Apprendre de ses erreurs

10/01/2018 Non Par cborne

Je ne crois pas à la rupture, le truc brutal, sauf peut-être si tu as quelque chose de grave et que du jour au lendemain tu es obligé de changer ta façon de vivre de façon drastique parce que sinon tu vas mourir. C’est pour cela que je ne crois pas dans les bonnes résolutions, je crois dans la continuité, dans les habitudes.

Je continue donc cette année à réparer, mais apprendre de ses erreurs c’est renoncer à la réparation à tout prix ou apprendre à la confier à quelqu’un de plus compétent ou quelqu’un qui aura plus envie que moi. On l’a vu avec mes histoires de canalisation, le réflexe du professionnel était le bon, j’aurai fait sauter l’intégralité de la terrasse pour réussir à trouver le regard, appeler le professionnel mieux équipé c’était ce qu’il fallait faire. Je continue quand même à réparer.

Il s’agit d’un portable que j’ai acheté sur le boncoin à 10 €. J’écrivais à ce propos sur Twitter que j’allais certainement me faire découper par son propriétaire qui tenait absolument à prendre rendez-vous avec moi sur un rond point et pas sur un parking. Il manquait le disque dur et la dalle avait deux traits verticaux. Du fait d’avoir un fond de matériel à la maison, j’ai fait la réparation. Malheureusement je ne me suis pas rendu compte au moment de l’achat que le portable était cassé au niveau du plastique de la charnière, si bien qu’il faut le laisser de façon permanente ouverte. Ces derniers temps j’ai pris pour habitude de stocker pas mal de matériel à la maison, je vais arrêter car il faut avoir la dimension pour le faire. C’est un garage complet de pièces détachées qu’il faudrait pour être performant.

Avoir un iphone n’est pas honteux si on a besoin d’un iphone pour fonctionner, si on n’est pas capable de fonctionner autrement. Ce que je veux dire, c’est que tout le monde ne peut pas travailler avec Linux ou tout le monde n’acceptera pas de travailler avec une machine avec une charnière cassée. Il est important en tant que consommateur, pas seulement, de savoir ce qu’on veut accepter ou non. Le vieux ne me dérange pas, j’ai plus de mal avec le bricolage sale, je sais par exemple qu’Alterlibriste n’est pas gêné par avoir une manette avec un gros bout de scotch ou un domino. A l’instar d’appeler un professionnel pour des solutions trop à risque, je préfère mieux donner du matériel qui fonctionne mais qui ne me convient pas. Ce raisonnement correspond à ce que j’écrivais sur les distributions Linux, sur le principe on peut faire tourner une slitaz sur un PIV mais tout le monde n’a pas envie de travailler sur une vieille machine aux propriétés limitées, quand certaines personnes s’adapteront. Comme je l’écrivais plus haut, avoir un iphone n’est pas honteux, j’ai un collègue qui a de l’iphone jusqu’à l’apple watch et qui est parfaitement ravi de cet écosystème qui lui convient parfaitement pour ses activités professionnelles, il n’imagine pas autre chose, pourquoi changerait-il ? Pour une question d’éthique, pour une question de prix, pour une question de moralité plus que de performance. Les arguments il les connaît, l’actualité il la suit, l’affaire des batteries d’Apple, il connaît aussi, il est donc conscient de ce qu’il fait.

Et finalement je trouve que quelque part c’est bien. C’est un choix raisonné, c’est un choix qui peut se discuter mais c’est un choix. Je vous écris ce billet mercredi, j’ai eu peu de temps ces derniers jours pour écrire avec la reprise qui a été joyeuse comme vous pouvez vous en douter entre l’eau, la tempête, les élèves, hier une collègue m’amène l’ordinateur portable de sa mère. Il s’agit d’une machine qui date d’il y a quelques années et qui était vendue sous Windows 7. Du portable à pas cher vendu avec des processeurs d’entrée de gamme AMD qui donnent des résultats catastrophiques. La machine a grimpé en Windows 10 comme beaucoup mais est horriblement lente. C’est d’ailleurs un point qu’il faut à mon sens avancer lorsqu’on essaie de faire passer des gens à l’occasion. Les gens ont la sensation que si c’est neuf en informatique ce sera plus performant et c’est faux. Il apparaît que parfois c’est même la situation contraire qui se produit. Il vaut mieux investir dans une machine plus ancienne mais de qualité, remplacer par un SSD que d’investir dans une machine récente, bas de gamme qui n’est pas prévue pour durer dans le temps. Les vieux ont tendance à dire que c’était mieux avant, force est de remarquer qu’en informatique c’est une vérité, la qualité des appareils actuels est mauvaise, en tout cas pour les machines grands publics. A jouer sur les changements de nom du matériel mais pour réaliser que les composants sont les mêmes ou parfois moins puissants, on embrouille le consommateur quand le professionnel a déjà du mal à s’y retrouver. Je regarde donc son ordinateur, il n’y a pas de virus, il est simplement lent parce que le processeur est mauvais, la machine a moins de quatre ans. L’idéal serait de mettre un SSD à la place, ma collègue me décrit ce que fait sa maman avec l’ordinateur, cela se limite à l’utilisation du navigateur internet, même pas de bureautique. Je lui propose une installation de Linux, elle n’a aucun problème avec ça et me dit que son ordinateur personnel est sous Ubuntu …………….. Cela fait deux ans que nous travaillons ensemble.

Comme moi, il s’agit d’une enseignante qui a roulé sa bosse, dans son précédent établissement en Aveyron, on lui avait conseillé l’utilisation de Linux et des logiciels libres, c’est donc mon homologue qui a procédé aux installations, elle n’a pas vraiment choisi. Du fait qu’elle utilise Ubuntu au quotidien cela ne pose aucun problème pour que sa mère y passe. En discutant, il apparaît que son ordinateur n’a pas été mis à jour, ou elle pense ne pas l’avoir fait depuis que son collègue lui a installé c’est à dire il y a en gros trois ans. Et là, je pense qu’il va falloir que nous apprenions tous de nos erreurs.

un utilisateur de Linux abandonné.

Pendant de nombreuses années, j’en ai été, on a pensé que ce qu’il fallait faire avant tout c’était de faire migrer les gens, ni plus ni moins. Avec du recul, je me rends compte qu’on a surtout mis des gens dans la merde et qu’on les a laissés dedans, tout fier qu’on était de les avoir ajoutés à notre tableau de chasse de migration vers Linux. Ma collègue n’a pas de problème avec l’utilisation de l’outil informatique, elle ne sait toutefois pas si sa distribution est à jour, on aura la réponse assez rapidement.

Apprendre de ses erreurs c’est dans le cas présent, un questionnement à géométrie variable : est ce qu’on veut vraiment que madame Michu soit utilisatrice de Linux ? Si oui, quels sont les moyens qu’on se donne pour lui rendre la tâche la plus facile possible ? Si non, pourquoi se casser la tête à faire des actions de sensibilisation quand il suffirait alors de redéployer les efforts ailleurs plutôt que dans une vulgarisation qui n’a pas de sens. Cette entraide qui va aller jusqu’à faire une simple mise à jour sur un ordinateur, n’est-ce pas conforter l’utilisateur dans sa paresse, dans le fait qu’il n’apprendra rien ? Ne faut-il pas dès lors penser sérieusement à vendre de la prestation Linux plutôt que de pousser à son utilisation et à sa consommation ? Où commence la solidarité, où finit l’assistanat, où commence l’apprentissage, où finit le travail gratuit ? Autant de questions où chacun va apporter sa propre réponse, une réponse à l’image de Linux et du logiciel libre francophone, désordonnée, morcelée, individuelle.

Je vous donne ma réponse. Je me relancerai bien dans l’entreprenariat mais je ne le ferai pas. Aujourd’hui entreprendre et c’est la puissance de l’état français, c’est mettre de l’argent sur la table pour envisager de gagner de l’argent, c’est jouer à la roulette chaque année pour savoir ce qui va changer dans la loi et qui ne sera certainement pas favorable à l’entrepreneur. Je suis de plus dans la plus mauvaise situation qui soit, une situation que rejette l’état, la situation de celui qui a une activité salariée et qui de façon ponctuelle voudrait gagner quatre sous de façon légale. Comprenez que l’état est particulièrement binaire, si tu veux entreprendre, il faut que tu te positionnes rapidement pour savoir si tu veux abandonner ton entreprise ou ton job. Je salue les gens qui ont le courage de tout lâcher pour se lancer, je ne fais pas partie de ceux là, trop de responsabilités familiales et de crédits. Dans une France où je n’ai pas ma place pour entreprendre sauf au black, il ne me reste que le bénévolat ou le rien faire. Je m’oriente donc vers le bénévolat. Un bénévolat d’ailleurs un peu forcé, si j’avais un prestataire de services Linux et logiciels libres dans le coin, j’orienterais mes ouailles vers lui. Mais un bénévolat limité dans le sens où je ne vais pas trop forcer, histoire que cela ne soit pas chronophage. Le temps c’est de l’argent.

Un bénévolat local, un bénévolat de proximité et de qualité. Si je donne un coup de main, il faut faire un suivi, ce n’est donc pas installer un Linux sur une machine et puis fini, être présent quand on a besoin. Pas trop présent non plus, car mine de rien, il y a beaucoup de choses à faire.

Souvenez-vous, il y a peu, j’achetais des tours à pas cher et j’avais un stagiaire. Le stagiaire en terminale BAC PRO SEN n’était pas compétent pour deux sous, et j’ai réussi à lui faire réaliser peu de tâches de son niveau. On se retrouve avec une dizaine de tours qui ont été notées HS, je les ai ramenées à la maison pour faire réaliser le travail à mon fils avec un peu d’aide. Voyez quand même où on en est, mon fils en troisième, est capable d’analyser des pannes et de réparer là où un élève de terminale n’est pas capable d’agir. Quand j’ai tendance à dire de plus en plus que l’école ne sert à rien et que ce qui compte c’est ce qu’on apprend à l’extérieur, ce n’est pas pour rien. Des machines données pour HS par mon stagiaire avec comme note « ça ne s’allume pas », sont en fait des PC pour lesquels l’alimentation est morte. Je lui avais demandé de nettoyer à l’intérieur ça n’a pas été fait, l’expérience stagiaire n’est pas simple et pourtant je remets ça avec le retour de « cheveux ».

cheveux mon stagiaire et ses camarades de classe

Après un début difficile, cheveux avait réussi à être autonome dans le lycée et nous faire une salle informatique. Il va avoir la joie de réaliser tout ce que nous n’avons pas le temps de faire, il va commencer par se farcir l’intégralité du pointage des câbles vidéos, des vidéoprojecteurs dans le lycée. Ici je n’ai pas encore assez de recul sur mes erreurs en tant que maître de stage, il faudra notamment affiner dans l’accueil, dans une brochure pour aider aux rapports de stage, dans des tâches de routine à déterminer. A six mois du départ à la retraite de mon chef, la volonté est de faire propre à tous les niveaux, je l’ai déjà menacé de l’appeler tous les matins. Nous partageons le même défaut, à force d’être dans l’action, d’être sur tous les terrains à la fois, la documentation a tendance à passer à la trappe, si bien que nous avons l’information dans la tête et c’est une mauvaise chose.

La seconde photo plus haut n’est pas prise au hasard, il ne s’agissait pas de mettre en avant un cuiseur vapeur, mais de montrer le prolongement de la démarche que j’ai enclenchée. A titre personnel j’arrête d’acheter n’importe quoi, j’ai arrêté depuis un moment, c’est une habitude difficile à se défaire, mais quand on est dedans, on y prend goût. La société de consommation à force de nous faire consommer, nous fait oublier le plaisir d’acheter, quand on a vraiment envie de quelque chose, qu’on a mûri son projet d’achat. On achète, on jette, etc … Mon épouse freine à sa façon la consommation, elle fait des efforts dira-t-on mais parfois elle achète le mauvais produit, le cuiseur vapeur par exemple, n’était pas le bon modèle, elle l’a réalisé quelques mois trop tard. Plutôt que de jeter, je le fais vivre à prix symbolique, je l’ai mis à la vente à 5 €. Il est intéressant de constater que j’en suis à quasiment une dizaine de demandes sur le marketplace de facebook, aucune demande sur le boncoin. Leboncoin a vraiment du souci à se faire. De la même manière j’ai envoyé mon pi à Arnaud, cela faisait partie des rares trucs que je m’étais achetés en 2017 pour me rendre compte que je n’avais pas d’intérêt dans ce style de machine.

Finalement ce que je fais est franchement tendance. Alors que les soldes démarrent aujourd’hui, l’association zero-waste lance une campagne pour ne rien acheter de neuf dans cette année 2018. Comme je l’ai écrit en introduction, cela ne marchera pas de façon brutale. L’idée n’est certainement pas de tout changer du jour au lendemain mais de modifier sa façon de vivre au fur et à mesure de façon à ce que se soit durable, sinon on finira par abandonner. Je trouve le principe intéressant et je regrette encore que toutes ces actions ne soient pas menées de façon conjointe, qu’on retrouve le même défaut que dans le logiciel libre, des milliers de petits qui sans aucune cohésion essaient de se lever contre les géants du web ou de la consommation. Je me trompe peut-être mais je pense que faute d’une identité unique pour s’opposer justement aux géants, pour offrir une diversité, un territoire commun permettant un fond de mutualisation ou à minima de répertorier les actions menées sur tout est un manque cruel qui fait profondément défaut.

De façon synthétique pour un billet un peu long :

  • 2018 sera une continuité de 2017. Moins de choses, moins de dispersion. Certainement un recentrage sur d’autres points, l’alimentation en fera partie, je pense que je vais me faire violence pour me mettre à cuisiner même si c’est contre ma nature. J’ai passé ma vie à manger à l’arrache, des kebabs en codant du COBOL, des sandwichs en réparant des ordinateurs, et j’en passe.
  • je vais aider les gens mais pas trop. Il ne faut pas que cela devienne chronophage. Je vais porter une aide de qualité, donc une aide en face à face. Une aide locale ou sur certains projets informatiques en ligne avec peu de participants.
  • je vais continuer de ralentir pour me focaliser sur l’important. J’évoquais dans un dernier billet une lassitude quant à l’innovation technologique au service de la pédagogie, cela fait partie des choses pour lesquelles je vais singulièrement arrêter de culpabiliser et m’investir. Avec des collègues qui ne veulent pas adhérer au réseau social d’entreprise, aux mails parce que l’information c’est pénible, avec d’autres collègues qui sont sur le réseau social d’entreprise mais qui ne sont que dans l’attente d’aide sans rien apporter en retour, je passe pour l’instant mon tour avec l’ensemble de ma profession pour ne rester en contact qu’avec ceux qui le veulent vraiment.

Continuons donc à en faire moins avec pour objectif : faire mieux.

Un peu de lecture :

Les soldes d’hiver commencent! Et si, cette année, on n’achetait rien… de nouveau?

6 bonnes résolutions faciles à prendre pour la planète en 2018 !