Anger management ou hypocrisie, c’est selon

19/05/2018 Non Par cborne

Il m’est arrivé quelques événements ces jours-ci qui sont à minorer, ce n’est pas bien grave, mais des événements où j’aurai pu laisser parler la poudre, j’ai décidé de finalement laisser couler et de ne rien dire. Il y a cette vidéo qui m’a fait réfléchir.

En gros la violence, la colère, la vengeance, la pensée négative proviennent d’une frustration qu’il faut évacuer. Libre à soi de contrôler ou non, de faire le choix de tout lâcher ou de faire différemment. Ce qui va suivre peut paraître paradoxal, car ce que je vais faire est un acte particulièrement violent. Toute personne qui connaît la situation, les personnes qui m’ont fait vivre cette situation sont à même de se reconnaître. C’est particulièrement violent de tomber sur ce que pense quelqu’un de son entourage qui va continuer à se comporter de façon totalement neutre alors qu’il n’en pense pas moins.

J’ai une collègue qui me dit que son ordinateur rame. J’ai passé l’intégralité des ordinateurs sous SSD depuis un an, pas le sien elle n’a jamais le temps. Lundi, rendez-vous à 16h40 pour récupérer la machine et lui faire dans la soirée, il faut environ trois heures pour faire une copie de données avec easeus todobackup. A 16h47 elle n’est pas là, je taille la route. Confuse, elle m’explique qu’une élève l’a retenue jusqu’à 16h55, si je n’avais pas envoyé de message, je n’aurai pas eu l’information. Je lui dis qu’il serait urgent de réaliser la synchronisation par onedrive de l’ensemble de ses documents, comme elle n’a jamais le temps, elle ne l’a jamais fait. Je lui propose le mardi sur une heure de libre de 11h à 12h de lui faire réaliser la synchronisation sur le serveur du lycée, elle accepte et me pose un lapin. Elle arrive finalement à libérer son précieux pour le jeudi soir, j’ai 14 heures de cours entre le jeudi et le vendredi, il faut que ça aille vite. En allumant son ordinateur, la machine réalise la mise à jour d’avril, une mise à jour que j’ai demandé de réaliser il y a plus de deux semaines. Tant que la mise à jour n’est pas réalisée, je ne peux pas faire le backup … J’envoie un message pour demander si je peux garder la machine le week-end, ce n’est pas possible. Il se trouve que le vendredi matin j’avais quatre heures d’évaluation avec mes élèves de troisième, j’ai pu procéder à la bascule. Je mets entre midi et deux heures le PC dans mon casier, la machine a disparu à mon retour à 15h30, la collègue s’est simplement servi dans mon casier.

J’ai réfléchi longuement au mail incendiaire que j’allais envoyer avec copie mon chef d’établissement. Je conçois ceci comme un manque d’éducation profond, c’est quelque chose que je supporte encore moins chez les enseignants que chez les autres. Comment communiquer le respect, la confiance, quand on ne respecte pas son collègue ? Vous me ferez remarquer que cela s’applique à tout le monde dans la vie, pourtant face à un public d’adolescents souvent sans repère, sans être parfait, il faut avoir quelques valeurs sur lesquelles on ne peut pas déroger. J’ai finalement effacé mon message haineux pour envoyer un mail lapidaire pour l’inviter à faire ses backups sur le serveur du lycée.

Ce changement de position peut s’expliquer de façon simple :

  • écrire sous le coup de la colère ce n’est pas une bonne chose.
  • gérer un conflit à distance, par écrit laisse planer l’ambiguïté sur les propos de la personne. Le feedback ne peut pas être immédiat, il peut y avoir des problèmes d’interprétation.
  • je ne sais pas encore si je vais lui verbaliser mais je pense qu’elle ne comprendra pas ce que je lui raconte. Il s’agit de quelqu’un de très doux avec les adultes, avec les élèves je ne sais pas, on a parfois des Jekyll et Hyde dans ce métier, je pense qu’elle ne réalise même pas qu’il s’agit d’un manque de respect. Les enseignants restent des gens à part, la sensation que tout est dû, que tout est normal.

Qu’est-ce que j’ai à y gagner en gueulant un coup ?

  • marquer mon territoire
  • un dégagement hormonal salvateur pour éviter une crise cardiaque
  • éduquer quelqu’un qui peut-être se comportera de façon différente la prochaine fois.

C’est certainement ce dernier point qui est important. Quand on met une prune à un conducteur, la sanction n’est pas nécessairement pour remplir les caisses de l’état, c’est avant tout pour montrer qu’on n’est pas content et qu’on marque le coup en tapant dans le portefeuille. Quand on fait sauter le permis c’est que c’est trop grave et qu’on devient un danger public. Comment expliquer son mécontentement sans être insultant ? Comment réussir à faire comprendre à un collègue que les choses ne fonctionnent pas de cette façon ? Et bien je n’en ai absolument aucune idée car je n’ai jamais fait jusqu’à maintenant, la seule chose que je sais faire c’est pousser ma gueulante. La gueulante, dans ma précédente équipe c’était facile. Tout le monde gueulait, ça explosait d’un coup, l’orage passait, aucune rancune car les choses avaient été dites. Je pense que le problème n’est pas tant de se gueuler dessus, c’est la rancune qu’il peut y avoir derrière, le non dit. La gueulante c’est relativement sain, on s’explique, c’est dit.

Je ne sais pas comment je vais procéder, je pense donc que je ne vais rien dire, je pense que je ne vais même pas réagir. Car je pourrai par exemple jouer la carte de la mesquinerie et la laisser dans la panade au prochain coup, traîner des pieds, mais quel message comprendra-t-elle ? Elle comprendra que l’informaticien prend son temps et pas que l’informaticien qui n’aime pas se faire prendre pour un con fait la grève du zèle pour montrer qu’il n’a pas apprécié le dernier épisode. Il n’y a malheureusement que deux façons de résoudre ce problème quand on veut rester correct, ne rien dire, expliquer les choses posément sans être insultant avec le problème de ne pas savoir la réaction de l’individu qui est en face.

La gratitude, c’est intéressant comme concept. La gratitude ça laisse supposer que parce ce qu’on fait quelque chose pour quelqu’un c’est merci. C’est d’ailleurs un concept que je ne partage pas dans le logiciel libre, le fait par exemple que je vous livre ce texte gratuitement comme le reste de mes écrits, cela supposerait que vous me deviez quelque chose, une forme de gratitude. On a d’ailleurs compris que la gratitude, dans le libre francophone en tout cas, ce n’est pas trop un poids, nous serions quelques-un à être plus riche si ça avait été le cas. Imaginez que vous êtes invité à manger, et que vous vous retrouviez face à une assiette vraiment dégueulasse. Vous avez plusieurs façons de procéder, vous dites que c’est dégueulasse car il vous paraît légitime d’alerter votre hôte. Vous dites merci car la courtoisie vous l’impose, vous savez pourtant que vous ne mettrez plus les pieds à cette table et que vous prendrez toutes les excuses pour ne plus venir à chez cette personne.

Je me suis retrouvé dans la situation de celui à qui l’on dit que c’est dégueulasse et il est nécessaire que je me pose la question de savoir si finalement ce n’était pas vraiment dégueulasse.

Souvenez-vous de mon dernier billet, j’écrivais que le local c’était encore là où on était le plus efficace, je viens de me prendre un retour de bâton pour le moins intéressant et qui vous intéressera tout autant. J’ai donc fait passer des ordinateurs en pagaille à une association, des ordinateurs de type PIV avec 512 à 1 Go de RAM. Le retour d’au moins une personne, c’est que c’est trop lent, c’est pas bien. Aucun rapport avec Linux, c’est juste le fait que les pages internet ne s’affichent pas assez vite. Je n’ai aucun argument à répondre à cela, il est certain que la combinaison Firefox + PIV + allocine ou Youtube, ça doit être assez médiocre. Il y a quelques réflexions sur la forme ou sur le fond qui sont à faire.

La première réflexion, c’est que la façon dont ça m’a été dit, mon premier réflexe a été de me dire que j’allais tout foutre en l’air, je suis très bon à ce jeu là. Mon interlocutrice n’a pris absolument aucune pincette. J’ai trouvé ça blessant, je n’ai rien à gagner dans l’affaire, je donne de mon temps, je donne du matériel, pour avoir un discours à la limite du culpabilisant. Néanmoins, on en revient à l’histoire du repas, peut-on encourager quelqu’un qui vous offre un repas dégueulasse ? J’ai préféré me laisser le temps de la réflexion pour savoir quelle suite je comptais donner à mon effort.

Est-ce que finalement ces PIV ne devraient pas partir à la recyclerie directement ? J’ai pris du temps, j’en prends encore, le retour est négatif. On imagine que Linux peut sauver le monde, est-ce qu’il ne s’agit pas d’une hérésie de faire tourner encore des vieilles bécanes quand on sait que la navigation c’est devenu mission impossible car les pages se sont alourdies, parce que la vidéo en ligne est devenue incontournable.

Je ne me suis pas encore positionné, j’ai dit que je trouverai des barrettes de RAM, mais je n’ai que très peu de doute, ça n’en fera pas plus, la carte vidéo, le processeur sont insuffisants, la RAM ne fait pas tout. Dès lors, mon positionnement est presque logique, je vais passer à la benne l’intégralité de ces ordinateurs. Le problème dans le discours qui m’a été fait, c’est qu’on a la sensation du tout ou rien. Un PIV permet de consulter une partie du web, de faire de la bureautique, il ne permet pas de regarder de la vidéo HD, faut-il fournir des i5 à des gens qui n’ont rien, est ce qu’un PIV n’est pas mieux que rien ? Je roule en Partner, je n’ai pas les moyens de me payer une voiture à 40.000 €. Est-ce que si j’avais les moyens, je m’en prendrai une, certainement pas ? Est-ce que j’accepterai de rouler en 205 si je n’avais pas d’autre choix. Oui sans aucun doute.

Par extension, mettre Linux à quelqu’un c’est attendre de se retrouver avec une personne qui va se plaindre qu’il n’y a pas Photoshop, qu’il n’y a pas Word, que ce n’est pas pareil que Windows et j’en passe. Est-ce que ça vaut vraiment la peine de mettre du Linux à des gens qui n’auront pas envie de s’adapter ?

Au moment où j’écris ces lignes j’ai un coup de barre, j’ai beaucoup travaillé ces derniers jours, et l’idée première c’est d’envoyer tout promener. Je tire toutefois ici quelques enseignements, dont certains que je connaissais déjà :

  • mon positionnement informatique va désormais être simple, ne me concentrer que ce sur quoi j’ai la main. Comprenez que Linux pour les membres de ma famille j’ai la main. J’ai voulu bien faire avec du recyclage de PC, si ça doit être une charge pour les gens qui vont devoir le gérer, ce n’est pas la peine si cela doit être une contrainte plus qu’autre chose.
  • le recyclage, comme Linux doit être quelque chose de voulu et non pas quelque chose d’imposé. Si quelqu’un se retrouve sous Linux sans le vouloir, c’est mort, si quelqu’un n’accepte pas une machine plus ancienne, qu’il est déçu par les performances, c’est voué à l’échec. Il faut se positionner vers les gens qui sont dans l’envie.
  • conseiller Debian sur du PIV c’est finalement une connerie, si de temps en temps au lycée je lance des logiciels Linux sur PIV, je ne vis pas de façon quotidienne dans une situation d’inconfort avec ma machine en i3 et avec 8 Go de RAM. Si quelqu’un veut du PIV, qu’il sait exactement ce qu’il va en faire, qu’il les prend en pleine connaissance de cause, c’est pour lui, je vais passer l’intégralité du lot à la benne après avoir récupéré RAM et disque dur.

Anger Management c’est une comédie avec Adam Sandler à l’époque où il avait du succès, avec Jack Nicholson.

Adam Sandler est un type très calme, trop calme, effacé, il se fait écraser par tout le monde. Lors d’un vol, un malentendu, enfin un malentendu pour Sandler et pour le public fait que le jeune homme se retrouve à devoir suivre une thérapie de la colère. Il est en effet accusé d’avoir cassé le bras d’une hôtesse de l’air quand il s’est contenté de lui poser la main sur le bras. Le docteur qui lui fait suivre la thérapie c’est Jack Nicholson, un homme totalement excentrique, complètement fou. C’est ici que repose le paradoxe de la situation, Sandler a l’air totalement normal, au pays des fous. Et pourtant, on sent que Sandler ne va pas si bien, qu’il n’est pas si calme, et qu’il pourrait bien finir par exploser, le genre de type qui finit par exploser et par tuer tout le monde. Comme tout film avec Adam Sandler, on en fait des tonnes, Nicholson est parfait dans le rôle du dingue, l’ensemble est assez lourd. Néanmoins il y a quelque chose d’assez pertinent dans ce film, c’est la mise en évidence que souvent le problème ce n’est pas le reste du monde, mais c’est soi-même, Sandler étant un personnage qui ne demande en effet qu’à exploser. La morale de l’histoire c’est quand même qu’il vaut mieux gueuler régulièrement plutôt que d’accumuler et se mettre à exploser. Est-ce que c’est vrai ?

Pendant des années j’ai passé mon temps à gueuler pour ne rien garder, comme j’aime à le dire, pour éviter l’ulcère. Avec du recul, je me rends compte que si sur le moment ça fait du bien, si effectivement on marque son territoire, on ne sort jamais grandi des décisions à l’emporte pièce, d’avoir cédé à la colère. J’essaie désormais de faire l’effort de ne pas démarrer au quart de tour, même si ça ne correspond absolument pas à mon caractère. Comme dirait l’autre je me soigne.

Ne pas prendre de décision immédiate, sous le coup de l’impulsion n’empêche pas de prendre des décisions radicales. On verra assez rapidement si j’ai cédé à des arbitrages un peu fort dans les jours qui arrivent.