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Linux c'est ... pas fait pour tout le monde

mai 31, 2021 - Temps de lecture: 14 minutes

À une époque j'avais placé l'intégralité de la famille sous Linux, les choses ont commencé à se déliter quand il est apparu que c'était plus le problème que la solution. Mon épouse qui ne pouvait pas utiliser des applications scolaires de base, qui rencontrait des difficultés pour certaines opérations simples, ma fille qui avait des besoins logiciels Windows sans équivalent sous Linux, de nombreux petits soucis à résoudre, enfin bref, pas de bénéfice. Et puis l'histoire on la connaît, tu finis un jour à l'hôpital et tu te rends compte que si tu meurs, tu laisses quand même un joli héritage bien complexe que personne ne pourra maintenir. On trouvera toujours un bricolo sous Windows pour Linux c'est différent. De la complexité qu'on est le seul à pouvoir gérer à une éthique discutable pour des gens qui ont tous des téléphones Android, nous ne sommes restés que deux Linuxiens, mon beau-père et moi, comme dans le film. Pour moi on sait comment l'histoire a fini, pour mon beau-père c'est différent. Avec un usage ultra-limité de son ordinateur, avec un dual-core pour processeur, une machine ancienne mais suffisante, avec un homme qui a tendance à cliquer un peu n'importe où, Xubuntu est suffisant et j'ai presque envie de dire nécessaire. Repas de fête des mères oblige, on profite de mon arrivée car c'est panique à bord, quelques explications.

Il s'agit d'une Xubuntu que j'ai installée il y a vraiment mais vraiment très longtemps, au point de ne plus me rappeler quand. La distribution et son SSD ont traversé les ordinateurs, pour vous donner une idée du personnage, le dernier en date est tombé de ses genoux. C'est ici une qualité indéniable de Linux, vous prenez votre installation, vous prenez votre SSD, vous mettez dans la nouvelle machine et ça fonctionne. Le problème numéro 1 sur la machine c'est que VLC crashe à l'ouverture. Une lecture rapide permet de trouver le problème, il s'agit d'un souci dans le driver intel. La solution préconisée c'est  de rajouter dans etc/environnement la ligne : 

MESA_LOADER_DRIVER_OVERRIDE=i965

Pour trouver la panne, pas bien compliqué. Lancer VLC en ligne de commande, faire un copier coller du message d'erreur dans Google, voir ce qui en sort. Lancer VLC en ligne de commande, trouver la solution, éditer un fichier en administrateur est totalement inaccessible pour le commun des mortels et pourtant c'était la solution. J'ai fait ce qui a été demandé ça n'a pas fonctionné, trop facile, mais j'ai compris que je pouvais contourner le problème. Je rappelle tout de même les circonstances, repas de fête des mères, souvenez-vous de mon récent billet sur les trois leviers de temps, je prenais l'apéritif avec un ordinateur sur les genoux. L'erreur précédente est en lien avec une mise à jour de la version 20 je sais pas quoi. Nous sommes en mai, nous devrions donc être en 21.04 ... Je vérifie le paramétrage des mises à jour, il devrait me tomber la dernière version, il ne la voit pas. Je vais chercher le sources.list de la dernière version que je colle dans "nano" dans /etc/apt/sources.list et je lance l'update && le dist-upgrade. Vous noterez que je n'ai pas totalement perdu la main. La machine se met à jour, VLC lit les vidéos sans crasher tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Comme vous pouvez le voir sur l'écran ci-dessus, mon beau-père utilise Molotov (nous en sommes au café dans le repas). Molotov se lance, charge le début de la vidéo et finit par crasher avec une erreur qui n'a pas le temps de rester. Molotov n'est pas vraiment fait pour Linux, vous avez un appimage à télécharger et vous devez vous débrouiller pour l'installateur. Bien sûr, Molotov ne se met pas à jour tout seul. Dans le répertoire "d'installation" vous avez un molotov update, en changeant le raccourci de la façon suivante, le programme a l'air d'être à jour et lit l'intégralité des vidéos.

On continue ? Oui on continue ! Lorsque mon beau-père branche son téléphone portable sur Windows, automatiquement il a l'importation de ses photos qui lui sont proposées. Xfce a beau être un environnement de bureau complet et léger, il n'en reste pas moins spartiate sur certaines fonctionnalités. De mémoire Gnome fait ça très bien, pas Xfce. J'ai presque envie de dire que Xfce est un Gnome castré, spéciale dédicace à ceux qui me lisent depuis plus de dix ans. Une installation de shutter (on avait fini le café ça commençait à urger), permet de résoudre partiellement le problème puisque si ce n'est pas automatique, lancer le logiciel et importer permet de s'en sortir de façon relativement simple. 

Pour un particulier voici les problèmes qui se posent : 

  • La nature des problèmes est de l'ordre du paranormal. VLC qui ne lit pas les vidéos, c'est tout simplement pas possible.
  • Les résolutions de problèmes montrent qu'il est nécessaire de sortir des lignes de commande, ce ne sont pas des solutions accessibles pour monsieur et madame Michu.
  • Si le choix de prendre un gestionnaire de fenêtre léger parait une bonne idée sur le papier, on se retrouve avec moins de confort pour une informatique moins intuitive pour des gens pour qui rien n'est intuitif. Cela signifierait pour plus de confort passer sur Gnome ou KDE mais d'une part on aurait des interfaces plus complexes, beaucoup moins intuitives et les ressources ne seraient peut-être pas suffisantes pour avoir un système qui fonctionne correctement. On pourrait bien sûr regarder du côté de cinnamon ou de mate mais je n'ai ni le cœur ni l'envie, autant passer à Windows 10 directement et trouver une machine plus puissante. Le fameux rapport temps / argent, trouver un portable à 150 ou 200 € je pense que je suis gagnant sur le long terme. 

La conclusion évidente de ce paragraphe c'est que pour un particulier sans connaissance technique, l'usager de Linux est forcément dépendant. Bien sûr, un utilisateur de Windows va aussi rencontrer des problèmes mais ils sont plus nombreux ceux à même de les résoudre ce qui nous amène à la seconde partie de notre histoire. 

Souvenez-vous, il y a quelques années j'achetais des PC pas cher chez Tony, une vingtaine d'euros la tour, des dual core avec 2 Go de RAM, et je faisais des salles informatiques comme s'il en pleuvait. Mon lycée est sous TSE, on réalise une connexion en RDP par le poste client sous Linux vers le serveur. Le temps a passé et deux événements se sont produits. J'ai renoncé à toute forme de responsabilité informatique, le serveur arrive en bout de course et nous changeons de prestataire. Comme on me tient quand même au courant, j'ai appris que le principe de TSE était conservé, nous allons migrer de Windows 2008 vers je suppose Windows 2019 ou 2016. Si on reprend la première partie, j'ai arrêté toute forme de responsabilité informatique, ce qui signifie que je n'ai pas mis les PC à jour depuis facilement deux ans. Lorsqu'ils ont réalisé des tests, ils se sont rendu compte qu'avec une machine virtuelle sous 2019 ou 2016, ça ne fonctionnait pas. J'ai donc signalé au chef qu'il fallait que je reprenne du service, car payer 120 Windows 10 pour mettre sur des core 2 à 2 Go de RAM c'est pas une riche idée, ou acheter des clients légers qui tiennent dans un sac à dos, c'est pas non plus une grande idée. Je reprends partiellement du service pour mettre à jour. 

À l'époque je m'y suis mal pris, et je crois qu'on peut y voir une espèce de déformation en lien avec des convictions religieuses barbues. J'avais mis du Debian à tous les étages. Le client RDP choisi parce qu'il était le moins dégueulasse, c'était le parallel desktop qui est certainement le client RDP le plus puissant mais qui pose le problème d'être un logiciel propriétaire et de ne pas être dans les dépôts. Il va donc falloir réaliser une migration sous Remmina. Même si Lubuntu ne s'affiche plus comme une distribution qui se consacre aux vieilles machines, elle a d'ailleurs abandonné le support du 32 bits, elle affiche en première page un petit 800 Mo de mémoire ça passe. Comme je l'ai signalé plus haut, je n'ai plus de responsabilités, et mon incursion restera très superficielle, réaliser le master à cloner, former mon collègue pour qu'il sache cloner avec Clonezilla. Par le fait une distribution accessible plus facilement avec des interfaces graphiques plutôt que de tâter de la ligne de commande est plutôt une bonne idée. Lubuntu a connu dans ces dernières années un changement radical en passant de LXDE à LXQt, pas du luxe quand on voit le vieux truc que c'était. C'est pour ma part un compromis intéressant et élégant pour qui ne veut pas se retrouver avec un bureau KDE trop riche ou un bureau Gnome trop tablette. 

C'est plutôt joli comme on peut s'en rendre compte

J'ai procédé à une installation standard sans me casser la tête, avec un remmina qui se lance au démarrage en plein écran pour éviter d'avoir des gens qui cherchent. J'ai viré des logiciels comme Transmission ou encore le client mail, irc qui n'ont pas d'intérêt, j'ai conservé Libreoffice en cas de panne aggravée du serveur. Je lance les mises à jour, je mets une clé USB pour récupérer le fond d'écran officiel du lycée, elle ne monte pas. Je farfouille, je me documente, je regarde, absolument rien qui ressemble à mon cas. Je lance l'outil de partition de KDE, il me dit qu'il ne trouve pas de point de montage, aucune recherche probante sur le net. J'installe l'outil Gnome, gnome-disks-utility qui est à même de monter les partitions, je peux regarder le contenu dans PCMAN-QT. Je formate, parce que faut pas mourir idiot, ça fonctionne, je mets à jour, ça ne fonctionne plus, il s'agit de la dernière version la 21.04. Il se passe donc quelque chose durant la mise à jour qui pose un problème dans la vision des points de montage puisqu'avec lsusb c'est vu. Vous vous doutez bien qu'avec des collègues qui en sont à l'ère de la clé USB, c'est ma mise à mort que je cause. 

Au moment où j'écris ces lignes, je viens de refaire l'installation avec la 20.04 qui est une version LTS, à priori, cette version du passé ne devrait pas rencontrer le problème. La mise à jour se produit, et forcément les disques amovibles qui étaient repérés ne le sont plus. Soit le problème est propre à LXQT, soit le problème est plus profond en lien avec un composant partagé par tous les forks de Ubuntu et peut-être même debian. Pour trancher, je vais essayer de changer de DE et passer par Xubuntu. 

Alors bien sûr on est forcément tenté de dire que Linux c'est de la merde. Je ne vous ferai pas l'honneur d'entrer dans le jeu de la facilité même si je suis en train de passer un nombre d'heures conséquent pour un truc totalement idiot. On va se contenter de dire que Linux c'est la solution pour ceux qui veulent faire des économies d'argent, pas forcément de temps, ceux qui n'ont pas peur d'avoir des comportements incohérents, ceux qui aiment mettre les mains dans le caca. Malheureusement et comme je l'ai précisé, quand tu n'as pas les moyens il faut des idées, troquer mes 120 machines par 120 clients légers c'est pas le même prix. J'en viens tout de même à regretter que si quelques distributions de type kiosk existent, à part porteus kiosk sous Gentoo qui propose une possibilité de faire un client léger pour le RDP, personne ne s'est collé à faire une distribution simple pour se connecter à un serveur. Une fois de plus chacun est libre de faire ce qu'il veut de son temps, comme miner du bitcoin avec une Gameboy. 

Ce billet est dédicacé à Adrien Linuxtricks, qui m'a envoyé un mail sympa, j'ai découvert qu'il faisait partie de mes lecteurs. Je lui fais donc réaliser un coming out contre son gré pour faire remarquer que ce garçon si calme, si posé, qui tient un peu la seule chaîne française linuxienne sérieuse sur l'univers de Linux me lit et c'est quelque part assez troublant. Comme je lui disais, j'admire son courage, quand tu vois que des gens commentent encore avec passion des billets de blog sur Linux, Youtube c'est la catégorie au-dessus, c'est débattre avec tous les abrutis du monde en même temps, rien que pour ça Adrien mérite une médaille. Je préfère mieux ma cage dorée, bien moins accessible. 

Nous nous quittons bien évidemment sur I AM quand tu allais on revenait, et là forcément j'y retourne et ça me gave bien fort. 

Dans le prochain épisode nous retrouverons notre héros dans une journée digne d'un vendredi avec un accident de voiture, et un incendie dans la maison. Oui, je suis l'élu des classes moyennes et des hommes dans la force de l'âge, tout est possible.

Edit plus tard : Xubuntu en LTS après une mise à jour ne pose pas de problème. Cela laisse supposer que c'est un problème inhérent à Lubuntu sinon si c'était toutes les saveurs buntu qui auraient, j'aurais trouvé le problème sur la toile certainement. La moralité c'est que personne n'utilise Lubuntu, l'espace d'un moment j'aurais été le seul utilisateur mondial. Et j'ai presque envie de dire, une fois de plus ...


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Le temps c'est de l'argent mais c'est surtout du temps

mai 29, 2021 - Temps de lecture: 14 minutes

Cela peut paraître trivial ce que je vais raconter mais plus ça va plus on court après le temps, et pas nécessairement pour les bonnes raisons. À mon niveau voici ce que je constate :

  • La vie privée c'est compliqué. Je cours de partout, l'entretien de la maison, la famille, les gosses, et ce n'est qu'un début. Demain ou presque mon fils va démarrer sa vie professionnelle, ma fille qui passe le BAC dans deux ans, nos parents vieillissent. Le quotidien reste quelque chose de crevant, dans le dernier billet j'expliquais le problème de la fuite de mon meuble, derrière ça c'est un gars qui à 6h30 prend sa voiture pour être à 7 heures à bricodepot, se documenter, démonter, sécher et j'en passe. Tout prend du temps, tout est compliqué, de plus en plus compliqué. On se rendra compte un jour que le minimalisme c'est plus qu'un art de vie mais bien une question de survie.
  • Le travail c'est compliqué, ça devient de plus en plus compliqué et ça sera encore plus compliqué demain. L'enseignement n'est pas un métier simple, la crise COVID n'a fait que le complexifier à outrance. Notre métier c'est désormais l'instantanéité, l'ordre et le contre-ordre dans la même journée. On apprend que les CCF (gros contrôle de l'enseignement professionnel) sont annulés, le vendredi soir on nous dit que c'est maintenu pour avoir une annulation définitive le lundi matin. Alors que nos élèves fragiles, fragilisés par des situations totalement instables que ce soit la vie de famille où l'on se sépare à outrance, face à notre monde complexe, le COVID, le milieu scolaire se doit d'être un ilot privilégié, structuré, un repère, une stabilité. On vit au jour le jour, on fait pour ne pas faire ou finalement pour défaire. Si c'était dans le monde de l'entreprise on appellerait ça de l'agilité, dans le monde de l'éducation c'est de l'auto-destruction. Maintenant qu'on a compris qu'il n'était pas compliqué de mettre en branle les enseignants, et face à des politiques qui ne comprennent pas la situation ou qui ne veulent pas la comprendre, on va continuer d'accentuer la cadence au détriment de nos élèves. 
  • Trop de loisirs : jeux vidéos, films, séries, musique, expériences, il y a trop de choses à faire, il est impossible de suivre la cadence. J'avais fait une vidéo pas trop mal pour expliquer la problématique du temps de cerveau disponible et la conséquence pour nos jeunes, à savoir ne rien faire si ce n'est s'abrutir.

Pour un adulte responsable, il est évident que c'est en jouant sur ces trois leviers et pas qu'un seul comme le font les jeunes qu'on arrive à l'équilibre. Même s'il apparaît évident que c'est dans le dernier levier, le loisir, qu'on va prendre le plus dans les situations de bourre et vous vous adressez à un expert, il reste impératif d'avoir du temps de loisir, de repos, de distraction, sinon on finit par disjoncter. En vieillissant, si je continue nécessairement à écraser ma part de loisir quand c'est vraiment panique, dans le cadre d'une vie normale si on considère qu'il m'arrive d'avoir des moments de normalité, c'est désormais le levier travail que j'ajuste le plus. 

Il ne faut pas tout confondre, et ne pas se tromper de discours. Je ne dis pas que je ne fous rien, je dis simplement que désormais je prends en considération que je suis payé pour réaliser une tâche et que chaque travail méritant salaire, il faut travailler pour quoi on est payé. Si je dois faire 70 heures de travail, par rapport à ma paye, autant aller bosser chez Mac Do. La perversion du métier d'enseignant c'est l'auto-régulation, vous pouvez travailler 80 heures par semaine, il y a toujours une nouvelle méthode à essayer, un cours à inventer, une activité passionnante à faire, on peut dépenser son temps à l'infini comme d'autres pensent qu'il ne s'agit que d'assurer 18 heures de cours, ni plus ni moins. Le compromis, l'équilibre entre le trop et pas assez, c'est le souci de notre métier d'enseignant sans encadrement, où les objectifs changent tout le temps. Avant c'était la réussite et l'intégration dans la société, aujourd'hui la réussite scolaire n'a plus réellement d'importance, il semble que c'est le bien être de l'enfant qui est mis en avant. J'ai envie de dire que l'un ne va pas sans l'autre mais ce n'est pas moi qui fait les programmes, je me contente de les appliquer au mieux.

Afin de trouver ce fameux équilibre entre mes trois leviers, surtout quand celui de la famille est devenu très pesant avec des problèmes de santé à gérer, c'est sur le levier travail qu'il a fallu jouer, et c'est en se retrouvant dans une chambre d'hôpital que j'en ai pris conscience. J'ai donc refusé de l'argent, pas de l'argent volé, mais de l'argent en contrepartie d'une fonction d'informaticien de service, pour avoir plus de temps pour moi, pour les miens. Cette décision je ne la regrette pas mais elle met tout de même en avant un problème particulièrement français. Je ne suis pas le seul à faire ce choix, à vouloir travailler moins, gagner moins mais vivre mieux, ils sont de plus en plus nombreux à lâcher la maison, le chien et la région parisienne au profit d'une vie plus humble à la campagne. C'est problématique car elle montre que le travail en France est de moins en moins valorisé, qu'il devient difficile d'entreprendre, de travailler et de maintenir l'équilibre. Le travail n'est pas épanouissant, et toute une génération est en train de le réaliser qu'il y a mieux à faire que de travailler comme un chien pour un argent qui part dans des dépenses inutiles ou pour une gloire qui ne paye pas les factures. Ce renoncement au travail, pour se recentrer sur soi, sur les siens, est une forme de renoncement à la contribution à la société car il n'y a pas de juste milieu. Si demain tous les cadres démissionnent pour aller vivre de façon plus simple, si les docteurs qui travaillent plus de 70 heures par semaine arrêtent leur profession pour devenir chirurgien parce que c'est plus rentable, si chacun ne pense finalement qu'à lui, c'est la nation qui va en pâtir. N'imaginez pas que je tiens un discours patriotique, mais un discours de bon sens. Si chacun fait le calcul d'en faire le moins possible, c'est la nation qui va ralentir. Si l'envie de gagner, d'innover, d'inventer, de créer, d'entreprendre n'existe plus chez les gens, ça va finir par coincer quand d'autres nations ont les crocs. La crise COVID a montré que la France était un petit pays, pas de masque, pas de test, pas capable d'inventer un vaccin, nous ne sommes plus un pays compétitif mais pourtant nos dirigeants parlent encore de faire briller l'étoile de la France à travers le monde. 

Digression, je le reconnais mais c'est aussi pour vous faire comprendre mon état d'esprit. J'ai écrit que j'avais arrêté Linux par manque de temps, mais c'est un mal plus profond. Lorsque vous faites une semaine de 70 heures en distanciel, ce que je ne ferais plus jamais, l'utilisation de Windows est évidente, des outils propriétaires utilisés de façon professionnelle, quand c'est la catastrophe tu n'as pas le temps d'essayer des trucs avant une vision alors que trente gamins t'attendent. Faut que ça marche. J'aurais pu faire le choix aujourd'hui de me remettre à Linux, de faire des serveurs, de me tenir au courant de l'actualité. Je pourrai même par extension faire une activité d'auto-entrepreneur pour gagner de l'argent et maintenir les savoirs. Dire que je n'ai pas le temps serait faux, je n'ai plus envie. Je partage en fait la même paresse que mes jeunes, qui n'ont pas envie de faire leurs devoirs. La différence entre eux et moi c'est que je m'acquitte de mes responsabilités et de mes obligations, ni plus ni moins. En refusant de travailler plus, je ne produis pas, et dans une société basée sur le capitalisme, c'est mauvais pour l'état. Après, et contrairement à certains qui veulent en faire le moins possible, je suis quelqu'un de simple et ne tombe pas dans le paradoxe de vouloir un smartphone à 1200 € et un Porsche Cayenne.

Qu'on me donne l'envie ? Même pas.

La force d'être adulte c'est de savoir qu'on ne pourra pas tout faire, qu'on ne pourra pas tout voir. Les jeunes sont sur Netflix, les jeunes regardent des tonnes de vidéo Youtube, les jeunes jouent à Fortnite, sont présents sur plusieurs réseaux sociaux, c'est le no-limit, ils ne sont pas capables de faire du tri, de faire des choix. 

À mon niveau, j'ai pas mal choisi, je ne regarde plus de séries télés, ou ce sera certainement à postériori quand elles seront finies (Game Of Throne), je regarde quelques films en constatant une dégradation de la production (merci Netflix, merci le COVID), je lis des bandes dessinées en pagaille et j'écoute de la musique. Le loisir le plus chronophage pour moi désormais c'est le jeu vidéo. À la base je suis un gros finisseur de jeux, et je crois qu'il s'agit là d'un problème éducatif, similaire au finis ton assiette de ma grand-mère. Pendant des années, j'ai fini l'intégralité des jeux que j'avais commencés, comme s'il s'agissait d'un devoir, d'une obligation. Je me suis rendu compte que c'était un positionnement stérile et que finalement c'est comme quand on a trop mangé ou que c'est franchement dégueulasse, finir son assiette est un non sens. J'ai lancé dernièrement le jeu Code Vein qui est un jeu japonisant avec une dose de Souls ce qui en fait un concept assez intéressant. Après avoir pas mal avancé, j'arrive dans une citadelle qui n'est pas sans faire penser à Anor Londo de Dark Souls. À la différence c'est que lorsque dans Dark Souls chaque espace est modélisé, calculé, ici on a l'impression d'être tombé dans un générateur de niveau automatique ou un jeu des années 90. J'ai arrêté le jeu. 

Désormais je n'ai plus honte de couper un jeu, si je suis intrigué je vais jeter un coup d'œil sur Youtube pour voir la fin. J'ai joué de la même façon à Remnant from Ashes qui a été un excellent moment de jeu, un dark-souls avec des flingues. Il se trouve que le monstre de la fin est certainement l'un des combats les plus débiles que j'ai eu l'occasion de faire et que je n'ai pas fini. Vous avez un monstre pas très compliqué qui est indestructible. Il vous projette dans une autre dimension où vous avez des tonnes de monstres et où vous perdez de la vie de façon régulière, vous ne pouvez rien faire contre cela. Plus vous passez de temps dans la zone, plus vous avez de temps attribué pour shooter le gros alien. Il faudra recommencer plusieurs fois pour le descendre. Alors que le jeu propose un défi intéressant avec des boss qui ne sont certes pas mémorables mais plaisants, la fin du jeu est totalement artificielle. Je ne verrais jamais la fin car je me refuse à passer 12 heures sur un boss inutile quand je peux faire autre chose.

Désormais dans mes critères de jeu, il y a de façon évidente la durée. Je vous conseille d'aller sur le site howlongtobeat, qui fait des statistiques sur le temps qu'il faut pour terminer un jeu. C'est dire qu'il y a un besoin si ce type de sites rencontre un certain succès où même existent.

Je pars du principe que je n'irais pas consacrer 40 ou 50 heures à un jeu sauf si réellement passionnant. J'ai fini le Nier Automata en moins de 20 heures, cela faisait longtemps que je n'étais pas resté sur ma faim, et c'est une sensation rare. Désormais j'évite les open world car ils sont synonymes de tâches répétitives et chronophages, je ferai certainement le prochain Mordor qui sortira ou éventuellement un Batman que j'avais trouvés vraiment intéressants dans cette catégorie. 

Alors que j'ai conspué l'indépendant pendant des années, en considérant que c'était des jeux de pauvre, je m'intéresse de plus en plus à ces jeux. Effectivement, nous ne sommes pas dans des moyens financiers importants, on a donc des jeux souvent courts, qui jouent la carte de l'originalité avec des mécanismes simples. Il s'agit certainement encore d'un des pendants de ma volonté de gain de temps, il faut désormais que je rentre directement dans le jeu, sans fioriture, sans dialogue qui s'éternisent. Vous comprendrez donc que j'en ai terminé avec le JRPG. 

S'il fallait retenir quelque chose de ce billet. Je considère que j'ai trois leviers de temps sur lesquels agir :

  • La famille, qui pour le moment est incompressible même si c'est la partie la plus chronophage.
  • Le travail où désormais je fais ce pour quoi je suis payé en ayant compris que les médailles en chocolat ou le travailler plus pour gagner plus sont les meilleurs moyens pour aller plus rapidement au cimetière.
  • Des loisirs derrière les écrans bien ciblés où je n'hésite plus à m'arrêter au milieu si je ne prends plus de plaisir.

Je vous invite à voir cette vidéo de cet homme qui me ressemble un peu et qui a expliqué quasiment les mêmes choses que moi en vidéo, j'ai trouvé ça assez bluffant mais si on réfléchit pas tant que ça. À partir du moment où tu as un boulot, une femme et des enfants, que tu commences à prendre un coup de vieux, la relation au jeu vidéo, au temps évolue de façon unilatérale pour tous. 


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Papa bricole ou le billet de la honte

mai 28, 2021 - Temps de lecture: 9 minutes

Lorsque j'ai commencé à bloguer, je pense que dans ma ligne de conduite, s'il y a bien une seule chose que j'ai toujours voulu conserver, c'est la franchise, la droiture, expliquer comment je peux être le roi des bonhommes, ou le roi des imbéciles. Avec Cyrille on est bien loin de la photo instagrammée, du cache-misère, moi c'est le quotidien, le vrai, celui des mains dans le caca. Aujourd'hui je vais t'envoyer un rêve dont je ne suis pas vraiment fier. 

Si vous avez lu le début de ce blog, vous avez vu que j'ai écrit deux billets bricolage où je m'insurgeais sur l'obsolescence du bricolage, bien pire que l'informatique. Je montais un meuble de salle de bain qui avait fini par pourrir à cause de la flotte, et une hotte qui était morte mais un peu trop bien encastrée. J'expliquais avec une grande fierté, ce conseil de bricolage qui consistait à dire que tu dois tout noyer dans le mastic quand tu as la moindre goutte d'eau. J'aimerais revenir sur cette dernière phrase avec un "ça dépend, surtout quand ça dépasse". La fuite était localisée sous le plan de travail et je n'ai pas eu la présence d'esprit d'imaginer que ça pouvait couler dans le trou en bois du plan de travail, j'ai même nié, j'ai dit que c'était pas possible. Ma femme me dit, ça gondole et il y a un petit peu d'eau sous la vasque. Au départ j'ai bien sûr pensé que ma femme me voulait du mal, me faire de la peine, comme toutes les femmes, mais le test de la feuille de sopalin ne pardonne pas. Alors j'ai commencé à me documenter un peu sur le net et je suis tombé sur cette vidéo de la quatrième dimension.

C'est une famille d'anglais qui vivent en France, comme quoi on a dû certainement perdre la guerre de cent ans, et qui expliquent comment ils rénovent leur maison par eux-mêmes. Ces gens maîtrisent les codes à la perfection, ils te racontent leur fuite d'eau comme ils te raconteraient une opération à cœur ouvert réalisée par Thomas Pesquet dans la station spatiale avec les aliens qui sont derrière la porte. De la passion, du frisson, c'est une folie. J'avais donc un cas similaire, à savoir une fuite sous le plan de travail, et quand tu commences un peu à faire le tour des forums, ou même sur Youtube, on explique que le problème vient de la bonde clic clac ou plus exactement de son joint. On invite à remplacer le joint blanc tout pourri par une pâte qui s'appelle du filgum, mais nous y viendrons plus loin. 

Depuis plusieurs semaines c'est le marathon, et je dois dire que je tire un peu la langue. Mes élèves ont tous repris, ils nous en font voir et entre le bricolage, la famille, le travail et le reste, j'ai un peu de mal à toucher terre. Coup de bol mon fils qui a peu cours en ce moment et qui passe son BAC était à la maison, il a donc commencé à démonter la vasque pendant que je fais mes 7 heures de cours. Il me dit que le trou de la vasque est trempé.

la crème NIVEA c'est formidable, ça coûte rien et ça sert à tout

je pensais qu'il exagérait et effectivement, c'était trempe. Sèche cheveux, un appareil qui m'est inconnu mais qu'utilise beaucoup ma fille et sopalin pour pomper et surtout vérifier si c'est encore humide. C'est trempe mais quand même franchement trempe et d'un coup il me dit regarde. 

Si vous arrivez à faire abstraction de sa barbe dégueulasse, et que vous vous concentrez sur la bonde, vous voyez qu'il y a des trous. Alors forcément on se dit qu'il n'y a pas besoin d'avoir un joint pourri pour que ça passe et qu'il fallait pas chercher bien loin pour comprendre pourquoi ça coule. En mastiquant comme un gros dégueulasse, je me suis donc contenté de coincer l'eau dans entre la bonde et le bois ce qui explique pourquoi ça a gondolé. 

Je dois vous dire que je suis resté quand même franchement étonné. Je veux bien avoir des absences, mais quand même il y a deux trois bricoles qui m'interpellent. La première c'est qu'on était quand même deux et qu'on s'en est pas rendu compte sachant que mon collègue est un power user du bricolage. La suivante c'est que ça a commencé à gonfler au bout de trois semaines et quand tu imagines la quantité de flotte qui a dû passer, tu te dis que ça devrait être beaucoup plus pourri. La dernière et pas des moindres. Lorsque j'ai acheté mon meuble au temple bricodepot, j'ai acheté le mitigeur qui était posé à côté et qui était fourni avec la bonde. On a donc envie de se dire qu'ils sont quand même pas incompétents chez bricodepot à te vendre une bonde avec trop plein pour une vasque qui bien sûr n'a pas de trop plein. Petite explication. 

À droite le modèle avec les trous, à gauche le nouveau modèle sans trou. Le modèle de droite qui était donc initialement mis, c'est le modèle trop plein pour les lavabos standards. Le truc qui sert absolument à rien pour les pervers qui se régalent à faire déborder leur lavabo, le truc qui n'existe pas mais qu'on a tous fait quand on était gosse pour voir si ça déborde. À gauche, forcément le modèle sans trop plein ce qui est le cas de ma vasque qui est une simple vasque. Alors je me suis quand même pas mal interrogé, j'ai vu qu'il y avait des modèles universels avec ou sans trop plein, avec des caches qu'on pouvait retirer, j'ai même fait le tour de bricodepot à 7 heures le matin avant d'aller en cours pour voir si je ne trouvais pas mon mitigeur pour vérifier. Je vais le prendre sur moi et me dire qu'il s'agit d'une erreur complètement débile qui fait que mon plan de travail ressemble à des montagnes russes au toucher. Visuellement il n'y a rien de visible, j'espère que j'ai assez séché pour que le bois ne pourrisse pas, j'ai quand même en parallèle commandé un autre plan de travail au cas où, en promo en plus chez Castorama qui vend quasiment les mêmes produits que bricodepot.

Vous noterez sur la photo de gauche, ce fameux joint qui serait à l'origine des problèmes de fuite. Je n'ai pas mis le joint et j'ai suivi le conseil de mon ami l'anglais en mettant ce fameux filgum que j'ai payé 10 balles sur Amazon, qui n'a pas l'air d'être dispo chez bricodepot et que j'aurais payé 15 balles chez manomano avec ses tarifs d'expédition de dingue. Le filgum est un produit d'étanchéité qui se présente sous la forme d'une pâte à modeler. Vous prenez vous mettez dans la main et vous faites un collier autour de la bonde.

Après avoir enroulé, vous mettez, vous serrez et vous n'avez plus qu'à retirer l'excédent. La mise sous eau est immédiate, pas une trace d'humidité pour l'instant et je n'ai bien sûr pas eu besoin de rajouter du mastic. 

Bon, ben je crois que j'ai tout dit si ce n'est que je ne suis pas particulièrement fier de moi sur ce coup, est-ce qu'il s'agissait d'une bonde universelle avec des caches qui auraient dégagé, suis-je un débile profond, bricodepot est-il nul pour accompagner un produit par un autre qui n'est pas le bon ? Nous ne le saurons sans doute jamais. 

Il aurait été difficile de se quitter sur autre chose qu'apprentissage remix, qui nous rappelle que la vie est un apprentissage qui ne finit jamais, la preuve encore une fois avec cet article. Je vous invite à regarder les t-shirts, il y en a un qui correspond à la phrase qui a amené Youssoupha devant les tribunaux, un autre qui explique le sous-titre de ce blog.

Au prochain épisode, il y aura une histoire de temps et de son usage, si je survis à ma première dose que je réalise demain. 


À Propos

T'avais jamais lu de blog français avant.
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