2020 parce qu’on est en 2020. Ah mais non, on est encore en 2019 !

31/12/2019 Non Par cborne

J’ai dépanné une collègue et elle m’a offert deux repas pour les grands buffets de Narbonne. Plus de 10000 avis sur Google pour 4.6 étoiles. À une époque j’aurais râlé parce que j’aurais préféré qu’on me file du pognon plutôt qu’un repas. J’ai râlé, ah ben oui public, tu me connais bien, mais je ne l’ai pas fait longtemps parce que je suis le nouveau Cyrille depuis quelque temps maintenant. À 40 € le repas, jamais je n’aurais mis les pieds dans un restaurant pareil, nous à 40 € on mange pour deux. La réservation se fait par internet, trois mois à l’avance, je dois reconnaître que ce n’est pas l’idée la plus judicieuse au monde que de l’avoir placée dans cette période où l’on passe notre temps à table, mais on voulait quelque part s’en débarrasser. Nous passons tellement de temps à courir, que lorsqu’on peut caler une date prévue, on le fait, l’imprévu finissant toujours malheureusement par nous rattraper.

Les grands buffets ça ne rigole pas, on fait monter la pression, le désir, on t’envoie un message pour dire que si tu n’es pas à l’heure on te prend 20 balles et c’est normal, il y a des gens qui font la queue devant pour tenter leur chance. Quelques images :

On t’envoie aussi un message pour te dire de soigner ta tenue, que les shorts, les tongs, les joggings ne sont pas autorisés, on essaie de te faire passer l’idée que tu vas passer un moment exceptionnel et quand tu vois les photos, tu te dis que ça va être le cas. L’accueil est somptueux, enfin pour quelqu’un comme moi qui ne mets pas les pieds dans ce genre d’endroit, un peu le plouc tu vois, tu as une serveuse très gentille qui te fait faire le tour, qui te présente les différents coins pour te servir, les viandes, les entrées et le record du monde des 111 fromages, ils n’avaient malheureusement pas de babybel, ce qui prouve qu’on peut faire mieux. C’est une boutade, je m’en voudrais de ternir la réputation de ce restaurant, au moins pour ce point.

Nous avions pris une place à 11h45, nous avons démarré un peu seuls et puis ça commence, la foule. Des gens habillés comme des paysans, des vieux leggings dégueulasses, des marcels, qui d’un coup brisent l’ambiance qui se veut feutrée. La foule court de partout l’assiette à la main, on s’entrechoque et on comprend qu’on n’est pas dans un restaurant mais dans une cafétéria où les gens ont payé plus cher, et c’est tout. Je suis au régime, même si au moment où j’écris ces lignes j’ai pris trois kilos que je sais que je vais reperdre, parce que j’ai la force, et qu’il aurait été difficile de jouer les emmerdeurs à table avec la famille. De façon naturelle, normale, nous prenons ce qui nous fait plaisir mais avec modération. Nous en sommes au plat chaud, la table à côté de moi en est à son troisième service de homards, de langoustes, de foie gras et j’en passe. Toutes les tablées sont dans le même état d’esprit, les gens ont mis 40 €, il faut en avoir pour son argent, les serveurs vident des kilos de carcasses. Si j’étais dans l’exagération, on me connaît ce n’est pas mon cas, je dirais qu’il manque juste des endroits pour se faire vomir, à la Romaine, pour se faire de la place et redémarrer.

Nous avons passé une heure à table, ce qui est court mais en adéquation avec le système qui pousse à enchaîner. Dans un vrai restaurant, vous vous soumettez au rythme du service, vous vous adaptez, vous prenez donc le temps, un temps qu’on vous impose. Du fait que tout est déjà prêt et qu’il faut se lever, forcément on a tendance à finir son repas relativement rapidement, notamment quand on n’est pas là pour se resservir douze fois ou tenter les 111 fromages. Notre départ précipité a interpellé le patron et la serveuse, qui pensaient que quelque chose n’allait pas. Leur positionnement qu’ils voulaient bienveillant, je l’ai pris pour ma part comme une agression, parce que je me sens agressé par tout, une façon de me dire que je n’avais pas assez mangé.

Pour moi c’est Babylone, l’illustration de notre société décadente, les gens qui vont dans un restaurant non pas pour manger, pour passer un moment agréable mais pour s’empiffrer quand dehors des gens crèvent de faim. Je ne dirais pas que j’ai eu honte, parce que sinon on ne s’en sort jamais de la culpabilité de ne pas être malade, de ne pas avoir faim, quand d’autres sont dans la souffrance, mais cela sera rapproche toutefois du sentiment que j’ai pu avoir.

Alors que bon nombre de sites et de collègues blogueurs font des bilans, ce n’est personnellement pas trop mon cas parce qu’en fait ce n’est pas vraiment la période. Pour moi les bilans, c’est surtout pour la fin d’année scolaire, on va quand même essayer de faire un demi bilan, et présenter quelques perspectives.

J’ai lu beaucoup de bouquins de développement personnel depuis l’an dernier. À la même époque, souvenez-vous, la vie était devenue tellement compliquée, oppressante, que j’avais fini aux urgences pour vérifier si je ne faisais pas une crise cardiaque. Le dernier que je lis, vous l’avez plus haut, ce sera le dernier, j’ai réalisé que je n’apprenais rien car le choix de mes lectures est orienté. On lit finalement presque toujours la même chose, c’est une façon de se rassurer. Larry Winget tient des propos qui sont ouvertement provocateurs, mais qui dans le fond sont vrais, à moduler à un système européen qui n’est pas du tout le même que le système américain sur quelques points, notamment la valeur travail et réussite. Aux States tu peux entreprendre et réussir, en France, tout est fait pour te bloquer. De façon véridique, Winget explique que personne ne vous impose de fumer, et qu’il est plus facile de faire un procès aux marchands de tabac plutôt que de faire l’effort d’arrêter de fumer. De la même manière et à juste titre, il estime que si on n’arrête pas la cigarette c’est qu’on n’aime pas assez sa famille pour ça. C’est sec, c’est culpabilisant mais c’est vrai, et on peut l’étendre à de nombreux domaines.

Nous vivons dans une société malade, tout est fait pour nous tenter, notre pire ennemi c’est nous-même, à nous de changer les règles du jeu. Ce n’est pas le restaurant qui est mauvais, ce sont les gens qui ne sont pas capables de ne pas se resservir, même s’il est vrai que tout est fait pour les tenter. Le fabuleux jeu de notre société de consommation où l’on pousse l’hypocrisie décomplexée, il y avait même une section végan avec des légumes bio à peser pour se donner bonne conscience.

Toute cette longue introduction pour dire quoi ? On vit dans un monde qui va à sa perte, et ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à faire n’importe quoi qu’il est nécessaire d’emboîter le pas ou penser qu’ils ont raison.

Cette année, j’ai mis en place des solutions drastiques. J’ai perdu dix kilos, je viens d’en reprendre trois mais je sais que je vais les reperdre, j’ai mis un énorme coup de frein dans les activités professionnelles en arrêtant l’informatique du lycée. Je n’ai pas fini d’arrêter, j’arrête de façon propre, de façon à être irréprochable. Comprenez que même si mon travail n’est pas apprécié parce qu’on aurait fait le nécessaire pour me retenir, il est important de bien faire les choses. La prochaine étape c’est la demande de mutation, l’obtenir n’est pas un acquis, si tous les enseignants de mathématiques des deux établissements visés de Narbonne sont à la retraite dans dix ans, ça peut être long. Il faudra donc composer avec une hiérarchie qui connaît parfaitement mes intentions, un travail qu’il faut faire et que je fais le mieux possible, la tentation de travailler plus à laquelle il faudra résister.

Je suis dans une situation qu’on pourrait qualifier de repli, ce n’est pas exactement le cas. C’est un repli partiellement professionnel, c’est aussi un repli face à des personnes qui ne m’apportent rien, je ne parle pas d’argent mais je parle d’argent quand même, et une mesure de mes engagements qui ne doivent pas être réalisés n’importe comment. On m’a proposé de faire partie d’une liste politique sur Saint-Pierre, c’est pour cela que j’ai mis les photos de la bulle. J’aime bien vous parler de la bulle de Saint-Pierre, c’est du grand n’importe quoi comme je les aime. 9 millions d’euros pour créer quelque chose qui prend l’eau, en grande pompe, des détournements d’argent, du n’importe quoi comme on sait le faire dans le sud de la France, 1 million de travaux pour tout reboucher. C’est clair que s’engager en politique dans mon coin c’est tentant, il y a beaucoup de choses à faire, mais c’est encore, je pense, un travail de titan pour la gloire, je passe mon tour.

Cette année sera dans la continuité de l’année précédente, continuer de décroître et s’occuper des proches. La famille, j’aurais bien dit les amis mais je n’en compte qu’un seul véritable, et des proches géographiquement. J’étendais mon linge, une dame promenait son chien et nous interpelle pour nous demander si ça va sécher. Ma femme lui propose d’entrer boire un café. C’est un luxe que nous pouvons nous offrir dans ce village de solitude dix mois de l’année face à la mer, où les résidents sont souvent isolés, seuls, avec des vies atypiques. Cette femme qui vit à deux rues de chez moi est écrivain, elle en est à son dixième bouquin. La conversation s’engage, elle veut changer son MAC, j’explique, je dis que je lui donnerais un coup de main pour déposer un nom de domaine et monter un blog.

Larry Winget explique que si vous vous mettez au service des autres, vous serez récompensés, il parle aussi du travail acharné qui paye. J’ai pensé comme lui pendant des années, mais dans notre système francophone, j’ai l’impression que c’est plutôt tendre la main pour se faire avaler le bras. Il n’empêche que dans les propos qu’il tient, je le rejoins sur ceci : le temps, nous l’avons, on en fait ce qu’on veut, notamment le temps passé devant les écrans. Je décide donc de mettre mon talent à profit pour une vieille dame qui vit à côté de chez moi, c’est une de mes convictions, on commence par faire le bien chez soi, puis quand on est pas trop mauvais, on s’occupe des gens devant sa porte.

Je vais donc continuer ma vie tranquille, en mettant quelques touches ici ou là à mon gros œuvre, sans révolution, faire un peu mieux chaque jour. D’un point de vue web, ça sera exactement pareil.

  • Continuer de bloguer, de ce côté-là, je ne suis pas trop mauvais. L’idée c’est bien sûr de partager l’expérience, cette fameuse expérience qui te permet de trouver les pannes de ta voiture par exemple et qui fait cruellement défaut.
  • Continuer de faire vivre le forum des bons pères de famille, qui correspond parfaitement à mon mode de pensée et qui va bientôt redevenir tendance. Il apparaît en effet qu’en 2020, les gars réalisent que le « soi », c’est-à-dire une présence sociale sur les réseaux exacerbée n’apporte pas grand-chose ou presque. Le nombrilisme c’est fini, c’est l’heure du retour au communautaire. Et c’est une logique, parce que comme je le disais plus haut, suivre Kim Kardashian ne vous apprendra pas à réparer votre Partner. On ne s’étonnera pas d’ailleurs de voir des pointures de Youtube prendre un temps de pause, la solitude c’est compliqué sur le net comme ailleurs. Je l’ai souvent écrit, j’ai une communauté fidèle depuis 20 ans désormais, communauté issue des forums de vidéo numérique à la grande époque, comme quoi la boucle est bouclée.
  • Continuer de faire ce que je veux et éviter les « libristes ». J’ai fait un billet pour dire que Manjaro c’était perfectible, j’ai des gens qui viennent m’expliquer que je suis débile. C’est tellement 2010 comme discours, que j’ai rapidement botté le cul plus qu’en touche. Au moment où j’écris ces lignes, je suis passé à Google pour la gestion des calendriers et des contacts. Il apparaît que j’ai des problèmes de synchronisation avec DAVx⁵ et que je fais le choix de passer à ce système propriétaire pour l’instant. Nous verrons arriver de façon quasi-certaine ou presque des offres Nextcloud à bas prix chez les prestataires un peu gros, je prendrais alors certainement une offre. Dans ces temps où tout le monde se veut éthique, qu’on embrasse le cloud à pleine bouche mais avec la peur de chopper une MST, Nextcloud qui est de plus en plus complet deviendra sans aucun doute un incontournable pour éviter les Office365 et les suites Google.
  • Faire de la vidéo pédagogique mais ce n’est pas ma priorité.
  • Continuer à travailler et faire travailler Tony, parce que l’occasion et la seconde main c’est quand même une nécessité, une façon de contribuer un peu à sauver la planète.

C’était un peu ce qui me venait à l’esprit en ce jour de pause dans la course de ces vacances de Noël, je ne vous souhaite pas une bonne année, je vous encourage à tout mettre en œuvre pour la rendre meilleure pour vous et pour votre entourage.