Arrêter de croire au père Noël

16/10/2019 Non Par cborne

Dans le forum, les mauvaises langues disent que je ne tiendrai pas sur MX Linux, ils ont tort. L’aspect out of the box, le côté Debian, sont autant d’avantages qui font que je continuerai d’utiliser cette distribution, si je devais y renoncer, ce serait pour passer à Debian directement. Il y a toutefois quelques points sur lesquels j’aimerais revenir.

Le bureau Linux ne percera jamais

Le monde du PC est moribond pour le grand public, qui voit dans les smartphones la possibilité de faire une grande partie de ses tâches quotidiennes. Il est donc évident que le PC se destine au milieu du monde professionnel et c’est l’un des principaux obstacles. Pendant des années on a craché sur les constructeurs qui ne faisaient pas les pilotes adaptés, un dérivatif face à la réalité : tes applications métiers n’existent pas sur Linux, parce que les grosses sociétés ont autre chose à faire que de les coder pour ton Linux. Pardon, ont autre chose à faire que de les coder pour tes cinquante variétés de Linux.

Ce que je perds en passant de Windows à Linux :

  • L’intégration de Onedrive directement dans mon explorateur, ce qui me force à manœuvrer autrement. J’ai besoin de Onedrive pour récupérer mes fichiers partout où je me promène, parce que partout où je me promène dans mon boulot c’est sous Windows.
  • Mes logiciels de calculatrice
  • Mon logiciel de TBI qui existe pour la version Bionic d’Ubuntu mais par pour Debian, preuve que même quand un éditeur se fend de réaliser un logiciel, il ne le fait que pour la distribution la plus utilisée.
  • La possibilité d’installer l’univers logiciel entier à portée de clics.

Sans évoquer les postes d’informaticiens spécifiques qui vous diront qu’ils ont besoin de Linux, et encore, avec l’intégration de plus en plus présente de Linux dans Windows, cela deviendra de moins en moins vrai, l’individu moyen qui travaille dans une boîte normale peut difficilement éviter les logiciels métiers qui ne sont disponibles que sous Windows.

Le bureau Linux essaie de se faire une place dans le monde du travail

L’adoption de Linux pour le grand public c’est mort et enterré, l’adoption de Linux pour les entreprises ou éventuellement les collectivités, les écoles, etc … c’est purement politique.

Quoi qu’on pense de Donald Trump, cet homme a eu au moins un mérite, montrer que le politique pouvait avoir encore une influence dans son économie et par ricochet sur l’économie mondiale. Si de nombreuses entreprises ne fabriquent plus en Chine, c’est parce qu’un fou furieux qui est accessoirement président des États-Unis s’est agité un peu fort.

Si demain, un pays veut retrouver son autonomie, sa souveraineté, il a la solution devant lui. En France, en Europe, où l’on a vu par exemple l’Allemagne réagir face à l’omniprésence de Microsoft dans le milieu scolaire, il suffirait de hausser un peu le ton pour passer à autre chose. Nextcloud, Linux, Libreoffice, Firefox, sont autant de solutions solides qui peuvent être utilisées au quotidien. Il suffit de le vouloir.

Des solutions d’informaticiens pensées pour les informaticiens

Utiliser Linux au quotidien pour quelqu’un comme moi c’est ouvertement se tirer une balle dans le pied.

Comme écrit plus haut, mon utilisation de Linux ne me permet plus d’utiliser mes logiciels métiers. Je vais donc devoir trouver des astuces, comme utiliser la virtualisation d’une machine Windows, comme utiliser un VPN, ou toute autre solution qui ne va pas me faciliter la vie pour éventuellement pouvoir faire mon job.

Dans le forum, on continuait de se foutre de moi et de me proposer ReactOS. Pourquoi pas ? ReactOS est un projet qui consiste à remonter un truc qui ressemble à Windows 2000, en « libre », et qui permet donc de lancer des exécutables Windows. Sur le papier c’est intéressant, plus de 20 ans d’écriture pour un truc qui n’est pas foutu d’installer mon logiciel activinspire, qui n’est d’ailleurs pas capable de faire grand-chose. ReactOS n’est pas si loin d’une distribution Linux puisqu’il inclue son système de dépôts, ce qui est plutôt logique puisqu’il peine à installer toute autre forme de logiciels.

Vous me trouvez cassant, vous me trouvez injuste, vous trouvez que je crache sur le travail de quelqu’un, ce n’est pas le cas. Les gens qui font ReactOS se font plaisir et c’est leur choix. Les gars s’éclatent depuis 20 ans sur quelque chose qui je pense ne gère que quelques cartes Wifi. L’excuse qui n’en est pas une c’est de dire que s’il y avait des dons, des bras, on aurait l’équivalent d’un Windows sans toutes les cochonneries qui vont avec. C’est à eux de rendre leur logiciel système sexy et trouver les partenaires. Malheureusement pour l’heure, il s’agit d’un produit purement expérimental qui ne peut pas être utilisé en production.

Quand on n’est pas face à un truc qui amuse certaines personnes, nous sommes face à des solutions professionnelles robustes qui demandent des compétences et qui sont rarement out of the box. Nous évoquions dans le forum le cas de Yunohost qui symbolise pour moi le problème que j’évoque : des solutions pour les professionnels, par des professionnels.

Yunohost vous permet de façon simple d’installer un serveur personnel. Gestion des mails, gestion de vos calendriers, de vos contacts, vous pouvez tout faire comme un professionnel. Si vous étiez un professionnel, vous éditeriez vos fichiers de configuration de postfix, vous suivriez les mailings lists de chaque logiciel, vous traqueriez le moindre bug. Par le fait, vous faites confiance à une usine à gaz qui vous permet de jouer au bonhomme. Si on devait faire l’analogie avec le monde de la voiture, eh bien on ne peut pas faire l’analogie avec le monde de la voiture. Pourquoi ? La vidange de votre véhicule ne va pas évoluer chaque semaine, il n’y a pas un kit magique qui en appuyant sur un bouton vous fait la vidange, il n’y a pas non plus sur la route un gars qui vous jette des clous pour vous envoyer dans le ravin.

Yunohost est un facilitateur tant que ça va, et malheureusement quand ça ne va plus ça s’appelle webmin. Webmin est une interface qui permet de gérer graphiquement un serveur Linux, il a été retiré il y a de nombreuses années de Debian parce qu’il était de façon très caricaturale une passoire. Ces interfaces, ces facilitateurs ne sont pas sans conséquence, c’est du code et rajoutent donc potentiellement des erreurs supplémentaires aux erreurs déjà existantes.

Chacun est libre de faire ce qu’il veut mais je n’irais pas exposer une machine Yunohost sur le net. D’ailleurs je n’irais pas exposer un serveur que j’aurais configuré parce que j’estime que c’est le travail d’un professionnel. Je ne referais pas le match, je l’ai déjà expliqué, ce n’est pas un problème de CHATONS, c’est un problème de professionnel, le gars dont c’est le métier et qu’on paye. Tout le monde ne peut pas être garagiste, tout le monde ne peut pas être informaticien, encore plus aujourd’hui qu’hier quand tout devient de plus en plus complexe chaque jour.

Ça va pas changer le monde

Pourquoi utiliser si c’est de la merde, pour tirer une conclusion très rapide de ce qui précède ? Parce que c’est mon plaisir personnel. Lorsque je lance Windows que je vois des tonnes de fonctionnalités, que trouver le moindre paramètre est compliqué, qu’on m’annonce encore une mise à jour, que Thunderbird devient de plus en plus lent, Windows ne me fait pas rêver.

Lorsqu’au mois de mai, j’écrivais les mauvaises raisons de passer à Windows, j’étais épuisé, je finissais avec mes anti-dépresseurs, j’étais au bout du rouleau, et je devais avoir encore une anomalie de plus sur mon Linux du moment. Je finis la période en forme, j’ai du temps pour beaucoup de choses, j’ai perdu du poids, je peux reprendre mes habitudes sous Linux pour mon bon plaisir.

La vie m’ayant appris quelques bricoles, il y a des choses que je ne ferai plus :

  • Changer le monde. Mon épouse avec son Windows est contente, elle n’a plus de limitation avec les logiciels qu’elle utilise, je n’ai pas à imposer mes choix sauf dans quelques cas particuliers. L’utilisation de Linux à l’école par exemple, c’est une économie de milliers d’euros de licence, de bande passante, de temps de façon générale. Cloner un ordinateur sous Linux ça va vite, sans complexité et ça fait le job. De la même manière avec mon beau-père qui a tendance à faire n’importe quoi, il est préférable de le laisser sous Linux, dans le cadre d’une utilisation personnelle, il n’est absolument pas limité et les risques sont diminués.
  • Changer le monde. Je ne risque pas de proposer à mes collègues, à des associations, à qui que ce soit, l’utilisation de Linux. Qu’ils se débrouillent. À une époque, j’aurais refusé de réparer un Windows, je le fais volontiers. À quoi bon expliquer que Windows c’est le mal ? À rien, ce serait de l’hypocrisie de plus, j’utilise des services Microsoft, un téléphone avec un système d’exploitation propriétaire qui m’espionne, Facebook qui est l’incarnation du mal informatique, je n’ai pas de morale à faire.
  • Changer le monde. Expliquer ici dans ce blog qu’il vaut mieux utiliser Linux que Windows et faire du prosélytisme, n’est pas la bonne posture à adopter. Tout est une question de choix personnel, il y a suffisamment d’éléments sur la toile pour imaginer utiliser autre chose qu’un système d’exploitation Microsoft même si je dois vous reconnaître que ce n’est peut-être pas si limpide que ça. Linux pour la légèreté ce n’est plus vraiment exact, Linux pour la liberté ça peut se discuter dans l’utilisation qu’on fait de son ordinateur. Si je devais être honnête, expliquer pourquoi Linux, je dirais simplement pour changer dans un premier temps, pour essayer autre chose.
  • Arrêter d’utiliser de la merde. Je suis resté pendant pas mal de temps sur un environnement KDE, on ne m’y reprendra plus. Attention, ce n’est pas une critique, si on part du postulat que c’est leur bon plaisir, eh bien c’est leur bon plaisir de se lancer dans QT6 quand c’est instable depuis des années par les changements menés tambour battant depuis des années. Ici encore, le positionnement de MX Linux avec la distribution unique est séduisant.

Back to the root

Utiliser Linux ne fait pas de vous un homme meilleur, ne fait pas de vous un saint homme, ne va pas sauver le monde. Il s’agit d’un choix personnel, comme quelqu’un qui devient Vegan, une conviction. L’analogie d’ailleurs avec le véganisme et les gars qui s’attaquent à des boucheries n’est pas si mauvaise que cela.

Il faut toutefois être réaliste, ça risque de ne pas durer, le bureau en tout cas. Dans les raisons de quitter Microsoft, à part les légères évoquées plus haut, il y en a une de fond, Windows vit certainement ses dernières heures. De longues heures, mais la marche est entamée. Windows, le système d’exploitation, n’est plus la priorité de Microsoft qui se gave désormais avec ses services, que ce soit Office 365, qui va bientôt s’appeler Office pour bien faire comprendre que le local c’est bientôt terminé, ou encore le choix d’Android pour un nouvel appareil.

Windows lancerait un nouveau système d’exploitation, et ce sera certainement sa dernière carte face à un Android / ChromeOS présent sur de plus en plus de machines différentes. L’OS qui il y a dix ans c’était tout, aujourd’hui ce n’est qu’un simple outil pour se connecter sur internet.

Le bureau Linux continuera de s’agiter jusqu’à épuisement, quand tout ce petit monde aura fini de s’amuser, qu’il décidera de passer à autre chose. J’espère que nous serons là pour voir, même si l’actualité informatique n’a plus rien d’intéressant, même si l’orientation est toute tracée, direction les nuages.