Attention aux raccourcis

01/01/2018 Non Par cborne

Comme vous le savez, un membre de Emmabuntus doit faire une intervention dans mon établissement, sur le recyclage, sur l’obsolescence, enfin le genre de choses dont il est souvent question ici. J’ai fait un troc avec une collègue qui m’a donné deux vieux ordinateurs portables de type PIV, je lui ai donné une machine un peu supérieure pour que son gamin puisse faire du Scratch et du Minetest. De façon symbolique, ça dans l’éducation on aime bien les symboles, je remettrai les deux ordinateurs à mon intervenant pour montrer l’exemple, ce que je comptais faire sous Emmabuntus sauf que cela ne marche pas et c’est une bizarrerie.

C’est une bizarrerie du fait qu’il s’agit de la debian édition, c’est une bizarrerie du fait que debian classique passe. Le problème se situe au niveau du lancement de X. J’en déduis qu’il y a quelque chose dans la distribution qui pose problème mais je n’irai pas chercher plus loin. Les ordinateurs seront remis à des gens dont ce sera le problème. Avec cette expérience il faut quand même se rappeler de quelques bricoles : l’important n’est pas la distribution, l’important n’est pas forcément le passage à Linux, l’important reste avant tout le confort de l’utilisateur final dans les meilleures conditions possibles.

Il m’est arrivé une petite mésaventure sur le forum ubuntu-fr et je pense qu’il est intéressant de revenir dessus. Du fait d’être dans une phase de désœuvrement, ça ne devrait pas durer, je me suis inscrit sur le forum ubuntu-fr pour donner un coup de main. Ce qui est frappant c’est de lire pas mal de gens qui essaient de reconditionner des ordinateurs, c’est une démarche positive, ce qui l’est moins c’est de voir qu’ils se lancent dans le n’importe quoi. Un utilisateur avec une machine récente et de guerre qui plante sa machine car sa carte graphique trop récente n’est pas gérée et qui se retrouve comme un idiot sans savoir quoi faire. Comme je l’ai écrit dans mon tutoriel, si on veut démarrer Linux, il faut se lancer sur une machine neutre et pas son PC personnel. Un individu sur le forum explique qu’il a un problème de son et de rapidité sur son ordinateur, sa configuration est AMD Athlon XP 1600 MHz – DDR SDRAM 512 Mo – DD 80. Pour la rapidité, je propose de faire un essai avec Debian ce qui entraîne directement l’intervention de l’administrateur, je cite :

Sur un forum Ubuntu et en première réponse à une demande d’aide, ça n’est pas la réponse la plus appropriée. Quand l’allume-cigare ne marche pas, on ne conseille pas de changer de voiture…

Il s’agit d’un raisonnement qu’on peut comprendre mais qui n’est absolument pas approprié et même dangereux. Avec une machine mono-core qui ne possède que 512 Mo, l’expérience pour l’utilisateur sera obligatoirement mauvaise. Si son expérience est mauvaise, il en viendra à la conclusion logique pour lui que Linux c’est mauvais. Pour ma part en tant qu’aidant, je me fais rembarrer avec un raisonnement complètement stupide, car ici ce qu’on propose ce n’est même pas remplacer l’allume-cigare par un chalumeau c’est de monter le moteur d’une Ferrari sur une 2CV. L’apprenant n’aura pas de solution adaptée, l’aidant va arrêter d’aider, l’administrateur a réussi à faire fuir tout le monde, félicitations.

Qu’est-ce qu’on veut ? On veut impérativement que sur un forum Ubuntu ne soient préconisées que des solutions à base d’Ubuntu ou on veut aider un utilisateur à refaire vivre une vieille machine et la libérer de Windows XP ? Il est important de sortir du cadre de la distribution pour entrer dans celui de la solution. Sur ce type de machine, je pense que la distribution la plus adaptée est slitaz. Sur un pentium IV, on arrive à un résultat très satisfaisant, il sera difficile de parler de vélocité, sachant que la navigation web sera plombée par des pages trop lourdes. Slitaz n’est pas parfaite, notamment dans la reconnaissance de certains pilotes, mais c’est une alternative à prendre en compte. Je note de plus que sur un forum comme debian-facile on est capable d’échanger sur Opensuse comme s’il existait un autre monde à part sa distribution et je trouve que c’est sain.

Il faut aller plus loin car, il est question du confort de l’utilisateur. Slitaz par exemple est une distribution qui n’a pas tous les paquets du monde, n’est pas nécessairement user friendly et qui pourrait convenir à un utilisateur voulant faire du traitement de texte et un peu de surf tant que ce n’est pas sur Allocine. Faire vivre une machine pour faire vivre une machine, si c’est au détriment du confort final ce n’est pas la peine. Attention, je ne dis pas qu’il faut une machine de la mort pour que ce soit viable, je dis juste qu’il faut le minimum syndical et qu’il n’est pas obligatoire d’y mettre le prix. Une machine de type dualcore avec 160 Go de disque dur et 2 Go de RAM, je trouve ça sans problème à 50 € que ce soit chez un broker ou sur leboncoin. Ici une Debian tourne sans aucun problème. Si la machine est trop ancienne, il ne faut pas avoir honte de s’orienter vers une recyclerie.

Le pragmatisme est important et c’est ce qu’on a tendance à oublier trop souvent alors qu’en fait nous vivons dans le compromis. Je lisais dernièrement l’article de Frédéric Bezies sur son bilan de 2017, et je partage son ressenti quant à la vie privée : simplement rester raisonnable, et trouver le bon équilibre entre sécurité et utilisabilité. On explique aux gens au quotidien que les GAFAM c’est le mal, qu’il est nécessaire de tout lâcher et pourtant on se nourrit de la culture du paradoxe et du raccourci. Tristan Nitot par exemple, qui ne manque jamais l’occasion de faire de la publicité pour son livre sur la surveillance, fait comme tout le monde à tirer la sonnette d’alarme mais pourtant est utilisateur des réseaux sociaux, et doit certainement posséder un smartphone. Le raccourci qui a été choisi c’est celui de la peur, c’est celui qui consiste à dire aux gens de tout arrêter, sauf que la faute à pas de chance, tous ceux qui envoient ce message apparaissent sur les réseaux sociaux pour cultiver ce message, ont un téléphone Android ou Apple dans leur poche.

Est-ce que c’est réellement se dégoogler qui est important ou c’est gagner son indépendance ? Je viens de basculer sur qwant. J’ai basculé sur qwant car ma dépendance au moteur de recherche Google est trop importante. Je m’en rends compte car à chaque fois que je lance une recherche, j’en suis encore étonné de voir qwant apparaître. Le vrai problème n’est pas tant l’utilisation des GAFAM, c’est la dépendance, c’est l’excès, c’est comme le dit Frédéric, l’importance de trouver l’équilibre.

A l’heure actuelle, quand il s’agit de smartphone, le choix est binaire : Apple ou Android. Je dis bien binaire, car ils sont rares les technophiles qui feront le deuil de l’appareil si pratique. En toute sincérité, à partir du moment où vous vous retrouvez avec un smartphone Android dans la poche, vous pouvez faire globalement ce que vous voulez, vous êtes la propriété de Google. Je porte un regard moins sévère contre Apple malgré les récentes affaires quant à l’obsolescence programmée des « vieux » Iphone. Il s’agit d’un écosystème que je ne connais pas, les utilisateurs ont l’air d’être satisfait de la qualité des produits, la marque a l’air de protéger ses utilisateurs. Dès lors, toutes les tentatives qui consisteraient à vous expliquer les astuces pour être libre, pour vous dégoogler, je considère que c’est de l’hypocrisie dès qu’on est utilisateur d’un Android. L’alternative libre n’est pas arrivée, il n’y a donc pas d’autres choix que de faire avec ou de se priver. Est-ce pour autant nécessaire de faire open bar, d’adhérer au maximum de services, d’étaler sa vie privée ? Absolument pas, il est juste important de maîtriser ces outils et d’avoir une attitude globale par rapport à ces derniers. Vous ne placarderiez pas une photo de vous sur une affiche en quatre par trois dans le centre ville entièrement nu avec une chicha à la main, ne le faites pas sur un réseau social quel qu’il soit.

Le libre a pris l’habitude des raccourcis. Le raccourci du Linux à tout prix, de préférence la distribution qu’on essaie de vendre, sans savoir si c’est vraiment Linux qu’il faut, si c’est une solution libre qu’il faut. Le raccourci de tout faire sauter pour adopter des solutions libres qui n’existent pas, que les libristes n’appliquent pas à eux mêmes.

Il faut être cohérent, il faut être juste, il ne faut pas imposer des solutions qu’on n’utilise pas, des solutions caduques, il ne faut pas vivre dans la paranoïa et pire dans le mensonge. Aujourd’hui être totalement libre d’un point de vue informatique, c’est ne pas avoir d’informatique, pas un composant qui ne soit pétri d’informatique propriétaire. Tout n’est qu’une question de compromis, tout n’est finalement que trouver la solution la moins pire, faute de trouver la meilleure.

La question qu’on peut se poser, c’est par où commencer ?

  • sans tomber dans le cas extrême du minimalisme, on peut au moins se demander s’il est nécessaire d’utiliser tel service, d’acheter tel appareil. On vous conseillera par exemple de quitter Facebook, je vous conseillerai au contraire de garder votre profil, même si celui-ci est vide, cela vous évitera des problèmes de vol d’identité numérique. Laissez juste le minimum d’informations qui ne vous paraissent pas sensibles. En revanche, vous inscrire sur le dernier réseau social à la mode, est-ce vraiment nécessaire ? Tout ceci s’applique aux gadgets, à l’envie de changer un matériel qui pourtant fonctionne. De la même manière sur votre smartphone, est-il nécessaire d’avoir 200 applications d’installées quand vous n’en n’utilisez que quelques unes. Faites un réel inventaire de vos bien matériels et immatériels, organisez, rangez, réduisez, vous gagnerez en temps et en efficacité.
  • Si vous devez vraiment changer de matériel, réfléchissez à votre achat, ne vous jetez pas sur la première promotion, comparez, apprenez. Si vous pouvez passer à l’occasion, faites le !
  • Alternez les services, faites des essais, ne devenez pas l’esclave d’une seule technologie. Apprenez et apprenez encore !