendront pas sur le long terme. Une fois qu’on a intégré dans sa pratique de vie cette petite action, on peut passer à la suivante. Tenter de batailler sur tous les fronts et c’est perdu d’avance.

À l’heure actuelle j’ai décidé de me focaliser sur les axes suivants :

Prendre le temps de vivre arrêter de me casser la tête

L’arrêt d’une partie de Linux et du logiciel libre pour moi entre dans cette démarche. Il y a quelque chose que j’ai trouvé d’intéressant dans un bouquin, c’est de mettre en place pour chaque objet, chaque action, le ratio entre l’argent dépensé, le temps passé, le bonheur qui en résulte. Trois exemples :

  • J’ai l’intégralité du parc du lycée sous Linux avec un système minimaliste. Niveau bonheur c’est zéro, cela ne m’intéresse absolument pas, par contre niveau temps passé et niveau argent gagné c’est particulièrement conséquent. Je rajouterai toutefois que j’ai une part de bonheur en faisant bosser mon revendeur.
  • Mon ordinateur de bureau sous Linux. Passer des heures à bricoler un truc qui ne marche pas comme je veux ce n’est plus du tout mon plaisir. À une époque j’aurai jubilé après des heures de recherche de réussir à résoudre un bug, aujourd’hui je considère que c’est une perte de temps pour quelque chose qui doit marcher. Si par conséquent on fait le bilan entre l’économie d’argent avec une licence Windows 10 à 15 €, le temps consacré, le plaisir, ça ne fonctionne pas.
  • Mon NAS obsolète. Souvenez vous ces derniers mois on m’a vu acheter deux NAS d’occasion. Le premier un modèle en Western digital que j’ai payé 40 €, le second un Seagate que j’ai payé 40 €. Pour le premier j’ai mis un certain temps à me rendre compte qu’il ne s’agissait pas du modèle avec DLNA, passé des heures à voir ce qu’on pouvait faire ou ne pas faire. Pour le second la réinitialisation pour réaliser qu’il ne fallait pas réinitialiser parce que Seagate a abandonné son NAS, trouver la parade pour ne pas jeter la machine à la poubelle, se rendre compte que l’interface est en flash qui va être abandonné par les navigateurs et j’en passe. 80 €, du temps perdu, ma prochaine machine sera à base de Linux, soit un openmediavault, soit un simple serveur Ubuntu avec le composant dont j’ai besoin. Notez que la réponse que je pourrais apporter c’est payer un NAS moderne mais à 150 € le NAS pour un trop plein de fonctionnalités dont je n’ai pas besoin, je perdrai moins de temps et d’argent avec une machine Linux. Vous noterez en outre qu’il s’agira de ma prochaine machine, tant que celui-ci continue de fonctionner.

Il y a un autre paramètre qui est à rajouter et qui n’est pas expliqué dans le bouquin, c’est l’implication de vos actes sur les gens qui dépendent de vous, un bonus spécial informaticien. Tout le bonheur que vous procurent vos manipulations ne peut se faire au détriment de votre entourage. C’est mon passage à l’hôpital qui m’a permis de m’en rendre compte.

Dans le forum est apparu un sujet sur les routeurs. On a donc des bons pères de famille qui vont coller un routeur pour de plus ou moins bonnes raisons, et qui vont donc largement complexifier l’environnement familial. On peut étendre ceci à l’infini, mettre Linux sur le PC de la famille, qui ne sera pas maintenable s’il vous arrive quelque chose contrairement à un PC Windows où vous aurez toujours un incompétent pour intervenir.

Vous devez donc prendre conscience que toute solution que vous mettrez en place chez vous, c’est faire prendre le risque aux autres d’en assumer les conséquences. Un exemple parmi d’autres, le portail de garage piloté par Raspberry Pi. Il est certain que si on refait le jeu des ratios : argent tout bénéfice, le temps passé doit être conséquent mais il est certainement compensé par l’économie réalisée sur un professionnel et par le plaisir de savoir qu’on a programmé sa porte de garage tout seul. Parfait donc sur le principe mais dans un monde dans lequel on vit seul, dans lequel on est le seul tributaire de sa porte de garage.

Je ne vais pas refaire l’un des billets de la dernière fois, mais dans les conditions actuelles pour le logiciel libre c’est-à-dire le manque de finition et le manque de gens qui font du libre sur le territoire national, il me paraît difficile de le mettre en production. L’alternative bien sûr c’est d’avoir un réseau d’intervenants de libristes qui peuvent prendre en charge les installations des uns et des autres. Certainement un portail à créer, un portail de partage de compétences libres.

Est-ce que le DIY, making est condamné pour autant ? Non, pas du tout et même au contraire. Lorsqu’on a réparé les canalisations avec du ciment prise rapide, on a gagné un temps de dingue, on a gagné un argent de dingue, on a la satisfaction de savoir qu’on ne va pas créer des montagnes de caca. Le dernier paramètre est en plus en cohérence, la manipulation ne demande pas d’entretien ou de connaissances particulières, n’importe qui parmi mes voisins qui est au courant saura ce qu’il faut faire. Oui, faire un peu de ciment nécessite largement moins de compétences que d’entretenir une maison informatisée à l’extrême avec des serveurs qui font le café.

Vous l’aurez compris, désormais toutes mes actions sont donc calibrées par rapport aux critères précédents : argent, temps, plaisir, contrainte pour les autres. Le DIY n’est pas mort vive le DIY, il faut juste le voir ailleurs, un DIY peut être plus basique, moins intellectuel, plus pratique.

La pelle en plastique d’extérieur DIY pour ramasser les feuilles mortes de mes voisins

Pas que les actions mais le travail aussi, le temps passé pour aider les uns, les autres, ce fameux service rendu, ou parfois cette servitude. J’ai beaucoup aimé le billet de Marien où il explique qu’il vise à gagner un revenu suffisant pour vivre et lui octroyer du temps pour faire d’autres choses.

Je m’inscris moi aussi dans cette démarche, abandonner l’informatique du lycée qui ne m’apporte aucun plaisir, financièrement pas intéressant par rapport au temps investi. Je rajouterai en plus qu’en installant des solutions type Linux que personne ne maîtrise, je précarise quelque part l’ensemble. Néanmoins, s’il fallait payer 120 machines neuves, je ne pense pas qu’on me tienne rigueur pour mes méthodes.

Quant au fameux service rendu, si pour certaines personnes c’est sans ambiguïté, la main sera toujours tendue, pour les autres, ça sera les mains dans les poches. Apprendre à dire non, fera partie des grands objectifs de cette année, apprendre à lever le pied et tout aussi compliqué, apprendre à vivre avec cette masse de temps dégagée. C’est un peu comme un collègue qui m’avait expliqué qu’arrêter de fumer lui avait fait drôle au départ, le temps libéré par la pause clope, par les attentes au bureau de tabac, une sensation d’ennui.

S’instruire, se méfier, essayer, pas tout

Vous le savez, les théories conspirationnistes ce n’est pas mon fort, un truc de gauchiste, néanmoins il faut comprendre qu’aujourd’hui, et de façon générale, on nous en veut. Quand on vous explique à la télé qu’il faut acheter de l’électrique, qu’il faut arrêter le diesel, qu’il faut acheter de l’essence si on est très pauvre pour acheter de l’électrique pour réaliser que les derniers véhicules diesels vont avoir la super pastille pour circuler dans les grands jours de pollution, c’est un complot. Le complot est global, l’information n’est plus vraiment de l’information, ce qui compte avant tout c’est de vendre et tant pis si on en crève tous, certains mourront riches, ça fera certainement pas la différence à l’arrivée mais ce n’est pas grave.

Je vais prendre un mauvais exemple, celui des Chinois, mais en Chine on considère que le jeu vidéo c’est devenu nocif, qu’on ne contrôle plus rien, si bien qu’en Chine on limite le jeu vidéo à deux heures par jour pour les mineurs. Ce que je veux dire, c’est qu’un état qui n’est pas dépendant des entreprises, un état qui ne calcule pas profit, c’est un état qui interdit la cigarette et qui limite le coca à l’utilisation des volcans pédagogiques avec le menthos. Seulement, on peut difficilement scier la branche capitaliste sur laquelle on est assis.

Et c’est ici que s’arrête mon discours de gauchiste ou de complotiste. Il est certain que face à des enjeux financiers tellement importants qu’on continue de vendre un produit qui tue pour sauver les buralistes et une industrie, il est logique de ne pas avoir confiance, néanmoins peut-on avoir confiance en la partie adverse, les sauveurs de l’humanité ? L’exemple typique c’est certainement Greta Thunberg, cette gamine courageuse et convaincue, mais qui joue les marionnettistes ? À une échelle bien moins importante, je l’ai déjà écrit, les vendeurs de méthodes pour mieux manger, tendre vers le zéro déchet, la défense mentale, l’organisation. Pas d’action de philanthropie, des bouquins, des conférences, des vidéos, sauver la planète c’est une affaire qui tourne.

Nous sommes donc malheureusement dans un monde construit sur le profit, et il est obligatoire faute de réapprendre à penser, parce que nous ne sommes pas totalement abrutis, de prendre certainement du recul sur certains points.

À Carrefour pour ne citer que l’enseigne, je me traîne dans le rayon bio où le kilo de pâtes est à 3 € le kilo en vrac. Alors moi quand dans le zéro déchet on m’explique que 15 à 20 % du prix c’est l’emballage et que je vois que les coquillettes Panzani chez Auchan sont à 1.60 € le kilo avec un super emballage refermable, je me dis que soit Carrefour vend des pâtes réalisées à la main par des enfants italiens, soit on profite de la vague du bio.

Je vous l’ai dit tout est pognon, et ça devient de plus en plus compliqué de réussir à s’en sortir dans ce monde de plus en plus complexe où notre dernier pouvoir, bien plus que le droit de vote, c’est la consommation.

J’ai dit que je n’essaierai pas tout, la lessive, le dentifrice, le shampoing, jouer au petit chimiste, je passe mon tour. Dans un bouquin sur le bicarbonate, l’auteur écrit que c’est aberrant d’avoir des formules aussi complexes pour une lessive ou pour des produits ménagers. Certainement. Néanmoins, se lancer dans la réalisation de ses propres produits où pour éviter les odeurs de vinaigre, on met des huiles essentielles à tout-va, je pense pour avoir une maîtrise de physique chimie, qu’on ne peut pas devenir expert en tout, et que la cuisine ou la salle de bain ne sont pas des laboratoires.

Il est évident que chez moi où je n’ai que des plantes en pot, l’installation d’un composteur n’aurait certainement pas beaucoup de sens, il y a de nombreuses choses qui n’ont pas de sens dans mon cadre de vie. S’informer donc, et puis tester. Nous avons par exemple décidé d’essayer de nous passer du sèche-linge ou disons d’en limiter fortement l’utilisation. Il y a quelques critères qu’il faut prendre en considération :

  • L’organisation familiale. Il faut que tout le monde joue le jeu. Il apparaît à la maison que j’ai un pouvoir magique qui consiste à me rendre compte que la panière est pleine et lancer les lessives. Seul je ne peux pas m’en sortir notamment pour l’étendage.
  • Regarder la météo. Chez moi le pays où mine de rien ça inonde, il faut prendre en considération que c’est particulièrement humide en hiver, et que le soleil n’est pas forcément efficace pour compenser.
  • Un étendoir adapté. J’ai regardé un peu ce qui se fait par rapport à mes contraintes. On a un balcon, c’est suffisant pour la grande majorité du linge, ce qui pose problème, ce sont les draps. Dans le garage, je ne peux pas faire de trous, et dans la terrasse arrière, placer des cordes c’est compliqué. J’ai acheté ça, un Vileda séchoir Infinity. C’est un séchoir extensible et en hauteur ce qui permet de placer les draps. Produit que je ne connaissais pas et relativement récent, ce qui montre qu’il est intéressant de s’informer, y compris sur les produits de consommation courants.

Savoir qu’on a raison face au reste du monde

L’un des arguments qui revient de façon récurrente sur l’inutilité des actions personnelles, c’est de dire que de toute façon ça ne sert à rien parce qu’entre les porte-avions, les grosses usines et le reste, nos gestes sont inutiles. C’est sûr que vu comme ça, on peut effectivement dire que c’est inutile, mais il ne faut pas raisonner comme cela. On estime que chaque jour sur les autoroutes de France on ramasse 25 tonnes de déchets jetés par les fenêtres. Pas que chez nous, en Espagne, cet homme qui travaille dans une usine de traitement des déchets et qui balance un frigo dans la nature, et qui se filme en plus … Les boutons dash qui vont finir à la poubelle, on a forcé les gens à les prendre ?

Il s’agit de comportements des populations, d’éducation et bien d’actes individuels. Il est trop simple de se dédouaner, de se dire qu’il y a pire ailleurs. Les jeunes alors qu’ils devraient être des acteurs majeurs dans le changement de notre monde, parce qu’on lorgne dans la génération des parents et des grands-parents pour dire qu’on laisse une poubelle, sont dégueulasses, pour ceux que je suis amené à croiser dans mon quotidien. Prendre un papier et le jeter à la poubelle, c’est trop d’effort, on jette les papiers partout, les salles de classes sont une porcherie.

Quand je demande de mettre un coup de balai tout le monde s’exécute parce qu’on me voit passer le balai pendant les contrôles. Il faut être des exemples pour cette génération qui a besoin de cadre et de modèles.

Le changement c’est maintenant, un changement pour soi, pour mieux vivre, un changement personnel, individuel qui ne peut qu’avoir des répercussions positives globales.