Ah si je pouvais fermer ma gueule, ça me ferait des vacances !

19/10/2019 Non Par cborne

Je suis officiellement en vacances et je voudrais revenir un peu sur cette période où je me rends compte que je suis en train de reprendre mes vieux travers et que je me fais chasser par mes vieux démons, quelques explications.

Je suis une victime

Beaucoup me l’ont dit, même si j’ai l’air un peu blanc, j’ai l’air en meilleure forme que l’an dernier. Huit kilos de perdus, c’est difficile, je suis à un pallier, je crève la dalle, et j’ai des obsessions de nourriture. J’essaie de me tenir, c’est difficile. Chez moi ça fonctionne un peu de la façon suivante, fatigue, nourriture, et connerie. Les conneries j’ai commencé à les reprendre, je travaille trop pour le lycée d’un point de vue informatique, j’ai dépanné pas mal de trucs mais je me suis fait calmer de plusieurs façons.

Nous sommes toujours au statu quo, avec l’informatique du lycée. Comprenez que la fibre optique n’arrive pas, et que de l’autre côté nos licences vont arriver à expiration. Il y a toutefois quelques bricoles qui sont à méditer. La première c’est qu’aujourd’hui je pense que mon PC serait sous Windows XP, il n’est pas dit que je me fasse véroler à la première connexion sur internet. N’allez pas croire que je revendique l’insécurité, je pense qu’il faut toutefois relativiser la paranoïa des professionnels qui vous veulent du bien, à vous mais moins à votre portefeuille. Le problème en fait, ce n’est pas tant d’avoir un serveur en Windows 2008, d’avoir un serveur qui n’est plus sous garantie dans quelque temps, c’est d’assumer en cas de panne.

Du fait d’avoir de grandes interrogations quant à l’avenir de la fibre optique dans mon pays, nous nous laissons un délai d’attente. L’idée c’est de doubler la sauvegarde mais à moindres frais. J’ai donc monté un ordinateur avec Openmediavault dessus et j’ai dit au prestataire qu’il faudrait faire un backup des machines virtuelles avec les logiciels métiers dessus, pas plus. Le jeune qui vient tous les mercredis m’a joyeusement envoyé chier en m’expliquant qu’un bricolage Linux, je cite c’était pas bien et qu’il fallait travailler avec des solutions normées. Vous vous doutez bien qu’on peut entrer dans un débat qui n’a pas de sens, je pourrais dire que s’il n’est pas compétent dans un domaine où Linux a fait ses preuves, ce n’est pas la peine de m’agresser et qu’il peut simplement dire qu’il a peur de ne pas savoir faire. Je vais donc lui installer un Windows si je trouve, et je pense que je vais laisser pisser, rentrer dans ma coquille et arrêter de mêler de ça et ce pour quelques raisons de plus.

L’idée sous-jacente, en ne payant pas un bras un nouveau serveur, c’est de se dire que si la fibre optique débarque, nous n’avons plus besoin de la puissance de TSE pour travailler, mais que nous pouvons envisager d’autres solutions. Pour ma part je pensais à jongler entre le bureau Linux et les abonnements Office365 que nous avons gratuitement, pour mon collègue d’informatique, il imaginait même pousser le truc avec de la location de machines distantes en Windows 10. Pourquoi pas, tout est possible, encore faut-il avoir de la bande passante, et de la bonne volonté.

À titre d’expérimentation et pour régler quelques problèmes, j’ai proposé à une collègue de faire des fiches d’élèves pour l’examen avec Office365. Dans mon établissement voici en gros comment on travaille. Un élève fait un document, il l’envoie par le mail de l’ENT, le prof modifie, lui renvoie et ainsi de suite. Nous avons une variante similaire qui consiste à imprimer 30 pages à chaque correction pour les enseignants réfractaires à la correction devant écran. Avec un travail réalisé dans Office365, la fiche ne bouge pas, elle est modifiée en direct et dix professeurs peuvent passer dessus de façon propre. Au départ l’idée lui paraissait particulièrement enthousiasmante, et elle était partante sans avoir à forcer la main ou imposer ma volonté. Cela fait un mois et demi que tout est prêt et rien n’est fait, je pense sans me tromper que rien ne sera fait. Je ne juge pas, je sais qu’elle travaille, qu’elle fait des tas de choses et que finalement la facilité même si c’est plus complexe, c’est de ne pas quitter sa zone de confort et de poursuivre avec des méthodes qui ont fait preuve de leur limite.

Je vais donc dans les deux cas, me soumettre, me soumettre au prestataire, mais aussi me soumettre à l’inaction. Il s’agit pour moi d’une inquiétude, car j’ai envie de croire que nous avons la capacité d’évoluer, d’aller vers le mieux, c’est certainement moi qui veux aller trop vite. Nous sommes quelque part dans le même cas que pour celui du logiciel libre, forcer les individus à embrasser une technologie pour laquelle ils ne sont pas prêts, c’est inutile. Je prends donc mon parti pour ce qui précède, et encore …

Je suis un bourreau

Voici le principe du dépôt de devoir dans mon ENT.

Comme je viens de vous l’expliquer, mes collègues fonctionnent par envoi de mail avec les élèves. 30 gamins donc 30 mails à devoir traiter donc ça tourne vite à la pagaille, sans compter ceux qui ont oublié la pièce jointe. Il existe pourtant un autre système, celui du dépôt de devoir, je pose un travail à rendre dans l’ENT, le gosse fait parcourir, et dépose son fichier. Je montrais ça à un collègue la dernière fois, et j’avais quatre profs autour de moi qui expliquaient qu’ils ne connaissaient pas et qu’ils trouvaient ça formidable.

Seulement le problème, c’est que l’explication, je l’ai déjà faite deux fois. Une fois en réunion générale, une fois j’ai envoyé un mail avec un tuto et des captures d’écran. Le mail c’est de la merde, parce que le mail c’est une surcharge de travail, si bien qu’une majorité des enseignants considèrent que c’est une agression.

La moralité c’est que quelque part les enseignants sont demandeurs, il faut néanmoins que ce soit le moment qui leur convient mais ne sont pas dans une démarche de recherche pour améliorer leur quotidien. Par le fait, proposer c’est agresser, ne rien faire c’est végéter.

Je suis un sauveur (raté)

Il est de façon évidente facile de conspuer ses collègues, je suis en train de réaliser que dans de nombreux domaines de l’informatique je suis en train de passer du syndrome de l’imposteur à l’imposture. Je pense que j’ai une véritable franchise par rapport à cela, j’ai déjà exprimé plus d’une fois qu’il y a des choses que je ne ferai pas, que je ne ferai plus, l’administration d’un serveur à mettre face au web, il y a désormais une catégorie de plus : le web.

Le site internet du lycée est vieillot, il faudrait le reprendre, et comme je pense que j’ai besoin de m’occuper en permanence, que tout m’insupporte, je me suis lancé dans l’idée de refaire quelque chose. Je n’ai rien dit à personne, j’ai donc commencé à le faire tout seul dans mon coin. J’ai rencontré les quelques problèmes suivants :

  • Monter un serveur LAMP sur Debian Stretch qui correspond à MX Linux ça a commencé à être compliqué pour moi. J’entends par là que phpmyadmin dont il faut modifier le fichier de conf pour se connecter en root, d’autres bricoles encore, ça a commencé à me gaver profondément.
  • WordPress c’est compliqué. Comprenez que dans le cadre de la gestion d’un blog où je me contente d’écrire, où je ne fais preuve de quasiment aucun fantaisie ça passe. Oui WordPress est gratuit, mais pas les thèmes, et les freemium vous font très largement sentir leur limite. La tendance forte c’est le constructeur de page et c’est ce qu’il faudrait certainement utiliser pour le lycée, j’ai commencé à regarder, j’en comprends le principe et l’intérêt, mais je n’ai pas la patience de m’investir.

La moralité c’est qu’il me paraît évident que lorsqu’on évoquera la refonte du site internet, je demanderai à ce qu’on fasse appel à un professionnel pour le thème ou à quelqu’un qui veut gagner quatre ronds et qui a un peu de patience.

Sortir de façon rapide, impérative du triangle dramatique de Karpman

Je me rends compte que je me mets dans cette situation et que c’est ma faute. La gestion avec le prestataire, j’aurais dû sentir qu’il était réticent à Linux, il me l’a fait passer par message, je me suis senti agressé, je continue à l’être mais finalement ce n’est pas le bon positionnement.

Mon calcul pour monter une machine à l’arrache qui ne sera que du provisoire, c’est de faire réaliser une économie au lycée. J’ai monté une openmediavault sur mon temps de pause entre midi et deux heures, pendant que je réparais le photocopieur parce que j’avais besoin d’imprimer, j’aurais dû attendre le réparateur d’un côté, et expliquer à mon chef d’établissement que nous avons besoin d’un NAS conséquent et que ça va coûter un certain prix. Je pense que je vais d’ailleurs m’orienter vers cette solution.

En ce qui concerne mes collègues que j’agresse, parce que leur proposer de nouvelles technologies c’est une forme d’agression quand moi j’essaie tout simplement de les sauver, je ne sais pas sur quel pied danser. Quand j’écris que j’essaie de les sauver, c’est caricatural. Comprenez qu’ici, c’est comme monter le NAS à l’arrache et faire une économie de 600 €, ce n’est pas pour la gloire, mais la conscience de l’intérêt collectif, de la même manière qu’assurer la refonte du site du lycée. C’est pour ma part, le principal problème : la structure.

Chacun participe à la structure, si notre travail est pertinent, si notre travail va dans le sens de l’intérêt collectif, la structure est bénéficiaire et les retombées sont directes sur les individus. Si on prend par exemple le coup du contrôle qu’on peut ramasser directement par l’E.N.T, c’est un bénéfice pour chaque enseignant qui gagne du temps, c’est un bénéfice pour la structure car si tous les professeurs travaillent de la même manière, les enfants vont instinctivement déposer leur devoir à l’endroit qui va bien. Pour la petite histoire, j’avais créé l’enveloppe de dépôt pour mon collègue, il lui a suffi de dire monsieur BORNE a fait l’enveloppe, les gosses sont allés déposer dedans parce que j’évalue de façon systématique de cette manière.

Je ne suis pas un spécialiste de l’introspection même si avec les années je deviens de moins en moins bourrin, enfin j’essaie, néanmoins j’essaie de prendre le temps de réfléchir à ma situation, à mon positionnement, à ce que je fais de bien ou de mal.

Dans la situation actuelle, je pense que j’ai deux choses à faire : freiner des deux pieds, et commencer à m’interroger sur mon avenir dans mon établissement scolaire. Si je regarde plus haut ce qui précède dans le rôle du sauveur, faussement serviable pour garder les autres sous la dépendance, j’ai rempli cette définition quand j’étais ingénieur en codant comme un fou sans documenter parce qu’en tant que prestataire de service, tu es sur un siège éjectable.

Depuis que je suis dans l’enseignement, la différence, c’est qu’on est sur un siège éjectable par l’entremise de la pérennité de l’établissement. La différence est conséquente, pour avoir quitté deux établissements dans l’agonie. Essayer de sauver les autres, c’est avant tout dans le cadre d’une équipe pédagogique se sauver soi-même, de la même manière que le gars qui essaie d’empêcher que le bateau chavire le fait principalement pour sauver sa peau. Sans tomber dans l’excès qui consisterait à dire qu’il faut être au top des nouvelles technologies, à l’aube de 2020, l’immobilisme de mon équipe dans certains domaines, pas seulement celui de l’informatique m’inquiète. Je suis d’autant plus inquiet que je me vois décrépir sur quelques points :

  • Ma capacité informatique, je trouve que tout est de plus en plus compliqué et je pense que je n’ai pas totalement tort.
  • Ma volonté à tirer tout le monde vers le haut. Je n’ai plus envie de porter des gens vers quelque chose qui ne les intéresse pas.
  • Mon envie tout simplement, je préfère mieux faire autre chose, le travail auprès des jeunes notamment.

Vous le savez, je suis un grand fan de cette phrase du président Sarkozy, la France tu l’aimes ou tu la quittes, je laisse encore un peu de temps parce que pour l’instant rien n’est urgent mais cela pourrait rapidement le devenir. Ce qui est certain c’est que jusqu’à maintenant je n’ai jamais coulé avec le bateau et si je sais que je décrépis sur certains points, changer d’établissement scolaire ne me fait absolument pas peur. Je n’aurais pas à rougir, j’aurais eu au moins le mérite d’essayer, mais comme dit le proverbe : on ne donne pas à boire à un âne qui n’a pas soif.