Petit débat autour de la cyberdépendance

Rédigé par Cyrille BORNE - - 6 commentaires

Nous avions au lycée jeudi dernier une journée spéciale prévention avec de nombreux intervenants, il en manquait pour deux classes, comme je suis un foufou j'ai proposé de faire un truc sur la cyberdépendance. Force est de constater que je connais bien le problème entre moi que je dois gérer depuis plus de 40 ans et mon tox de fils. En guise d'introduction pour se marrer j'ai diffusé ça : Accros au web dans l'enfer des camps de désintox

Bon je reconnais que le titre est assez médiocre pour ne pas dire racoleur, que le cadre est pas terrible dans le sens où ça se passe en Chine un pays où on ose tout mais le reportage en lui-même est excellent. En gros ça raconte l'histoire de gosses de 15, 16 ans qui se font berner par leurs parents, une nuit ils s'endorment le lendemain ils se retrouvent dans un camp ou la variante rigolote on part skier en Russie et pas de chance on se retrouve dans le camp. Les gars sont tellement accros qu'ils mettent des couches pour se faire dessus et éviter d'avoir à se lever. Ce qui est bien fait dans le reportage, reportage d'Arte, c'est la présentation du quotidien mais aussi les relations avec les parents, la rupture, la haine, l'incompréhension, la détresse des deux côtés.

Il y a quelques chose qui me gène particulièrement dans la pédagogie et notamment dans la communication avec le jeune autour de la drogue, du jeu vidéo, de l'alcool etc ... c'est qu'on attend de l'enfant la réponse qui fait plaisir à l'adulte, et l'enfant sait qu'il faut faire plaisir à l'adulte donc il lui donne la réponse qu'il attend. En gros on joue une comédie où chacun connaît son rôle, l'adulte qui fait semblant de donner des espaces de liberté mais qui n'accepterait pas une réponse autre que celle qu'il attend. On a eu d'ailleurs l'intervention d'un gendarme, le gars avec la tenue complète droit dans ses bottes qui était très bien, il a répondu à l'intégralité des questions des gamins d'un point de vue purement technique c'est à dire ce qu'attendent réellement les enfants, savoir ce qu'ils risquent si on les prend avec de l'herbe sur eux, les risques, la prévention, tout ça, ils sont bien plus au courant que ce qu'on peut penser, il faut arrêter de prendre les gamins pour des imbéciles.

Donc on en revient à la cyberdépendance. Un peu d'échange assez rapide, certains élèves s'expriment de façon naturelle sur le phénomène en expliquant notamment une incompréhension côté parent qu'ils considèrent comme intransigeants. Un gamin me disait qu'on n'a pas toujours envie de sortir, qu'on n'a pas toujours envie d'aller se promener et que parfois on peut avoir envie de glander devant une tablette sans être un no life. Certains d'entre eux m'ont d'ailleurs demandé une copie du reportage pour le montrer à leurs parents, un gamin disait que sa mère le considérait comme dépendant, il voulait lui montrer ce que c'était vraiment.

Ils ont conscience des problèmes de gestion du temps, nombreux sont ceux qui expliquent avoir déjà traîné jusqu'à quatre heures du matin sur facebook. Au bout d'un moment on a essayé de dresser un peu les signes du gars qui est passé du côté obscur : perte de la notion de temps, problèmes scolaires, fatigue, absence de vie sociale et bien évidemment le parallèle se fait avec la drogue ou l'alcool. J'ai évité de finir de façon moralisatrice et j'ai tout simplement fait la conclusion qui dit qu'il faut qu'on domine la machine et pas qu'on soit maîtrisé par la machine. Que jouer, passer du temps sur les réseaux, ce n'était pas grave, que le jeu vidéo c'était la classe et que tout dans la vie n'était qu'une question d'équilibre.

A la question bien sûr, comment on fait quand on a  un gros tox en face de soi : la réponse est unanime et pas entendue, c'est même pas le sevrage c'est l'arrêt de tout. A la question est ce que le traitement pour les gamins Chinois est rude, la majorité d'entre eux ont trouvé que c'était finalement justifié car le fait de se faire dessus pour rester devant un écran, ils ont jugé quand même qu'ils étaient vraiment des grands malades. Les enfants notent que moins du quart sort son téléphone portable en famille, ils le font tous quand ils sont entre amis. Ils expliquent d'ailleurs que c'est pour partager avec le reste du monde ce qu'ils font et pour certains les faire rager. C'est un concept d'ailleurs qu'on retrouve avec Facebook y compris dans le monde adulte mais ici ramené à une échelle d'ado. Regarde j'ai la robe de mariée la plus belle du monde, regarde mon Mac Do, on voit que les comportements des plus jeunes sont calqués sur ceux des plus grands.

L'échange avec le jeune reste toujours intéressant quand on n'attend pas notre réponse mais sa réponse

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Cyrille BORNE, 41 ans, professeur de mathématiques, d'informatique au Lycée Agricole Bonne Terre de Pézenas. Doctorat en rap des années 90, grand poutreur de zombies, grand maître de la confrérie des Trolleurs

6 commentaires

#1  - Romain a dit :

Dans le fond oui les parents font ça, en douce, par lâcheté pour reprendre la main sur le gosse qui a échappé à leur contrôle alors qu'une bête machine elle aura réussi à le rendre docile silencieusement, sans gaspillage de salive inutile ni violence. Des parents qui se rendent compte que les gamins ne peuvent pas s'en passer et qui les envoient dans ces camps (difficile de ne faire aucune analogie avec ce que notre continent a connu), finalement ils ont le sentiment de supériorité qui reprend du galon. C'est un bon gros "c'est-moi-l'adulte-donc-c'est-moi-qui-décide". J'avais regardé quelques minutes du reportage quand il était en VOD, j'ai pas accroché tant ça me paraissait scénarisé, calibré pour la télé, insistant sur des individus en apparence simples mais psychologiquement complexes, peut-être instables, mais à qui on gâche la vie... juste pour une histoire de pixels.

Ces camps ne sont en réalité qu'un bon moyen politique pour en faire de futurs bons soldats du PCC de Xi Jin.
On aura trouvé un moyen plutôt simple de confiner des gens, contre leur volonté, mais pour leur bien sois-disant.
Dans 10 ans vous les retrouverez fusils à l'épaule, marche avant en bataillon rangé.

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#2  - Akitsuna a dit :

La cyberdépendance ouais je connais bien cette affaire...

Des CAMPS, sérieux? Je trouvais déjà scandaleux qu'en envoie des gamins à l'hôpital pour les "traiter"...
T'as des gamins malheureux, qui se raccrochent à un truc pour pas péter les plombs, et hop du jour au lendemain on les fait passer pour des toxicos, des malades, des bons à enfermer et on leur enlève tout... J'ai des doutes.

En connaissance de cause... J'ai été "nolife" comme on dit, à l'époque du collège/lycée.
Harcèlement scolaire, déprime, confiance en soi zéro, crise d'ado lancée à toute berzingue dans les neurones...
Profs qui s'en foutent, parents qui ne bitent rien à la situation et se contentent d'observer leur enfant comme une bête bizarre "Mouais c'est d'son âge foutez lui la paix", se contentant de lui offrir 15 minutes de psy par semaine... Psy auquel tu racontes ce qu'il veut entendre, pour qu'il te foute la paix justement.

Mon PC c'était ma putain de vie quand j'étais ado y'avait tout dessus, jeux, potes, culture, information... Uptime de 30 jours, bureau super crade mais reste de piaule nickel vu que j'y foutais rien d'autre... Les sessions de plus de 12h sur WoW étaient courantes, Windows live messenger l'indispensable pour causer avec des gens, le casque fusionnait avec mon crâne, la forme de mes fesses durablement imprimée sur le fauteuil.

Les devoirs pourrissaient dans le cartable, torchés à la va-vite dans le bus du matin ou en perm', retards fréquents, hygiène corporelle plus que douteuse, look improbable (Imaginez 60 cm de cheveux pas coiffés pendant 3 mois)

Faute à qui? La famille pour ne pas avoir compris, oui sans doute. Les profs pour en avoir rien eu à foutre et se contenter de distribuer de la sanction à tour de bras, probablement. Pourquoi eux et la vie scolaire n'ont ils pas eu plus d'implication pour comprendre le fond du problème?

Il a fallu attendre la fin du lycée et l'entrée en université pour que tout ça s'arrange

C'est chaud quand même.

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#3  - Tom a dit :

> Je trouvais déjà scandaleux qu'en envoie des gamins à l'hôpital pour les "traiter"...
Ils ont un problème comportemental grave, alors oui on les traite. Un peu comme des louf dans un asile, mais en moins définitif.

> T'as des gamins malheureux, qui se raccrochent à un truc pour pas péter les plombs, et hop du jour au lendemain on les fait passer pour des toxicos, des malades, des bons à enfermer et on leur enlève tout... J'ai des doutes.
On appel ça un sevrage.
Une rupture radicale dans leur quotidien de larve (et encore c'est pas cool pour les larves de dire ça). Oui c'est des toxicos, oui ils sont malades. Pour ce qui est de "bon à enfermer" ça me fait doucement rire parce qu'ils le font très bien tout seul.

> En connaissance de cause... J'ai été "nolife" [...] pour qu'il te foute la paix justement.
Très beau paragraphe. Perso tout ce que je vois c'est une personne qui justifie ce qu'il est par tout un tas de facteur plus ou moins bidon. Le seul argument recevable a mes yeux est celui du harcèlement scolaire. C'est difficile de s'en sortir, j'admets, mais c'est possible. Et c'est certainement pas en devenant un "nolife" que les choses s'arrangent. Tes parents t'offres un psy que tu envoies balader, ça coco c'est ta faute. Et c'est aussi ta faute de pas avoir dit a tes parents que tu voulais pas d'un psy et quelles sont les solutions qui auraient été adaptés pour toi. Enfin pour ça il faut se décoller de son écran.

> Mon PC c'était ma putain de vie quand j'étais ado [...] la forme de mes fesses durablement imprimée sur le fauteuil.
Donc tu es capable de reconnaitre ça et de trouver scandaleux qu'on traite les gosses ?

> Les devoirs pourrissaient dans le cartable, torchés à la va-vite dans le bus du matin ou en perm',
Scolarité détruite, check.
> retards fréquents
Mauvais comportement, check.
> hygiène corporelle plus que douteuse
Personne dégueulasse (au sens propre du terme, pas d'insulte bien sur), check.
> Faute à qui? La famille pour ne pas avoir compris, oui sans doute.
Alors LA pour le coup c'est magique. Non mec, désolé mais c'est bien ta faute a toi. On a pas toujours des gens qui vont nous tirer de la merde il faut savoir le faire tout seul. C'est pas les autres qui ont fait de toi un piètre humain pendant ces années. Et selon tes propres dires tes parents ont essayés de t'aider (pas la bonne méthode selon toi mais ça prouve que si tu leurs demandaient ils étaient prêt a faire des efforts pour toi).
C'est terrible cette manie de rejeter la faute sur les autres et de pas être capable de se prendre en charge / de reconnaitre a postériori ses "errements comportementaux".

> Les profs pour en avoir rien eu à foutre [...] comprendre le fond du problème?
News-flash kid, les profs sont pas des psy. Et ils sont pas sensés te tirer les vers du nez a tous les ados malheureux de France et de Navarre. Certains le font, grand bien leurs fasse, mais c'est pas une norme.

> Il a fallu attendre la fin du lycée et l'entrée en université pour que tout ça s'arrange
Cool :)
Je profite de ce paragraphe pour te dire que j'ai rien contre toi évidement, et que je réagis juste a des propos que je trouve décalés et symptomatique d'une génération molle, sans caractère, sans volonté. Merci la télé, les réseaux sociaux et la bien-pensance.

> C'est chaud quand même.
Là on est d'accord.

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#4  - stephane a dit :

je crois que depuis l'ouverte à internet ( cela doit remonter au début des années 90- 95 ) , à partir de ce moment , le contenu informatique à commencer a déferler.

déjà en analysant le temps passé par semaine sur :
- *mail ou chat ou irc
- *forums
- youtube video
- facebook , twitter et cie
- jeux videos
- *internet
( je parle même pas de la télé )

nous passons de nos jours trop de temps sur ces différents moyens , on ne voit plus l’horloge défiler.

en gros que se passe -t-il dans le cas de personnes sans connexion systématique ,
il reste le sport , le social irl , l'apprentissage , les travaux , et la vie active

cad pour résumer , les adolescents le font au détriment des éléments ci-dessus , cela donc des conséquences sur le devenir des adolescents , le réveil fin lycée ou université ( ou autre ) c'est déjà trop tard

déjà à l'université , nous avons eu un questionnaire sur le temps passé , très peu mesurait réellement le temps derrière leur petit écran

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#5  - Garf a dit :

"L'échange avec le jeune reste toujours intéressant quand on n'attend pas notre réponse mais sa réponse."

Et je crois que c'est pour ces pépites de sagesse bornienne que tes lecteurs restent et reviennent, malgré tous tes efforts de déréférencements.

Merci

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#6  - Sima a dit :

"L'échange avec le jeune reste toujours intéressant quand on n'attend pas notre réponse mais sa réponse."
Je partage l'avis de Garf...
Je commente très peu, c'est pas bien, mais bon...

Je pense que la vidéo est aussi un bon moyen d'entamer ou poursuivre une discussion avec un/des ado/s accro/s à internet (mix de jeux en réseau, réseaux sociaux, etc.). Je contre toute forme de formatage de la personne, il y a tant de richesses dans chacun des ados que l'idéal est de les aider à se canaliser, s'épanouir. Bon, je n'ai pas de recettes miracles, sinon ça se saurait.

Ce que je dis à mes farfadets (ce ne sont pas des gamers accros) mais accro à leurs notifications qui arrivent tout azimut sur leurs smartphones, pc: "Supprimez toutes les notifications! ce n'est l'info qui doit venir à vous, mais vous qui devez allez vers les infos. Maîtrisez les infos que vous souhaitez vous approprier en les choisissant et en prenant plusieurs sources"
Bon mes farfadets ne sont plus des ados mes de jeunes adultes.
Ceci-dit, je vais leur montrer la vidéo...

Merci.

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