Acer Aspire One D255. Une machine de 2011 en 2020. On fait comme on peut.

16/10/2020 Non Par cborne

Le EEE PC est la machine qui m’a fait franchir le pas de l’achat d’un ordinateur portable. À l’époque 300 balles pour un ordinateur même aux caractéristiques plus que limitées, avec du 7 pouces, c’était une véritable révolution. Malheureusement, tout le monde s’est engouffré dans le marché pour produire des machines plus lamentables les unes que les autres, et c’est ainsi que cet Aspire One D255 que m’a donné une collègue n’a jamais pu être utilisé ou presque.

Voici les caractéristiques de la machine :

On sait qu’on part de loin même de très loin, et si toutes les caractéristiques sont déplorables déjà à l’époque pour une machine de 2011 ce qui va retenir le plus l’attention c’est le 1 Go de RAM. Le 1 Go de RAM c’est une logique à cette époque où la RAM était chère, et c’est forcément une hérésie même pour faire tourner Windows 7 starter. L’autre point c’est le processeur Atom, car à cette époque et même sur des machines plus modernes, on a mis en pagaille ces processeurs bon marché. Le problème c’est qu’une bonne majorité d’entre eux sont 32 bits, si bien qu’on comprend que c’est mort, étant donné que Linux tire de plus en plus un trait sur cette architecture. Ici tout va bien quand tout va mal, le petit processeur à 1.66 Ghz est en 64 bits. On rajoute à ça un disque dur en 5400 tours et nous comprenons que nous avons affaire à un veau. Le premier réflexe c’est d’optimiser le hardware à pas cher, avec une barrette de RAM qui traîne, malheureusement le PC n’ira pas au-delà de 2 Go de RAM, on comprend que Windows 10 c’est dead donc Windows c’est dead. En ce qui concerne le démontage, c’est une véritable purge, accéder à la RAM et au disque dur c’est faire un démontage du clavier, des vis sous le clavier, d’autres vis encore pour espérer retirer la trappe et avoir accès à l’arrière. N’ayant pas de SSD disponible et ne voulant pas investir pour une machine qui n’en vaut pas la peine et qui sera destinée à une collègue qui a besoin d’un appareil pour lire ses mails, l’upgrade se limite à la grosse merde, avec deux gigas de RAM.

Oh la belle rouge !

Windows est éliminé, il va nous rester deux alternatives, Cloudready et Linux. Cloudready est un fork de ChromeOS à destination on dira des entreprises. Pourquoi des entreprises ? Tout simplement parce que Cloudready ne prévoit pas d’intégrer les applications Android comme c’est le cas depuis quelques versions de ChromeOS. Il faudra regarder du côté de FydeOS que je me mets de côté, un fork Chinois, déjà ça casse un peu l’ambiance. Je pense que c’est une erreur stratégique ne pas suivre ce que fait Google, je pense que c’est une erreur stratégique par rapport à la productivité. Je pense notamment à Teams et le partage d’écran qui ne peut pas être réalisé depuis le navigateur, j’ai fait le test, ou encore la limitation aux produits online de Microsoft. Vous me ferez remarquer et à juste titre que j’ai pris un exemple complètement pourri et qu’à part me plaindre de ne pas réussir à faire tourner Safari, j’aurais pu difficilement trouver mieux ou pire.

Alors effectivement on pourrait considérer qu’il faut être idiot pour acheter un chromebook et faire tourner des applications de la concurrence quand Google propose une suite bureautique complète. Néanmoins ce n’est pas si idiot, lorsqu’on sait que désormais Microsoft contamine largement le monde d’Android avec ses applications. Le fait de refuser l’intégration du market Android, c’est se limiter uniquement à ce qui se fait sur le web et on peut se retrouver effectivement très limité si on n’est pas un utilisateur total ou presque de l’écosystème Google. Bien sûr, la possibilité d’installer des produits Linux pourrait faire la différence, mais on passe par de la ligne de commande, du bidouillage et de la vieille version de Debian.

Par le fait, mettre Cloudready à quelqu’un c’est aller directement face à des problématiques simples comme « je ne peux pas taper une lettre ». Et c’est pourtant dommage car le démarrage est relativement rapide, le lancement de Chromium aussi, la navigation pas si catastrophique, on coincera bien sûr sur Youtube où le lancement de la moindre vidéo met à plat la machine.

j’ai déterré une vieille image du blog, je reviens en effet assez régulièrement sur Cloudready

Donc Cloudready, trop de prise de risque, on passe aux distributions Linux. Avant d’évoquer les distributions et les très nombreux articles sur le sujet qui prêtent à sourire, Ventoy. Ventoy est un logiciel de réalisation de clé USB bootable et multi-distributions qui écrase complètement la concurrence pour son principe de bon sens. Lorsque vous fabriquez une clé bootable, le logiciel va réaliser une procédure sur l’image iso qu’on pourrait apparenter à une décompression sur la clé USB, et c’est particulièrement long. La force du concept Ventoy c’est que vous avez une partition dédiée au logiciel et une partition sur laquelle vous allez copier coller les iso directement sans vous poser des questions. Ce système est un gain de temps considérable et surtout encourage à mettre la dernière version de la distribution régulièrement. En effet, du fait de devoir faire des opérations plus ou moins longues pour récupérer la dernière iso, je finissais par avoir des clés USB multi-systèmes obsolètes au point de ne faire que des clés USB au besoin.

Il sort des versions de Ventoy assez souvent pour prendre en charge de nombreuses distributions atypiques, sous Windows on a une interface pour installer ou mettre à jour qui ressemble à ça :

Alors effectivement les articles qui vantent les mérites des distributions sont légion et une fois de plus je constate avec désespoir qu’il s’agit de publicité mensongère ou d’articles bateaux qui sont écrits par des bots. Il faudra essayer de se rappeler au moins ceci : l’utilisation d’un navigateur moderne condition nécessaire pour accéder à l’ensemble des sites internet sans problème met un PC ancien à genou. Aujourd’hui pour avoir un certain confort d’utilisation, il faut compter 8 Go de RAM. On comprend dès lors qu’avec 2 Go quoi qu’on fasse ou presque, c’est plus ou moins mort. Quand on voit comment Firefox sort les rames pour essayer de maintenir vivant son moteur de rendu, on imagine bien que les navigateurs alternatifs en ligne de commande ou dans le même style ne permettent pas une navigation normale.

J’ai lancé Slitaz qui est à mon sens une des distributions les plus abouties dans la légèreté, la faute à pas de chance, le chipset wifi n’est pas reconnu, c’est un des problèmes parmi d’autres qu’on rencontre chez Slitaz comme le manque de logiciels. J’ai voulu voir ce que devenait Puppy Linux distribution elle aussi réellement adaptée aux machines anciennes. La force de Puppy Linux c’est bien sûr sa légèreté, mais surtout l’expérience. Les gars font leur distrib depuis des années, et n’ont pas dévié de leur trajectoire, pour le meilleur et pour le pire. Le pire c’est l’interface dégueulasse et vieillotte.

Se connecter à un réseau wifi c’est compliqué, next. J’ai fait un essai sur Linux Lite qui a bonne presse et qui revient souvent dans les classements où l’on prend peu de risque. Linux Lite est une distribution basée sur Ubuntu et Xfce et le fait d’avoir dit qu’elle était basée sur Ubuntu dit ce qu’il faut savoir. Une fois de plus c’est très lent, Firefox met presque une minute pour se lancer malgré les ressources très basses déclarées dans les « tests ». J’ai rapidement zappé la distribution. Voir Ubuntu Mate, Xubuntu ou même Lubuntu où les développeurs ont arrêté de dire que c’était une distribution dédiée aux vieilles machines pour simplement dire qu’on était sur une distribution comme les autres à base de LXQt, c’est à se demander quels sont les essais réalisés par les « testeurs ». Mon choix a fini par se porter sur Q4OS.

Q4OS est typiquement la distribution à qui l’on ne donne pas sa chance sur le papier. La distribution est basée sur Debian ce qui est un excellent point par rapport à Ubuntu mais surtout sur Trinity qui est le fork de KDE 3.5, tout se joue à l’âge playskool. N’allez pas voir une nostalgie particulière, mais il se trouve que le rendu est accessible, assez léger pour être utilisable même si l’utilisation de Google Chrome reste forcément peu rapide, l’ensemble est honorable pour une machine de ce type. Le choix des logiciels est assez varié, l’installation est accessible aux débutants, même si je dois reconnaître que j’ai dû m’y prendre à deux fois pour le Wifi.

La moralité de ce billet c’est qu’il faut pour ma part faire preuve d’une prudence conséquente quand vous donnez une machine à quelqu’un ou même quand vous conseillez une machine.

  • J’ai fait acheter un portable chez Tony à une de mes collègues que je connais bien pour avoir travaillé avec elle depuis mon ancien établissement. Elle a donc ses aises et s’en fout de savoir si je vais gueuler ou non. La moralité c’est qu’à partir du moment où j’ai fait acheter la machine, j’en suis responsable. C’est donc sans surprise que le dimanche quand elle a réussi à appuyer sur la mauvaise combinaison de touches pour faire sauter son WIFI qu’elle m’appelle pour que je répare, j’ai donc le choix de me déplacer de 80 km aller ou de résoudre le problème à distance sans connaître son clavier. Conseiller c’est prendre en charge pour les informaticiens.
  • Il n’y a plus de miracle Linux qui joue dans la majorité des cas à niveau égal avec Windows dans une utilisation « moderne ». À partir du moment où on lance le navigateur, c’est terminé, c’est l’ère moderne. Les distributions à base de Ubuntu sont à proscrire et pour trouver un compromis entre la lenteur, la laideur et l’utilisation, il faudra s’orienter vers une distribution à base Debian, j’aurais pu très bien choisir MXLinux mais ça n’aurait pas changé grand-chose.
  • La volonté de lutter contre l’obsolescence programmée a des limites, et une en particulier. Si on se rend compte que quoi qu’on fasse l’expérience utilisateur est mauvaise il faut absolument renoncer. Aujourd’hui pour certains ordinateurs il est inutile de s’acharner, soit vous donnez à quelqu’un qui assume en connaissance de cause soit vous déposez dans un des nombreux points qui récupère le matériel après avoir procédé au démontage usuel de la RAM, disque dur et la dalle.

Nous nous quittons bien sûr sur 2010, parce qu’on est en 2010. J’ai écrit ce billet de façon très laborieuse sur plusieurs jours ce qui n’est pas le genre de la maison, je dois reconnaître qu’avoir corrigé 150 copies cette semaine et beaucoup couru n’ont pas aidé, il est plus que temps d’arriver en vacances.