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Match retour

septembre 11, 2021 - Temps de lecture: 21 minutes

Force est de reconnaître que l'année dernière a été quand même la plus grande raclée que l'équipe enseignante a pris face à l'adversaire depuis ... ben ... j'ai envie de dire depuis que je fais le boulot, les gosses nous ont franchement coupé le souffle. Il serait malhonnête de mettre tout sur le dos du COVID. Au mois de janvier 2020 durant une réunion, je signale que c'est la première année que je n'ai pas la moyenne en maths en classe de 3ème, du jamais vu pour moi. Du jamais vu et surtout c'est gravissime, incompréhensible, on ne vient pas dans l'enseignement agricole pour échouer, on vient dans l'enseignement agricole pour trouver une alternative à l'éducation nationale. Le COVID arrive on connaît la suite, le DNB 2020 n'aura pas lieu, le taux de réussite est exceptionnel, totalement faussé par le rectorat où l'on constate des augmentations de 4 points de moyenne générale entre ce que nous faisons remonter et le résultat final. Pour vous donner le caractère ubuesque de la situation, on fait remonter une moyenne de 8 pour une petite qui ne fait rien, elle se retrouve avec le DNB avec mention assez bien soit 12 de moyenne. Et c'est ici d'ailleurs qu'on comprend que l'illusion de réussite est totalement stérile, la jeune n'avait demandé que des BAC PRO, avec une moyenne de 8, elle n'aurait pu être acceptée qu'en CAP mais elle jugeait les CAP pas assez bien pour elle. Aucun BAC PRO ne l'a prise, arrivée à ses 16 ans au mois de septembre, elle s'est retrouvée déscolarisée avec une mention assez bien au DNB montrant ici toutes les failles du système. 

L'année scolaire 2020 / 2021, c'est une année de rupture totale avec nos élèves, j'ai dû certainement l'expliquer dans un billet de blog, mais j'écris trop et je n'ai pas la patience de me relire. De façon synthétique, on est face à des élèves qui ne veulent absolument rien faire et sur lesquels nous n'avons aucun levier. Les leviers dans l'éducation ne sont plus très nombreux. L'avenir c'est devenu des punks à chien, ils sont dans le no future complet, les parents qui ont aussi vécu des trucs pas rigolos avec leurs gosses à la maison ont aussi rencontré leur part de rupture avec le système scolaire mais aussi avec leurs enfants répondent aux abonnés absents, la sanction ... Les heures de colle sont inutiles, les gamins peuvent rester les yeux dans le vide pendant trois heures un mercredi après-midi, les zéros aucune importance, les sanctions des parents sont inexistantes, quel moyen de pression ? 

Vous noterez d'ailleurs l'aspect catastrophique de la chose, évoquer la pression sur un enfant pour qu'il prenne conscience des enjeux, de son futur, de son avenir tout simplement. Nous avons essayé de sauver des individus qui ne voulaient pas être sauvés. Le résultat dans mon établissement a été sans appel, 67% de réussite au DNB professionnel, 1/3 de nos élèves qui n'ont pas obtenu d'orientation au mois de juin et je ne sais pas pour les autres s'ils ont obtenu le premier vœu ou un autre, le fameux vœu de secours. Des orientations ratées qui donneront de l'échec scolaire, car une mauvaise orientation c'est l'échec garanti.

La fin d'année scolaire 2021

De cette année scolaire je retiens ceci : 

  • Une distance que je n'avais jamais connue jusqu'à maintenant, même si ça c'est tassé à la fin.
  • Une aigreur que je n'avais jamais connue jusqu'à maintenant, 
  • Une déculpabilisation que je n'avais jamais connue, une déculpabilisation salvatrice. 

Ce dernier point mérite une explication. À une époque, il n'y a pas si longtemps, j'aurais aligné 7 de moyenne dans un contrôle, j'aurais fait un contrôle de rattrapage. J'aurais pensé que c'était ma faute, ma responsabilité, ce n'est plus le cas. Enseignant c'est le métier où on a t'a appris que tu étais une merde, où l'on t'apprend à vivre dans la culpabilité même si c'est en train de largement évoluer. Des vacances à outrance, un métier de faignasse, les clichés ont eu bon dos, on les a largement moins aujourd'hui. L'inspection d'hier n'est plus la même qu'aujourd'hui, c'est une inspection conseil et pas une inspection qui jubile de son quart d'heure d'humiliation. Les parents après avoir dû jouer le prof à la maison et réaliser ce que c'est d'avoir un adolescent qui ne veut rien faire portent un regard différent sur le métier. Cela dit sur ce dernier point, chassez le naturel il revient au galop, il est loin le temps où l'on applaudissait le personnel soignant au balcon, aujourd'hui on fait la chasse aux sorcières de ceux qui ne veulent pas se faire vacciner et qui ont pourtant sauvé des vies. 

On ne pourra pas dire qu'aujourd'hui que l'enseignant se sent dans une position de force, même si Anne Hidalgo fait un appel du pied pour un doublement de nos salaires. C'est un peu comme dans la chanson d'I AM qui dit qu'on croit au père Noël jusqu'à 30 ans mais un million d'électeurs et potentiellement leur proche, savent quelle est l'importance de notre rôle dans notre société. Lorsqu'on voit qu'on apprend les directives du ministère de l'éducation nationale dans le journal du dimanche on sait que la route est longue pour arriver à un peu de respect, mais force est de constater que les démissions, les problèmes de recrutement sont aujourd'hui un véritable problème et que l'attractivité du métier devra être réfléchie ou non. On peut en effet faire le choix de n'avoir que des contractuels d'états mal payés, non qualifiés, et imaginer que la France retrouve la cinquième place économique mondiale avec une nation mal éduquée.

On ne peut donc pas évoquer une position de force, non c'est évident, mais aujourd'hui je crois que chaque enseignant déculpabilise pas mal et de la quantité de travail qu'il fournit, et du niveau des élèves. Je travaille beaucoup, différemment, je ne peux pas dire que je ne m'investis pas dans mon travail, mais désormais je le vois comme un travail pas comme un but suprême, une mission sacrée. Je vis la chose avec beaucoup moins de passion et comme je ne supporterai pas d'avoir un commentaire, de cette fameuse époque de la culpabilisation qu'on aimerait maintenir, je me suis syndiqué. C'est la première fois de ma vie que ça m'arrive. Nous avons un représentant syndical dans mon établissement, pendant des années je lui ai dit que je prendrai ma carte quand il sera du MEDEF, je lui ai seulement demandé de me rappeler de temps à autre à quel syndicat je me suis inscrit. 

Si aujourd'hui je dois mettre 6 de moyenne à une classe, c'est que la classe mérite son 6 de moyenne. Si je dois mettre 0 à un enfant parce qu'il n'a pas rendu son travail, ce n'est pas de ma faute, c'est de la responsabilité de l'enfant. Je fais mon travail, chacun doit faire sa part, enfants mais aussi parents. À tout travail mérite salaire et à tout salaire mérite un travail bien défini. Travailler à un taux horaire du Mac DO c'est ne pas faire son métier, c'est faire trop son métier.

Il ne faudrait pas croire que je suis tombé dans la paresse molle de ceux qui ressortent leurs cours depuis dix ans et qui ne les changeront pas encore avant dix ans, enfin qui ne les changeront pas parce qu'ils arrivent à la retraite. Il ne faudrait pas croire non plus qu'il n'y a pas de remise en question et se rassurer en se disant que de toute façon les élèves ne font rien, les parents ne nous soutiennent pas, il n'y a donc rien à faire. L'attitude des élèves, le résultat interpelle, on ne peut pas rester indifférent, je ne peux pas rester passif et ne pas essayer des trucs. 

J'ai procédé à la refonte de l'intégralité de mes cours de troisième sur les bons conseils de l'inspecteur rencontré cette année et qui lui aussi a permis une forte déculpabilisation même si dans le fond je ne trouve pas ça franchement satisfaisant. Nous faisons notre métier par rapport à des référentiels, nous interprétons ces référentiels. La problématique c'est que sauf annexe, sauf réforme, les référentiels n'évoluent pas. 

2010 parce qu'on est en 2010, il s'agit du référentiel encore actuellement en cours, même si le BAC PRO est réformé cette année

Seulement si le référentiel ne change pas, il y a des choses qui changent : en dix ans les profils d'élèves ne sont plus les mêmes, les outils ont évolué. C'est ainsi que des calculs qu'on aurait faits à la main il y a dix ans, l'inspecteur nous explique qu'on ne s'embarrasse pas et qu'on fait tout à la calculatrice. De la même manière, dans le cas des probabilités par exemple pour des élèves de première PRO, il nous a dit de nous affranchir du vocabulaire qui de toute façon n'est pas demandé à l'examen et trop compliqué pour nos élèves. Par le fait, si je ne veux surtout pas d'un document évolutif en permanence dans l'esprit de ce qu'on fait dans notre métier où les nouvelles arrivent chaque semaine, parfois le contraire de la semaine précédente, une remise à niveau du document et des consignes plus précises seraient au moins une fois par an avant l'été les bienvenues. 

L'arrivée de la Numworks est typiquement l'outil qui change tout sur les classes de BAC. Alors qu'on perdait du temps à faire résoudre à la main les équations du second degré ou essayer de faire comprendre à nos élèves comment les résoudre avec la Casio 25, aujourd'hui on va prendre ce temps pour faire comprendre l'interprétation graphique à savoir les cas suivants pour la parabole : 

Pour des gens comme moi qui ont connu une époque où les attentes étaient différentes, on a forcément la sensation qu'on régresse. J'ai tendance à tout faire à la main ou de tête, si bien que l'élève qui est encore en moi a la sensation d'une hérésie. Et pourtant quel intérêt, quelle compréhension, quelle avancée d'être capable de faire un calcul de delta à la main et de trouver les solutions de l'équation de façon manuelle comme un singe savant. À la réflexion, pas grand-chose, une gymnastique intellectuelle sans grand intérêt quand il vaut mieux s'attarder sur la résolution de problème. C'est une de nos difficultés, chasser l'école de notre enfance en tant qu'élève pour embrasser pleinement celle que nous vivons au quotidien en tant qu'enseignant. C'est un point sur lequel il faut être très vigilant car on ne rend pas service à nos élèves avec nos vieux réflexes intellectuels où tout est plus facile pour nous quand les enfants ont besoin d'être assisté par les machines.

L'autre difficulté c'est la capacité à maintenir l'équilibre entre des attentes tout de même et cette fameuse utilisation de la calculatrice. Dans les programmes de seconde générale depuis la réforme, est apparue la notion d'automatisme. C'est ici qu'on note toutes les failles du système. On s'est rendu compte que les enfants ne savaient pas faire de résolutions d'équations ou de développements, des opérations simples. L'origine du problème c'est le manque de travail, de devoirs, quand il n'y a qu'une seule chose à faire c'est répéter. La notion d'automatisme au collège, c'est pas forcément évident de trouver la position du curseur. 

Par exemple, jusqu'à maintenant pour une fonction affine f(x)=3x+7, il me paraissait légitime de faire compléter les tableaux de valeur à la main parce que f(2)=3*2+7=13 est un calcul qui pour ma part ne demande pas de calculatrice. Et pourtant face à l'obstacle que cela représente, je ne présente que le mode de fonctionnement pour passer directement à la machine comme j'ai arrêté de faire simplifier des fractions à la main pour montrer la touche magique de la calculatrice.

Je suis donc dans une démarche permanente de réflexion pour savoir si je suis plus le problème que la solution avec la problématique du changement d'élèves qui se fait de plus en plus régulièrement quand avant c'était des cycles de cinq ans ou plus avant de voir de grosses différences et nos passifs d'élèves, les exigences de l'inspection de l'époque plus rigoriste, etc ... Être enseignant c'est être à l'affut en permanence, observer les signes, adopter les bonnes postures, connaître ses défauts, un sacré mélange.

Je suis souvent contre le progrès quand le progrès n'est pas justifié ou qu'il sert à faire travailler des sociétés qui veulent s'enrichir sur l'éducation. Si je respecte totalement la démarche des gens qui vont créer des escape games pédagogiques, des séances totalement interactives je suis perplexe quant au ratio temps d'investissement pour l'enseignant, réussite scolaire. On ne peut pas non plus réduire qu'à ce ratio, pour certains enseignants c'est leur façon à eux de se renouveler dans leur travail, une bouffée d'oxygène. Il y a par contre un nouvel outil qui va changer ma vie cette année c'est école directe en remplacement de la solution SCOLINFO.

Nous nous sommes traînés SCOLINFO pendant 3 ou 4 années de trop pour de mauvaises raisons. La première c'est notre ancien directeur qui partait à la retraite et qui n'a pas voulu être de la fête pour le changement d'ENT. Il faut comprendre que dans une équipe pédagogique qui a utilisé le même outil pendant dix ans, changer les habitudes est un problème. Le surnom du mammouth n'a pas été donné pour rien même si les deux dernières années nous avons su montrer une certaine flexibilité. L'année suivante nous sommes arrivés trop tard par rapport à la masse d'établissements demandant le changement de logiciel, le COVID est passé ce qui a coupé court à la migration, pour arriver à ce nouvel ENT. Nous compensons un retard d'une bonne dizaine d'année, j'entends par là que pour avoir été utilisateur de PRONOTES pour mes enfants, il y a 8 ans quand mon fils était en sixième, j'avais déjà accès à la fonctionnalité suivante : 

Il était tout à fait possible d'inscrire des remarques sur SCOLINFO mais il fallait le faire depuis un poste fixe, impossible de le faire en ligne. Je m'impose donc cette discipline chaque début de cours, à savoir passer dans les rangs, pointer le travail, vérifier les affaires et envoyer en ligne directement. 

Bien évidemment l'exercice n'a de sens que : si tous les profs jouent le jeu, si les parents regardent derrière. Néanmoins lorsqu'on passe un coup de téléphone et qu'on peut justifier de dizaines de fois d'un travail non fait ou du manque d'affaire, la traçabilité est bien présente. Une traçabilité importante pour tous et notamment pour nous dans notre métier où l'on nous met en permanence au pilori. 

Il faut aussi comprendre que la démarche dans le fond est assez catastrophique. Du fait de faire une économie mathématique en suppléant certaines activités par l'utilisation de la calculatrice, en simplifiant d'autres, en passant sur certaines parties du programme inscrites au référentiel mais jamais évaluées au DNB, je prends du temps pour réintroduire des rituels de l'école primaire parce que mes élèves les ont perdus en chemin. La gestion des affaires c'est catastrophique, il faut repasser derrière eux pour tout, j'ai dû réexpliquer comment on fait des phrases réponses, il faut désormais revenir à des fondamentaux que nous n'aurions pas à gérer mais que nous sommes forcés de gérer. C'est comme dans le supérieur quand on réintroduit des cours de grammaire et d'orthographe car nécessité fait loi. 

Dans les nouveaux outils, je poursuis ma chaîne, Maths à l'arrache.

À une époque entre midi et deux, je prenais de mon temps pour aider les jeunes, sur mon temps de pause. Le COVID est passé par là si bien qu'il est devenu difficile de le faire, et quand bien même ce serait possible, je n'y reviendrai pas. J'expliquais plus haut que tout travail mérite salaire, et que tout travail justifie son salaire dans un sens ou dans l'autre. Entre midi et deux heures je mange, je corrige des copies, je prends du temps pour moi. Ce qui est valable pour les élèves est aussi valable pour mes collègues, j'ai envoyé bouler des collègues qui venaient me demander des services en informatique, j'ai rappelé que je n'avais plus de responsabilité. J'ai réalisé dans le temps du weekend trois vidéos, je vais en faire quelques-unes de plus qui sont à l'usage de mes élèves. Contrairement à d'autres vulgarisateurs mathématiques, je ne cherche pas le succès, et j'ai envie de dire que je fais de la vidéo comme je blogue, il faut en savoir un peu sur moi pour comprendre. J'entends ici que la grande majorité de mes billets sortis de leur contexte, ma vie, sont incompréhensibles et que je n'aide pas vraiment à prendre le train en marche à coups de blogs disparus. Pour les vidéos c'est pareil, c'est réellement pour des gosses qui ont fait le cours avec moi, un support supplémentaire pour revoir le film. 

Le ratio temps passé, progression de l'élève est intéressant, j'ai eu des élèves qui avaient avancé une leçon uniquement en regardant la vidéo. La démarche est aussi intéressante car il ne s'agit pas d'un temps que je consacre à un élève ou un groupe d'élève en particulier, mais un temps que je distribue pour qui veut prendre le sien de regarder la vidéo. Il s'agit ici de responsabiliser les jeunes, s'ils le veulent, ils n'ont qu'à se servir, tous les enseignants ne font pas l'effort de doubler leur cours en vidéo. 

Le titre match retour est bien sûr impropre, mais j'aime bien quand même cette notion d'enseignant qui monte sur le ring même si l'adversaire n'est pas celui qu'on croit. On boxe effectivement, mais pas les élèves. On boxe les mauvaises habitudes, on boxe la paresse, on boxe nos erreurs, on boxe un peu la boîte de Pandore. L'idée c'est qu'on soit tous en train de boxer les mêmes choses, et que tout le monde comprenne qui est réellement l'adversaire. 

Vous l'attendiez tous, l'épilogue de notre épisode du boncoin et de la PS4, je vous le livre. 

J'étais tombé sur un acheteur honnête et la faute à pas de chance, mon colis le plus cher, bien emballé aura été pulvérisé par Mondial Relay avec qui je n'avais jamais rencontré de problèmes. N'est quand même pas Cyrille BORNE qui veut, le gars qui a construit sa maison sur le cimetière indien de Saint-Pierre la Mer. Même si effectivement 50 € pour une vente de 140 € c'est pas vraiment l'objectif, je n'attendais plus rien, c'est donc un bonus. J'ai remercié l'acheteur, il m'a remercié de mon honnêteté, le monde est peut-être pas totalement merdique finalement. 

Comme je ne voudrais inquiéter personne après deux billets qui n'ont pas fini sur un titre rap, nous nous quittons avec Arsenik, boxe avec les mots, j'ai envie de dire la classe à Dallas.


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Le logiciel libre des uns s'arrête où commence le propriétaire des autres

septembre 5, 2021 - Temps de lecture: 25 minutes

J'aimerais vous montrer cette nouvelle car c'est une bonne nouvelle, en tout cas on est plusieurs à le penser.

Pour ceux qui auraient raté un épisode, l'association Framasoft est l'association Francophone la plus importante du logiciel libre, vous pouvez consulter son histoire ici. Comme beaucoup des dinosaures du logiciel libre j'ai connu Framasoft à l'époque où ce n'était "qu'un" annuaire. Annuaire qui soit dit en passant a quand même franchement donné un sacré coup de main pour les gens qui cherchaient à passer du côté positif de la force. Je connais Alexis Kauffman depuis l'époque où il s'appelait aka, un autre temps. Alexis Kauffman est professeur de mathématiques, un beau métier, on peut dire qu'il a acquis une certaine expertise du logiciel libre. Il est respecté au sein de la communauté et dieu sait qu'être respecté dans le logiciel libre francophone c'est un véritable défi, son arrivée à la Direction du Numérique pour l'Éducation ne peut être considérée que comme une excellente nouvelle. Comme je lui disais hors antenne, je suis curieux de savoir quelle pourra être la portée de son action, sa crainte c'est bien sûr une forme d'instrumentalisation, j'aurais envie de dire comme Nicolas Hulot au gouvernement. Regardez on a embauché Alexis Kauffman, on aime le logiciel libre mais c'est pas pour ça qu'on fera quelque chose.

L'un des reproches qui est fait de façon récurrente à l'État Français dans le domaine de l'éducation c'est d'avoir vendu son âme à Microsoft. Et pourtant ce n'est pas totalement vrai, on ne peut pas dire que rien n'a été fait dans le sens du logiciel libre en France. 90% du parc de la gendarmerie tourne sous Ubuntu, ou la circulaire de Jean-Marc Ayrault en faveur du logiciel libre. La circulaire a donné beaucoup d'espoir, mais force est de reconnaître que depuis 2013, il ne s'est rien passé.

Je crois qu'il y a à mon sens une vision parfois biaisée du libriste par rapport à une réalité de terrain. La circulaire Ayrault je pense a pour seule faute de ne pas avoir imposé le logiciel libre mais laissé le choix. Vous le savez je regarde avec une certaine forme d'admiration et de frayeur ce que font nos amis Chinois mais force est de constater qu'ils ont quand même la méthode. En Chine lorsque tu juges que des émissions sont merdiques et qu'elles sont mauvaises pour la santé mentale des enfants, tu les supprimes. En Chine quand tu en as marre de voir les gosses s'abrutir sur les jeux vidéos en ligne, tu limites à trois heures par semaine. Ce n'est pas de la provocation gratuite, je n'irais pas vivre en Chine mais c'est l'illustration typique d'une volonté forte d'un état d'avoir une intervention sur son informatique quand nos pays occidentaux sont dominés par les GAFAM sans qu'on ne fasse rien. Je crois que malheureusement, laisser le choix, inviter à faire autrement, sans contrainte, c'est laisser faire et quand tu laisses faire, rien ne change, encore plus en France. En France les choses ne sont font que dans l'obligation, ça permet au Français de crier liberté et dictature.

Ce qui veut dire que lorsqu'on a la circulaire Ayrault qui n'a rien révolutionné au logiciel libre alors qu'elle invitait à faire du logiciel libre un choix prioritaire, le libriste répondra que ce sont les lobbies que Microsoft et les GAFAM mettent tellement d'argent sur la table qu'il est impossible de rivaliser. On vous parlera aussi de l'impossibilité pour le bureau Linux de percer car la vente liée est un frein. Ma réalité de terrain est pour ma part un peu différente. 

Un peu d'histoire informatique. Avant il y avait Windows, il y avait Microsoft Office, les concurrents sont arrivés mais les habitudes sont restées. La réalité de terrain c'est de savoir que j'écris cet article en 2021 et que j'ai encore des collègues qui utilisent Word 2007. De moins en moins cela dit car on a montré qu'avec nos comptes office 365 on pouvait avoir des installations plus fraîches de Office. Mon constat de terrain est simple, si tu n'obliges pas, ça ne se fait pas ... sauf si c'est meilleur et ça c'est aussi une autre réalité. 

Le Cantal, bonjour veaux vaches et cochons.

Nous sommes en 2003 nous quittons la région parisienne après avoir réussi à m'échapper de la grande banque et de COBOL, je deviens professeur de maths, d'informatique et de sciences physiques de la quatrième au BAC (bonhomme). Je comprends qu'il s'agit en fait d'un piège, on ne m'a pas fait venir que pour l'enseignement mais pour le parc informatique. Les PC sont sous Windows 98, c'est la misère. C'est ici que je prends la décision seul avec moi-même d'installer Debian avec KDE 3.5 sur tous les postes et j'explique ouvertement que celui qui n'est pas content prend les CD d'installation et remet Windows. Personne ne s'est opposé. 

Le dictateur bienveillant sait ce qui est bon pour toi, c'est celui qui fait qui dit. Vos utilisateurs se moquent du système d'exploitation, des logiciels à partir du moment où vous êtes présent pour les prendre en charge à n'importe quel moment. Il est évident que c'est une méthode qui marche mais qui présente des limites que j'ai atteintes jusqu'au fond du seau et d'une chambre d'hôpital. 

Comme c'est celui qui fait qui dit, c'est aussi celui qui dit qui fait. Vous avez donc fait le choix d'imposer une solution à l'ensemble de vos collègues, élèves, faut donc que ça marche, tu assumes maintenant. Vous allez donc porter cette solution comme une croix, vous la porterez jusqu'à l'épuisement parce que tout le monde se fout de savoir si la solution est bonne, libre, éthique, faut que ça marche ! On comprend dès lors que les gens qui comme moi ont fait du prosélytisme Linux au travail, à domicile, dans les relations, se sont retrouvés piégés par la propre dictature qu'ils ont voulu imposer pour se retrouver esclave des administrés Linux installés. J'ai presque envie de dire que si l'installation est gratuite c'est l'installateur le produit. 

Une solution imposée n'a pas de sens, car on rappelle de façon systématique qu'elle a été imposée et qu'il est donc nécessaire de l'entretenir. Lorsqu'aujourd'hui quelqu'un me dit qu'il a un problème avec son PC Windows, que cette personne est quelqu'un que j'ai envie de dépanner, je répare son Windows pour qu'il soit fonctionnel sans laisser croire que l'intervention que j'ai pu réaliser me lie à vie à la machine comme ça l'était pour une installation Linux.

Ce que j'ai écrit plus haut n'est pas exact, alors je vais refaire ma phrase. Une solution imposée par un seul individu ou un groupe d'individu n'a pas de sens, c'est une solution imposée par la hiérarchie, l'état, une institution qui a du sens car elle est vue comme une norme. Si demain la circulaire Ayrault était modifiée de façon à ce que le logiciel libre soit le standard, cela voudrait dire que le logiciel libre serait la norme. On aurait comme chez les gendarmes des Libreoffice et des Linux dans toutes les écoles. On se doute bien qu'une décision d'état de ce type ne passera jamais en France où l'on n'impose pas alors pourtant qu'elle est viable, qu'elle ferait du bien à nos caisses et qu'elle serait franchement plus saine.

Socrate, un pédagogue exceptionnel, tellement fort qu'on doute de son existence

Sur le principe, dans le monde merveilleux des bisounours, on pourrait penser que la pédagogie règle tous les problèmes, rires dans la salle. Je paye mes impôts parce que je n'ai pas le choix mais je sais que mes impôts servent à payer le fonctionnement de mon état et mon salaire. C'est important, on m'a expliqué, je le comprends, ça me fait mal au derrière de passer à la caisse mais je le fais quand même. Je jette mes déchets recyclables dans la poubelle jaune, chez moi ce n'est pas une obligation, je le fais car je comprends que recycler permet d'économiser des matières premières et de contribuer à sauver le monde. On notera que pour les déchets, dans certaines villes qui ont commencé à taxer de façon forte le poids des déchets par foyer, on fait des miracles de tri sélectif. C'est un peu comme le pass sanitaire, tu expliques que c'est bien pour tout le monde de se faire vacciner, pas de résultat, tu dis ensuite que tu vas empêcher les non vaccinés d'aller au resto, dans le gros centre commercial et au cinéma, tu fais un million de vaccinations dans la journée. Entre l'autorité et la pédagogie, on sait malheureusement quel est le levier le plus efficace. 

Le concept d'impôts et de fonctionnement de l'État est un concept intelligible. Expliquer qu'un logiciel privateur est un problème car comme tu ne vois pas le code source, il peut se passer n'importe quoi, comme tu ne peux pas le modifier tu es super limité dans tes actions, et comme en plus tu ne peux pas le passer à tes copains c'est pas convivial, c'est curieusement beaucoup plus abscons pour le commun des mortels. 

Alexis dans sa timeline Twitter a partagé deux articles Regouverner (1/2) : la nouvelle ère des licences libres, Au-delà des licences libres ? Il s'agit de deux constats partagés pour expliquer que le logiciel libre défini par RMS s'est quand même un peu pris le mur et qu'il faudrait passer à autre chose, faire rentrer la notion d'éthique notamment qui doit être plus importante que la liberté du logiciel. Et c'est ici la particularité du monde de l'informatique, pour lire ces deux textes il faut comprendre ce qu'est le logiciel libre, les enjeux, et personne n'y comprend absolument rien car personne ne comprend rien à l'informatique. 

De façon synthétique : 

  • Les gens continuent à utiliser les solutions qu'ils utilisent parce que c'est rassurant et en plus ça marche sans se préoccuper de la licence qui est un sujet qu'ils n'imaginent même pas.
  • Expliquer à ces gens que les solutions qu'ils utilisent ne sont pas bonnes est incompréhensible parce que ces solutions fonctionnent pour eux, ils ne voient pas les problèmes en lien avec la liberté logiciel ou le pillage des données personnelles 
  • Obliger les gens à utiliser du logiciel libre, c'est endosser le rôle de réparateur gratuit à toute heure. Ce n'est pas une solution viable sauf si c'est votre job à plein temps.
  • Le monde du logiciel libre est trop complexe, il est la propriété de vieux barbus souvent aigris, les images publiques de RMS ou de Torvalds ne sont pas en adéquation avec un monde plus tolérant, plus féminin etc ... c'est un nid à troll qui attache plus d'importance à la technique qu'à l'homme. 

Un titre de Michael Jackson, est-ce bien raisonnable

Faire le constat que le logiciel libre ne pourrait s'imposer que par la force c'est quand même un peu triste, et il est nécessaire d'avoir une image plus positive, plus construite pour ne pas passer pour quelqu'un d'aigri. 

J'ai écrit plus haut ceci : 

Mon constat de terrain est simple, si tu n'obliges pas, ça ne se fait pas ... sauf si c'est meilleur et ça c'est aussi une autre réalité. 

Cyrille BORNE, là-haut

Quand vous avez pratiqué un peu le monde du logiciel libre, et que comme moi vous avez tendance à appuyer là où ça fait mal, vous vous faites traiter de tous les noms d'oiseaux. Un souvenir qui me revient en tête, c'est sur l'un des modules de Cozycloud, je pense que c'était un module RSS. J'étais allé comme toujours à l'efficacité, c'est à dire que j'avais listé toute une série de bugs et de conclure que le logiciel ne fonctionnait pas. Je m'étais fait littéralement incendié. Alors je reconnais comme souvent que j'ai l'art et la manière de me faire détester, mais si on fait abstraction de la forme il reste le fond. Parce que le logiciel est libre, parce que le logiciel est développé par un développeur bénévole, le logiciel libre peut-être un logiciel de merde. Et si t'es pas content t'as qu'à le coder toi-même. Et si tu ne comprends pas, tu as qu'à lire le manuel. RTFM. 

Par ses propriétés le logiciel libre se dédouane (parfois) de la qualité et c'est ici qu'on rejoint ce qui précède, on ne se pose pas trop de questions sur l'utilisateur final. Le logiciel libre de façon générale n'apparaît pas forcément comme une solution viable pour tout le monde et l'éducation en particulier.

L'avantage de la suppression des commentaires c'est de pouvoir faire les questions et les réponses. Les gens iront expliquer que tous les serveurs du monde sont sous Linux, Android etc ... que je nage en plein délire mais ce n'est pas de ça dont je parle et c'est ainsi que j'aimerais revenir à mon cas. 

Depuis que je n'ai plus la responsabilité informatique, les solutions libres ont pris du recul. La vision de mon collègue n'est pas discutable même si je ne la partage absolument pas. Mon collègue a une vision de l'informatique que je qualifierai d'entreprise avec des machines qui sont renouvelées régulièrement, avec des licences logiciel qui sont payées. Mon collègue a la conviction que travailler sur Office365 c'est le bien car nos élèves seront amenés à travailler sur ces outils plus tard. Ma vision du monde vous la connaissez est totalement différente puisqu'elle repose sur l'allongement de la vie du matériel, par l'utilisation du logiciel libre et je vous le dis, un jour on se rendra compte que j'avais raison et on s'en mordra les doigts chez moi. Ce n'est pas un délire mégalomane mais bien une réalité, et encore plus dans les établissements agricoles. Dans les établissements agricoles on nous demande de plus en plus ce qu'on fait de durable, d'écolo. Nous avons par exemple un label de commerce équitable. 

Comme je l'ai dit on y comprend rien en informatique, pourtant on commence à prendre conscience de quelques bricoles : pénuries des matières premières, les écolos qui parlent de décroissance et dont j'attends avec curiosité les chiffres aux élections. On s'inquiète de la place que prennent les GAFAM, on comprend qu'on n'est pas vraiment maître de notre informatique, mais on n'arrive pas encore à mettre un mot sur la solution qu'on connaît pourtant tous ici, Linux et le logiciel libre. 

Mon chef d'établissement a quant à lui réussi à poser un mot très clair sur la situation que nous vivons entre nos prestataires, le renouvellement des licences Microsoft, les différents abonnements : argent. La sensation d'être pris au piège dans un cercle vicieux qui ne termine jamais, où l'on n'a pas d'autre choix que de payer, payer cher. 

Qui aujourd'hui en France a une visibilité professionnelle suffisamment importante pour proposer une solution remplaçant tout mon foutoir ? J'entends par là une solution qui va prendre en charge le serveur, l'ENT, les sessions des élèves avec uniquement des logiciels libres. Je vous donne une société qui le fait, c'est Microlinux dans le Gard. Seulement Nicolas travaille tout seul et ce n'est pas une vacherie de le dire mais bien une réalité, il n'a pas la dimension des entreprises de l'Hérault et leurs dizaines de techniciens qui arrivent avec des solutions clés en main certifiées Microsoft. Comme personne ne comprend rien, la grosse entreprise qui a pignon sur rue rassure davantage que le gars qui travaille seul avec des solutions qui ne pourront pas être maintenues par quelqu'un d'autre en cas de faillite, de décès ou d'arrêt de l'activité. À mon simple niveau, j'ai installé l'intégralité des postes clients sous Linux. Avec l'arrivée du nouveau serveur, toujours pas arrivé à cause du manque de puces, j'ai dû faire monter tous les postes dans une nouvelle version de Linux pour avoir le Remina qui va bien. Un passage de Debian à Xubuntu que j'étais le seul à pouvoir réaliser au sein de mon établissement. Si demain j'obtiens ma mutation, qui assurera la maintenance de ces postes ? Personne, et plutôt que d'imaginer se former ou chercher un prestataire qui maîtrise on achètera des postes clients sous Windows, neufs certainement. 

L'obsolescence programmée des logiciels Microsoft c'est peut-être ce qui finira par faire changer le système. À l'heure actuelle, toutes les entreprises de la région sont pro-Microsoft. Les établissements scolaires se contentent de payer, de payer très cher car on ne leur propose pas d'alternative viable. Avec Nicolas de Microlinux nous avons échangé au téléphone par le passé et il propose quelque chose de très carré, incluant des postes Windows quand il n'y a pas d'autre choix à cause de certains logiciels métiers. Imaginons qu'une de ces fameuses grosses boîtes de l'Hérault, de Montpellier donc ou de Béziers proposent aux établissements scolaires une alternative totalement libre, avec des postes recyclés, une alternative que j'ai envie de dire durable. Des gens comme moi qu'on trouve de partout dans tous les établissements de France, des gens comme moi qui ont poussé Numworks comme je l'expliquais dans le billet précédent, je serais le premier à me pointer dans le bureau du chef d'établissement pour expliquer tous les avantages. Ce que j'écris ici est fondamental, comme personne ne comprend rien tout n'est qu'une question de confiance. Quelqu'un dans un établissement scolaire qui a fait ses preuves, qui a des compétences, s'il présente une entreprise, un produit, on a envie de l'écouter parce qu'il représente l'expertise. Si en outre on n'a pas l'expertise, alors c'est vers le prestataire que se tourne la confiance. Le prestataire va à l'essentiel, pas à l'innovation et verrouillera bien vos installations pour que vous restiez dépendant de lui.

Des postes qui durent plus longtemps, l'économie de matière première, c'est très bien dans l'enseignement agricole, la fin des licences et du matériel à renouveler en permanence pour un travail similaire, c'est très bien pour le porte-monnaie. Vous noterez que je n'emploie même pas l'expression de liberté logiciel pour me concentrer sur un système qui est une alternative au racket que nous subissons, je ne parle que d'argent. 

Le problème du logiciel libre en France c'est tout simplement la représentativité de l'offre pour les structures comme les miennes ou les particuliers et c'est certainement ici ce qui est le plus inquiétant pour les entreprises françaises ou pour le libre de façon générale. Je ne sais pas comment ça se passe ailleurs, je ne peux que vous parler des départements d'Occitanie. Je sais par exemple qu'un établissement agricole de la région de Toulouse tourne intégralement avec des logiciels libres car l'établissement est suffisamment important pour se payer un informaticien à plein temps qui est libriste. Pour le reste tous les prestataires du secteur ne proposent que du Windows et voient en Linux du bricolage. Il ne s'agit pas de discuter de l'opinion, du bien fondé mais simplement de dire que ce déficit d'image, que personne ne propose de solution est pour moi le problème principal du logiciel libre en France, ça et l'absence de volonté de l'état d'imposer le logiciel libre sur le territoire et regagner en souveraineté par rapport aux compagnies américaines. 

L'initiative du Framasoft avec les CHATONS va dans le principe du bon sens puisqu'elle vise à proposer un maillage de services libres sur le territoire. Sauf que moi demain je vais voir mon chef d'établissement pour lui expliquer qu'on va tout passer sous Linux et qu'un CHATON va nous aider, j'ai peur quelque part de manquer de crédit. 

Quel est le but premier en fin de compte ? Utiliser des logiciels libres ? Gagner en souveraineté ? Faire des économies ? Certainement un peu tout. Pour atteindre ces objectifs, la seule façon d'y arriver c'est de monter une documentation complète clé en main à fournir à toutes les entreprises informatiques du pays. Un commercial du libre qui irait démontrer aux sociétés qu'il s'agit de solutions viables. Paradoxal d'imaginer fournir gratuitement et librement une documentation que ces prestataires iraient revendre derrière. Et pourtant à y réfléchir, les entreprises de secteur sont déjà en place et ont plus ou moins la confiance de leur client qu'elles connaissent bien. Seulement pourquoi changer le système et prendre le risque de tout révolutionner quand les solutions Microsoft sont connues ? 

Alors comme personne n'y croit ou que personne ne veut prendre de risque, la remédiation pour l'année du bureau Linux c'est une directive de l'état qui ne présente plus le logiciel libre comme une proposition mais comme une obligation. C'est la seule réponse. La prise de risque quant à un changement personne n'est encore prêt ou ils ne sont pas assez nombreux et seulement quelques individus isolés ont la capacité de prendre en charge des installations sous Linux. Si du jour au lendemain on explique que toutes les écoles de France et de Navarre doivent passer sous logiciel libre, les prestataires qui n'ont pas vu l'intérêt de proposer des solutions alternatives n'auront d'autres choix que de s'y coller. 

Il est regrettable de se dire qu'en fait, la pédagogie ne sert pas à grand-chose, ou une pédagogie à posteriori pour expliquer que le passage en force c'était pour le bien de tous. Je souhaite sincèrement tout le bonheur du monde à Alexis dans cette nouvelle aventure et je lui souhaite de réussir un passage en force pour que tous les gamins du monde entier écrivent avec Libreoffice. 

Alors bien sûr public, tu sais que je ne t'ai pas oublié et que tu attends avec impatience de savoir où j'en suis avec leboncoin et ma PS4. Alors que j'ai 15 évaluations positives et que l'acheteur n'en a qu'une, à partir du moment où l'acheteur a montré la photo d'un bouton de PS4 explosé, c'est  l'acheteur qui a obtenu gain de cause en moins d'une demi-journée. C'est quelque chose qui est important de retenir, on devrait envoyer l'idée à Elise Lucet pour faire une vente bidon prendre une photo sur le net et voir si on peut berner leboncoin. Votre argumentaire, vos photos, votre nombre d'avis positif n'a aucune importance, à croire que c'est un bot qui a vu le mot "cassé" et qui a tranché. Alors tu le sais perdu, pour perdu, le BORNE garde le panache et la classe. 

J'ai annulé la transaction de façon à ce que le gars récupère son argent sans traîner. J'avais écrit dans les différents billets que la faute à pas de chance, j'aurais pu tomber sur un type honnête et avoir mon seul problème avec mondial relay sur des dizaines de colis quand je me décide à envoyer ma PS4. Pour un peu effectivement que le type soit honnête, plutôt que de le coincer avec ses 140 balles pour un mois, j'ai annulé la transaction pour déclencher son remboursement. 

Il me demande mon numéro de téléphone comme vous pouvez le voir et me demande un RIB, il me dit qu'il tient quand même à me donner quelque chose. La transaction a dû être lancée durant le week-end, un suspense supplémentaire pour le prochain épisode. 

Nous nous quittons ce soir non pas avec du RAP, faudrait pas que ça devienne une mauvaise habitude, mais avec la chanson des années 90 "back to life back to reality", la chanson n'a pas pris une ride et trouve tout son sens en cette période de rentrée scolaire. 


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Logiciel libre. Covid m'a tuer

août 31, 2021 - Temps de lecture: 22 minutes

Si vous avez le privilège de me lire depuis des années, vous savez que j'ai été libriste et que j'ai eu toutes les panoplies du libriste. Modéré à gardien du temple, un très joli costume qui vous autorise à juger les autres et leur degré de librisme. Il y a même une ligne de commande pour ça, à priori sous debian ce serait dpkg-query -W -f='${Section}\t${Package}\n' | grep ^non-free. À l'époque ça faisait bien de le lancer pour montrer qu'on avait rien ou presque, que tu étais pur, que tu n'étais pas sali par le logiciel privateur.

Les années ont passé et s'il fallait lister ce qui fait qu'aujourd'hui je suis sous Windows 10, je dirais plus ou moins dans le désordre : 

  • l'âge. Je suis vieux, j'en ai marre de me casser la tête.
  • le temps. Je suis père de famille, faut que ça marche.
  • l'envie. Avec tous leurs ordinateurs pourris qui ne marchent pas, leurs demandes débiles, je préfère mieux faire autre chose. 
  • la facilité. Bonus combo âge, bonus combo envie, bonus combo temps égal méga combo. Chercher pendant des heures pourquoi le scanner ne scanne pas quand je peux le faire en deux minutes de façon naturelle sous Windows, je passe mon tour. 

Et le dernier point, de façon incontestable, tout ce qui précède avec un monde merveilleux qu'on appelle travail qui devient encore plus merveilleux avec le COVID pour donner un monde formidable appelé travailler pendant le COVID. Pendant la période COVID, on aura beau tourner le problème dans tous les sens, sans les GAFAM les choses auraient été largement plus compliquées. Les gens ont pu travailler grâce à Microsoft même si c'est l'empire du mal, les gens ont pu échanger avec leur famille grâce aux différents réseaux sociaux, faire des visios grâce à Zoom qui est pourtant une véritable passoire. Et j'ai envie de dire : et il est où ? Et il est où ? Et il est où le logiciel libre. Le logiciel libre, il a été bien présent, des initiatives de Framasoft, des initiatives du gouvernement, des initiatives individuelles qui se sont pris un gros coup de calme quand la tempête est passée en un seul acronyme, R.G.P.D.

Ah il est certain que dans les premiers temps, c'était quand même open bar. Certains ont d'ailleurs vu une opportunité pour placer leur solution logiciel mais le COVID aura montré au moins une chose, le pragmatisme est roi. C'est donc dans cette urgence, avec des serveurs de logiciels éducatifs saturés, des serveurs qui n'étaient pas prêt à prendre une telle charge, que nous sommes passés par snap, par discord pour finir sur nos logiciels dédiés, dans mon cas Teams de Microsoft. Et c'est ici que je veux souligner cette interrogation. Finalement pendant la période COVID, c'était quoi le but pour le prof ? Est-ce que c'était de passer ses convictions quant au logiciel libre ou est-ce que c'était d'éviter le décrochage scolaire, de rester la main tendue vers les enfants.

Un enseignant qui tend la main

Bon globalement j'ai envie de dire qu'on a certainement perdu sur les deux tableaux. Malgré tous les efforts déployés, la classe à distance ce n'est pas vraiment la classe, en ce qui concerne le logiciel libre, la fête a très rapidement tourné court quand la RGPD a été mise en avant.

Pour moi, cette période a été le coup d'arrêt de Linux pour le bureau. Je continue d'utiliser Linux dans au moins deux cadres, TSE au lycée, mon openmediavault qui fait office de serveur domestique à tout faire à la maison. Les partages d'écran avec Teams ne fonctionnaient pas, à un moment tu fais le choix du pragmatisme, tu installes Windows 10. C'est une histoire qu'on connaît, je l'ai déjà racontée, maintenant ce qui n'est pas inintéressant c'est de savoir où j'en suis. Windows comme je l'ai écrit, est un système auquel on prend goût à de nombreux niveaux. Ça marche, ça te permet de faire tourner tous les outils dont tu as besoin pour travailler, et ça te permet accessoirement de jouer. J'ai fait pas mal de jeux PC ces derniers temps, et je gèle toute idée pour l'instant de changer de console, encore plus avec mes histoires de PS4 dans la nature. Je vais patiemment attendre d'avoir la fibre optique à la maison et voir venir, on avisera. 

L'arrivée de Windows 11 a créé chez moi un petit frisson, un frémissement de liberté, l'envie de crier liberté à l'aurore dans la plaine, de rejoindre la meute des manchots que j'ai laissée derrière moi. Windows 11 ou la médiocrité de la communication de Microsoft dans toute sa splendeur. 

Si vous avez un peu suivi l'histoire, ça commençait bien. Il était une fois un système d'exploitation dont ce serait la dernière version : Windows 10. Alors bon on avait quelques doutes, parce que les gars auraient cessé toute forme de numérotation et l'auraient appelé Windows. Arrive donc Windows 11, sur des bases pas très saines, mais on peut faire encore mieux car Microsoft sait faire toujours plus. Alors qu'on annonçait un système d'exploitation qui irait vers la légèreté, Microsoft un matin se réveille et dit : ton PC, il faut qu'il ait un processeur récent, TPM 2.0, 4 Go de RAM minimum et 64 Go de stockage. Sans ces conditions, il est impossible d'installer le système d'exploitation. Le couperet tombe, quand on a franchi le cap du milliard d'installations de Windows 10 de façon tout à fait correcte en mettant à jour depuis Windows 7, Microsoft met à la casse plusieurs centaines de millions de PC. Le support de Windows 10 irait alors jusqu'en 2025, nous sommes en 2021, ça laisse le temps de voir venir.

Ce qu'on sait désormais avec Microsoft, et c'est dire que je le sais bien parce que je reste quand même le type le plus énervé de France, c'est qu'il s'agit de la plus grosse machinerie à se faire peur du monde mais à la sortie on se rend compte que c'est surtout pipotron premier. La bascule de Windows 7 à Windows 10 en est l'exemple typique. Alors qu'au départ la gratuité de la migration de 7 vers 10 ne devait se faire que la première année, encore aujourd'hui vous pouvez migrer votre Windows 7 à Windows 10. Le support a bien sûr été prolongé. Alors quand on connaît Microsoft, on a pris l'habitude d'attendre, et de savoir qu'après avoir bien joué à se faire peur, nous allons certainement trouver une issue heureuse. 

Forcément quand tu commences à annoncer à des gars qui ont changé tous les ordis de la boîte il y a trois ans que les ordinateurs vont tous passer à la benne, ça commence à créer des tensions. Microsoft qui n'est jamais le dernier dans le ridicule a fait des conférences de presse, des vidéos, à chaque fois il s'est fait sabrer parce que tous les gars ils ont la rage, ils ont la haine. Et au lieu de rattraper le coup, Microsoft à chaque déclaration a réussi à se rater davantage, laissant la place au doute, aux approximations, en proposant par exemple un logiciel de détection de la configuration matérielle faisant des faux positifs ou des vrais négatifs. Fameux logiciel qui a été très rapidement retiré pour être remis aujourd'hui, sauf qu'il faut faire partie du programme insider pour y accéder ... La classe à Dallas. 

Si vous voulez vérifier si votre ordinateur est compatible Windows 11, vous avez la possibilité d'utiliser ce logiciel disponible sur Github : WhyNotWin11.

Voici le résultat pour ma configuration, on notera qu'en fait, à part la compatibilité de mon processeur, un icore de 4ème génération et un partitionnement qui sera à refaire, tout passe. Le Secure boot, les traces de passage de Linux. Et c'est ici qu'on peut s'interroger sur le TPM. Comment se fait-il, alors que la norme est TPM 2.0, la protection obligatoire des bons utilisateurs, que mon TPM 1, 1.2 pour être exact soit d'un magnifique vert sapin de Noël ? Tout simplement public parce que Microsoft a fini comme prévu par faire caca dans sa culotte et laisse la possibilité à tout le monde d'installer Windows 11. 

L'histoire que nous raconte Microsoft avance gentiment dans notre sens, après avoir joué à se faire peur. Désormais il est possible d'installer Windows 11 sur n'importe quel ordinateur, mais le support ne sera pas garanti. Tremble. On essaie aussi de nous faire croire qu'il n'y aura pas toutes les mises à jour, que l'expérience sera biaisée, qu'il sera impossible de réaliser cette mise à jour depuis Windows Update. Mais nous le savons déjà, nous jouons à nous faire peur, car Microsoft aime nous faire peur. À terme, je suis quasiment persuadé que ça passera comme une lettre à la poste, et que dans les 300 millions de personnes qui devront passer par une iso pour installer Windows 11 il y en a bien un qui s'énervera plus que les autres et qui arrivera à activer Windows Update sur votre PC. 

Alors vous comprenez bien que déjà que je n'étais pas chaud pour faire le tour des distributions Linux, trouver deux cents anomalies que je suis le seul à avoir, selon la légende de celui qui est capable de casser n'importe quel logiciel, mon non passage à Windows 11 qui devient désormais une transition fort probable, forcément ça motive pas. Car soyons honnête, à chaque fois on annonce que c'est l'année du bureau Linux, il y a quand même fort à parier que pour une fois, si Microsoft avait laissé autant d'ordinateurs sur le carreau, les gens qui auraient dû racheter une machine se seraient certainement orienté vers MAC ou Chromebook. Et pour les 300 millions de machines sur le carreau, je pense que Linux serait devenu soudainement plus séduisant. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Je n'aurais pas la malhonnêteté de trouver des prétextes pour ne pas retourner sous Linux, j'aurais juste la politesse de vous dire que ça roxe tranquillement sous Windows.

Si loin si proche, la calculatrice Numworks.

En 2017/2018 avec ma collègue on a fait partie des pionniers de l'aventure Numworks. À l'époque on avait même eu droit au déplacement du commercial qui nous avait donné nos calculatrices, on nous les a changé depuis parce que les touches ont bavé. Je me souviens du contexte de l'époque, j'avais découvert Numworks parce que dans mes sources, du fait d'être libriste, j'ai croisé le projet. Et pour faire plaisir à quelques personnes qui se sentiront concernées j'écris ceci : oui, Numworks a certainement pu amorcer son démarrage grâce à la communauté libriste qui était certainement les seules personnes assez déterminées pour faire un pied de nez à Casio et Texas, à pousser dans leur salle de classe une calculatrice libre. J'en étais.

Alors effectivement j'ai connu Numworks parce que c'était libre, j'en ai fait la promotion mais pas pour les raisons qu'on pense. Le libre n'était qu'un bonus, le projet n'aurait pas été ouvert ça n'aurait eu absolument aucune importance. En classe de première, je me rends compte que la calculatrice CASIO a une interface tellement moisie que mes élèves de BAC PRO préfèrent réaliser des calculs à la main qu'utiliser la machine. Les interfaces n'ont pas bougé depuis des années, c'est vieux, c'est moche, c'est pas intuitif pour deux sous et ils s'en foutent, car de toute façon si ce n'est pas l'un c'est l'autre, c'est comme Bouygues et SFR. 

Numworks a frappé très fort, une interface en couleur, en français, une interface simple, facile à comprendre pour les élèves. L'application gratuite sur smartphone, l'interface accessible sur internet, la mise à jour des firmwares. En gros tout ce que TI et Casio auraient dû proposer Numworks l'a fait. Le tour de force dans un marché saturé, le succès mérité et certainement attendu parce que je ne devais pas être le seul prof de France à avoir ce ressenti. 

Sur Twitter, allez je le fais pour la fan base, vous devriez être plus nombreux à me suivre sur @BorneCyrille, je suis en train de dire que c'est la rentrée alors je mets ma calculatrice à jour. Bebert II me raconte alors l'histoire de la trahison libriste de Numworks que vous pouvez trouver sur le site ti-planet. Je vous invite à survoler l'article tout de même, ne serait que pour réaliser que des gens sont encore capable d'écrire gratuitement, librement, avec une énorme qualité. 

On a dit que Numworks était une calculatrice ouverte et effectivement au début on invitait la communauté à en prendre possession. Les gens de Omega_fork l'ont fait et ont apporté des firmwares alternatifs à la calculatrice. Le firmware alternatif permet d'ajouter des possibilités, je n'ai pas regardé dans les détails. J'ai échangé sur Twitter de façon très courtoise avec un des développeurs qui a participé à la conversation, il expliquait que les modifications permettaient à des élèves de poursuivre dans les études supérieures avec une calculatrice qui ne coûte que 80 € ce qui est dérisoire quand on connaît le prix des engins pour suivre. 

Seulement, comme je l'ai écrit plus haut, le succès de Numworks est allé plus loin que nos frontières françaises. Et forcément quand on essaie de faire utiliser une calculatrice au niveau européen, on doit se soumettre aux exigences de tous les pays. Certaines fonctionnalités ont été retirées pour réussir à créer une calculatrice qui s'harmonise avec l'ensemble des pays européens ce qui vous m'excuserez est complètement con. En effet, du fait d'avoir la possibilité de mettre le firmware qu'on veut, il suffisait de faire un firmware par pays, comme ça tout le monde est content et c'est une pratique courante. Lorsque tu fais par exemple un jeu vidéo pour nos amis les chinois tu es dans l'obligation de demander au démarrage l'identité de la pièce d'identité du jeune pour un meilleur contrôle. 

Le problème c'est que lorsque tu commences à prendre de l'ampleur, que tu n'es plus ce petit projet libre des débuts, tu te retrouves dans la situation où un grand pouvoir implique de grandes responsabilités

Si tu peux bidouiller la calculatrice, tu peux bidouiller le mode examen et là on ne joue plus dans la cours du projet open-source rigolo. Il y a quelques années on s'est dit que ce serait une bonne idée de renouveler tout le parc calculatrice comme avec la voiture électrique, une idée pour le moins étonnante a germé : le mode examen. Imaginons l'espace d'un instant, qu'un élève utilise la partie programmation de sa calculatrice pour y rentrer ... ses formules ! Une idée complètement délirante que nous pratiquions déjà tous il y a trente ans. Cette prise de conscience totalement absurde a poussé à la création du mode examen pour le BAC, à savoir que la calculatrice quand elle est dans cette position doit indiquer qu'elle est dans cette position et bloquer la partie programmation. Pour la Numworks cela se traduit par une lumière rouge. 

Nous avons donc une calculatrice qui se bidouille, imaginons un firmware qui soit capable de faire clignoter la lumière rouge de façon à faire croire qu'elle est en mode examen mais qui n'est pas en mode examen, et on se retrouve avec un outil parfait de triche. Forcément du côté de chez Numworks, on peut difficilement se positionner autrement que de jouer la carte de la prudence. Quand le moniteur d'auto-école de ma fille m'explique que les gens d'une même profession se dénoncent pour non port de masque dans la voiture aux autorités compétentes, vous imaginez que chez la concurrence qui s'est positionnée avec de nouveaux modèles dans la panique serait la première à faire remarquer que la Numworks peut être facilement détournée pour la triche. 

Depuis le firmware numéro 16, il n'est plus possible de faire fonctionner de firmware alternatif, on se croirait sur PS4 (sic). Le code est désormais fermé, la licence a changé. Alors effectivement les gens du fork omega tirent la gueule de la même manière que la communauté libriste en revenant sur le postulat de départ une calculatrice libre. Sur twitter voici la réponse que j'ai donnée dans les grandes lignes et qui nous renvoie à mon utilisation de Windows 10. Qu'est ce qui compte le plus pour moi ? Est-ce qu'il s'agit de mes convictions libristes ou est-ce qu'il s'agit de fournir à mes élèves un outil facile à utiliser ? Le pragmatisme une fois encore. Néanmoins en écrivant ce billet plus au calme, il y a tout de même un petit peu de réflexion à faire et quelques vérités à dire. Ils ont raison. Numworks a pu démarrer car des gens ont cru en eux, et ces gens font partie de la tranche libriste. En se comportant de cette façon, Numworks prouve que l'argumentation du libre n'était finalement que du "libre washing" si je puis me permettre, un simple tremplin pour se démarquer, donner une autre image. Nous sommes aujourd'hui face à une entreprise qui nous le savons, n'est pas là pour donner du travail, mais gagner de l'argent tant pis pour les convictions du début. Faut-il pour autant renier les qualités indéniables de l'appareil, l'écosystème gratuit qui l'accompagne ? Pas pour moi, tant pis pour les valeurs libristes, je n'irais pas regarder ailleurs parce que c'est moins bien tout simplement.

Jamais pourtant le monde n'a eu autant besoin du logiciel libre. Si l'affaire Windows 11 semble être une histoire où tout est bien qui finit bien ce n'est absolument pas le cas. Windows 11 vous imposera d'avoir un compte Microsoft, cela ne me choque pas, c'est nécessaire pour faire fonctionner votre téléphone Android ou Apple. Il n'y a pas de raison particulière pour que Microsoft ne puisse pas y avoir droit. Les impositions en lien avec le système d'exploitation sont toujours de plus en plus contraignantes, on prend de plus en plus de décisions pour vous. On a failli par exemple décider pour vous qu'il fallait changer de PC alors que vous en êtes parfaitement content. L'étau se resserre de plus en plus autour de solutions en lignes incontournables comme Office 365. Microsoft finira par arrêter de vendre des version qui s'installent en dur pour ne fonctionner que par abonnement tout comme on vous affranchira de votre machine pour un Windows complet dans les nuages. Oui, on aurait besoin d'une véritable alternative au monde propriétaire, des solutions faciles à mettre en place. Depuis la crise COVID, j'ai la sensation que le libre est en berne, ou c'est peut-être parce que je ne m'y intéresse plus. On continue de sortir des distributions à la pelle, la nouvelle Debian est sortie pendant l'été, je n'ai quasiment vu aucun article. La sensation que ça aurait été une passade pour pas mal d'entre nous et que le propriétaire sort très largement grandi de la pandémie. Dans mon établissement et depuis que j'ai arrêté toute forme de responsabilité, mon collègue fera travailler les élèves avec Office365, j'ai encore la possibilité de les faire travailler avec Libreoffice, ce que je ferais.

J'écrivais dans mon précédent article que nous étions responsables de l'ubérisation de la société, nous sommes aussi responsables de la puissance des GAFAM. Le projet Numworks a prouvé que des alternatives, libres, étaient possibles. Le succès est certain, et justifié car Numworks a pondu un projet facile d'accès, qui a facilement su trouver son public. Lorsqu'on voit les libristes depuis des années expliquer que si Linux sur le bureau ne se développe pas c'est parce que la vente liée l'en empêche, c'est faux. Vous pouvez acheter des ordinateurs sous Linux, Dell en vend, trouver quelqu'un qui vous installera Linux n'est pas difficile, installer Linux ne demande que peu de compétences, il y a des tutos sur Youtube. Si le bureau Linux ne rencontre pas le succès qu'on attend de lui, si 2021 ni 2045 ne seront l'année du bureau Linux c'est tout simplement qu'il y a un problème quelque part et qu'on n'a pas forcément envie de se poser la question car finalement tout le monde s'en fout. Les développeurs sont restés dans leur bonheur de base, avoir un effet 3D avec compiz par exemple. Si Numworks a réussi c'est parce qu'on a pensé à sa réussite, le produit bien sûr mais ce qui va avec, la présence sur les réseaux sociaux, l'image de la boîte, le produit unique. Tant de distributions, de DE, de logiciels qui font la même chose, de bugs, pour un manège qui continue depuis des années. Avec l'avènement d'Ubuntu il y a quelques années, on pouvait espérer voir arriver une véritable vitrine pour le logiciel libre et pour le bureau Linux, malheureusement aujourd'hui Ubuntu n'est qu'une distribution comme les autres. 

Je ferais certainement un jour mon retour à Linux, quand Microsoft aura poussé le bouchon un peu loin, mais force est de constater que dans ce contexte sanitaire complexe, le pragmatisme est de rigueur. La liberté logiciel est tellement secondaire face à la nécessité de transmission des savoirs, les enseignants n'ont pas de temps à perdre avec l'utilisation des logiciels, il faut des solutions simples et fonctionnelles même si elles appartiennent à des compagnies pas toujours très roses. 

Je vous termine ce billet depuis ma pré-rentrée qui amène son lot habituel de ridicule et de grand n'importe quoi, de choses qu'on avait dit qu'on ferait à la rentrée et que bien sûr on ne fera pas. Des promesses, toujours des promesses. Je ne pouvais conclure ce billet sans vous dire que la partie adverse vient de déclarer le litige au boncoin, l'affaire est désormais dans les mains de la justice. L'acheteur après avoir fait le mort pendant toute la semaine explique désormais que la console reste allumée en permanence et que le bouton d'éjection des disques ne fonctionne pas. 

Nous nous quittons non pas sur du rap mais avec quelqu'un qui a consommé plus de drogues que deux gangs réunis, j'ai trouvé que la libération du cœur c'était pas trop mal comme lien avec les libristes.


À Propos

T'avais jamais lu de blog français avant.
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